L’absurde réforme de l’auto-entreprise

auto-entreprise

Jusqu’à il y quelques jours, je pensais que le rapport sur l’auto-entreprise n’allait mener qu’à quelques changements à la marge. Je me trompais, on prépare ici une réforme dans le mauvais sens d’un dispositif intéressant au lieu de favoriser et d’assouplir la création de sociétés sous d’autres statuts pour y faciliter l’accès. Les créateurs d’entreprise qui viennent me voir pour des conseils ou de l’aide au titre de mon mandat d’adjoint au maire choisissent souvent l’auto-entreprise pour une raison simple: sa simplicité justement.

Le dispositif d’autoentreprise est depuis sa création à l’origine de nombreuses sociétés.

L’année de sa naissance, j’ai moi-même, sous l’impulsion d’un ami de l’époque, créé mon auto-entreprise qui fut mon activité professionnelle à côté de mon mandat d’élu pendant quelques temps avant que je me mette à travailler chez mon employeur actuel. Aujourd’hui elle existe encore mais fonctionne de manière très ponctuelle, sur quelques cours et missions de consulting par an, par manque de temps. C’est donc une modeste activité complémentaire. Par ailleurs au titre de mon mandat, j’accompagne de nombreux créateurs d’activités. Nombreux sont les autoentrepreneurs parmi eux, qui se lancent par ce biais dans l’aventure de entrepreneuriat.

Une société sur deux se créé aujourd’hui sous ce statut. Certes il souffre actuellement d’un manque criant de protection et de reconnaissance et demande à être amélioré .

Il vaudrait mieux se concentrer sur le fait de faciliter la création d’entreprise et la reconnaissance des auto-entrepreneurs

Certes également il s’agissait d’un statut d’entreprise de plus là où il aurait plutôt fallu assouplir la création et la fiscalité de l’existant.

Et il existe une réalité: seul un quart des autoentreprises dégagent un revenu et à se donner un salaire, généralement plus faible que le salaire médian français.

Et oui des dérives existent dans ce statut perfectible.Certes aussi il faut sans doute créer des gardes-fous pour protéger les individus et éviter de tomber un jour dans les travers d’un pays comme le Portugal où depuis le retour de la droite, on déguise de force des chômeurs en entrepreneurs en les obligeant à se déclarer autoentrepreneurs pour faire baisser les statistiques.

Mais une vraie réforme consiste d’abord à une reconnaissance de ce type d’entrepreneur, souvent considéré à tort comme un créateur d’entreprise de seconde zone. Et parmi les rares aspects intéressants ce qui est proposé par la Ministre, l’inscription aux chambres de commerce et d’artisanat va dans ce sens, même si il faudra en voir les conditions.

Eviter de mettre des murs aux aventures

L’auto-entreprise est l’occasion pour de nombreuses personnes de créer facilement, avec fort peu de contraintes administratives, une activité indépendante, en principal ou en complément d’un autre travail, quitte à évoluer ensuite vers des solutions type EURL. De plus son système de cotisation est des plus adaptés aux faibles revenus,celles-ci n’ayant à être réglées qu’en fonction du chiffre d’affaire encaissé (ce que permet aussi certains régimes de la microentreprise).

Ce qui est proposé actuellement est de limiter à deux ans le statut d’autoentrepreneur pour l’activité principale et à un chiffre de 10 000 euros annuels pour les activités secondaires.

Il est difficile de comprendre l’utilité du volet de cette réforme qui ne fait que pénaliser de jeunes entrepreneurs précaires et des salariés qui cherchent souvent un complément à des revenus salariés trop modestes.

Les discussions sur la réforme du statut ont principalement porté sur  les métiers d’artisanat.Mais la part de autoentrepreneuriat y est pourtant particulièrement faible: moins de 1% du chiffre d’affaire de se secteur est réalisé par des autoentrepreneurs, qui se situent massivement dans les métiers de la vente ou du service.

Peut-être alors faut-il exclure le BTP du statut si le problème est là. Ceci dit on ne voit pas en quoi changer de statut et amener les autoentrepreneurs du bâtiment à la microentreprise changerait vraiment quoi que ce soit. Surtout pour un problème qui comme le dit Stéphane Soumier est résiduel. Bref, on est sur une fausse problématique.

Quand à autoentreprise globalement prise, il est difficile de comprendre pourquoi on essaye de monter une usine à gaz sur un dispositif dont le principal mérite est d’être simple. Si l’envie est d’amener ceux qui s’y lance à créer des structures plus consolidées pour l’avenir, prenons le problème à l’envers: simplifions les créations d’EURL par exemple, qui sont outrageusement difficiles à monter et expliquent justement pourquoi tant de monde se tourne vers l’autoentreprise.

Sylvia Pinel devrait se concentrer sur cela plutôt.

En période de crise, toutes les activités favorisant la croissance et la création de richesse doivent être soutenues, autoentrepreneurs compris. Y mettre des murs n’a aucun sens.

32 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Estelle92

    Totalement d’accord avec toi.
    Doit-on en conclure que le PS n’aime pas l’entreprise ?

    • Romain Blachier

      Outre le fait que Pinel est au PRG et non au PS, cela reviendrait à dire que tous les socialistes dont moi n’aