Albanel: La mission

Je n’ai rien, pour l’instant  tout du moins, contre Christine Albanel, la Ministre de la Culture et de la Communication, la connaissant peu . J’ai été même un peu agacé par certaines critiques qui l’attaquaient sur son manque d’expérience culturelle avant d’être ministre.Certains avaient même parlé d’une gardienne de château.Il est vrai toutefois que sa gestion de l’ancienne résidence des rois de France à Versailles avait été assez contestée en son temps.La nécessité pour Nicolas Sarkozy  de donner quand même quelques billes aux chiraquiens de trouver d’un autre côté une femme pour boucler son désir  paritaire gouvernemental l’ont fait se tourner vers quelqu’un qui n’est pas certes la plus au fait du fonctionnement du monde culturel, même si elle manifeste un intérêt certain pour la chose, par son ancienne fonction mais aussi par les romans qu’elle écrit.

En attendant de voir son travail, nous prouvons déjà apercevoir certaines des orientations qui seront fixées par son ministère.Il convient en effet, au-delà des interrogations sur le séjour américain du président de voir quels vont être les choix faits ces prochaines années.

En effet, avant de partir en vacances, Christine Albanel a reçu de Nicolas Sarkozy une lettre de mission qui fixe le gros l’essentiel de l’avenir en matière de politique culturelle.

Notons pour la bonne bouche le côté toujours surprenant du président à vouloir de plus en plus fixer les orientations de ses ministres; ceux-ci relevant décidément avec le Président de leur vocable d’origine qui désignait les serviteurs…

Le contenu de cette lettre de 9 pages est trés intéressant et instructif sur ce qui nous attend en matière de vision présidentielle de la culture. Voyons quelques éléments.

La lettre commence par une longue introduction sur Malraux et la politique culturelle des 50 dernières années et le désir d’adapter la politique culturelle au XXI eme siécle.ça ne mange pas de pain et, même si tous les gouvernements le disent depuis un certain temps en n’y changeant pas grand-chose (Avec tout de même un certain boulot de Tasca et Trautmann) le rappel de la carence en décentralisation des crédits de la Culture est une bonne chose.

Vient la première mission: Démocratiser la culture.Le Président souhaite s’appuyer sur l’école et les médias pour cela.Il affirme notamment "Nous souhaitons qu’avec le ministre de l’Education nationale, vous fassiez de l’éducation culturelle et artistique à l’école une priorité de votre action en faisant tomber, pour cela, la barrière qui s’est progressivement dressée entre le monde éducatif et le monde de la culture du fait de la séparation des deux ministères."

La chose sent assez mauvais:Oui, bien sur il faut améliorer la sensibilisation et l’éducation artistique et l’idée d’un partenariat établissement scolaire-institution culturelle est bonne, mais on peut lire en filigrane un vieux fantasme de la droite: Celui de supprimer le Ministère de la Culture, de s’intéresser certes encore à l’éducation artistique mais de laisser à terme le reste du champ culturel sans politique publique.

Les outils de la diffusion ne sont également pas anodins:Oui il faut élargir les publics, une politique exclusive de l’offre n’amène qu’un art qui se contemple lui-même.Mais attention , une démocratisation par les médias sans un peu de travail n’amène qu’a un choix marchand et formaté de la culture.

Je suis par contre assez rassuré su la question de l"audiovisuel public, celui-ci étant réaffirmé dans ses missions et sa spécificité tout en allant être l’objet d’une étude pour creuser sa spécificité d’avec le secteur privé.

Autre rare point qui me satisfait mais avec un bémol:une expérimentation de la gratuité  des musées nationaux.La méthode est bonne, l’idée aussi, même si je suis davantage partisan d’un prix trés faible pour valoriser la visite au yeux du visiteur mais quelle contradiction avec l’objectif  de décentralisation  culturel affiché quand on sait que la plupart de ces institutions sont situées à Paris et dans sa région et que ce dispositif amènera donc à renforcer leur financement par l’Etat.

L’idée d’un Pass Culture pour les jeunes, qui suit la proposition des musées est à voir.Reste à déterminer les conditions et l’usage possible, ce genre de dispositif dépend complètement du contenu donné, pouvant être un outil intéressant pour l’éveil à la culture ou au contraire un renforcement des inégalités entre structures, les plus aisés pouvant communiquer chez les jeunes et ainsi récupérer l’essentiel de la manne.

Le point suivant risque d’être source de forte polémique.

"Vous réformerez à cette fin les conditions d’attribution des aides en créant des commissions indépendantes d’attribution associant des experts, des artistes et des représentants du public. Vous exigerez de chaque structure subventionnée qu’elle rende compte de son action et de la popularité de ses interventions, vous leur fixerez des obligations de résultats et vous empêcherez la reconduction automatique des aides et des subventions."

Le contrôle des subventions n’est pas nouveau et relève de la posture Sarkozyste pour faire plaisir à son électorat le plus poujadiste.Par contre la notion de représentant du public m’interroge.Comment seront-ils choisis? Sur quels critères? La question n’est pas anodine lorsque l’on connait certaines méthodes de verrouillage…

Plus inquiétant encore sont les obligations de résultat en terme de popularité de l’intervention…Oui bien entendu l’art est là pour être vu mais nous sommes là dans une intention qui, si elle est mise en application pourrait détruire la notion même de politique culturelle.Avec ce dispositif, la qualité d’un artiste ne serait jugée qu’à sa capacité à attirer du public.Les créateurs seraient incités à ne travailler qu’en fonction de " ce qui se vend bien", réduisant l’art à une simple marchandise.Par ailleurs les iades iraient aux plus aisés, ceux qui vendraient le plus d’entrées par exemple seraient les plus aidés avec une telle logique…

Le point suivant est un classique de la droite sur la répression du téléchargement sur internet, rien sur quoi s’étendre de plus que d’habitude,ni sur le patrimoine non plus. A noter par contre la préparation d’une célébration des 7O ans de l’appel du Général De Gaulle, qui savait, lui ou plutôt qui avait Malraux pour savoir, ce qu’était séparer la culture de la simple logique du fric.

La partie sur le rayonnement culturel de la France à l’étranger est aussi trés, trés classique sauf sur un point assez révélateur: "De même, nous voulons que la France joue un rôle majeur dans l’accueil et la formation des futures élites culturelles et artistiques des pays étrangers. En lien avec le ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du codéveloppement et la ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche, vous prendrez les dispositions nécessaires pour les attirer en France et créer des liens étroits et durables entre ces élites et nos artistes."

Si ça s’appelle pas de la caricature de pillage des cerveaux ça ! Laissez entrer ceux qui savent jouer du violon et sortez les autres!

La volonté européenne est elle quasi absente à quelques déclarations d’intention prés…

Autre point:l’intention d’obtenir une TVA réduite sur les biens culturels part, elle, d’une bonne intention.A voir si elle n’est pas qu’un voeu pieu comme celle sur la restauration.

La volonté de développer l’emploi culturel est aussi intéressante.Dommage, parti sur ses vieilles lubies, le président ne voit le statut d’intermittent que sous l’angle de la fraude…Comme vision c’est un peu court. La redéfinition des catégories ayant droit ou non au statut est aussi souhaitée par Nicolas Sarkozy, ce qui par contre sur le principe peut être intéressant et rendre plus lisible l’intermittence. La chose pourrait avoir aussi avoir une bonne retombée sur les conditions d’emploi des techniciens travaillant réguliérement pour la télé par exemple, moins pour les collègues oeuvrant projet par projet comme au cinéma.

On apprend enfin, avec le rappel des budgétaires que pour réaliser ces missions, la qualité d’une ministre se saurait se rapporter au budget obtenu.Manière de dire que le budget de la culture a de sales jours devant lui…

1 commentaire a été rédigé, ajoutez le vôtre.

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  1. Très intéressant. Je n’avais pas d’infos sur cette lettre de mission. IL faut suivre ça de près : Les risques sont évidents.

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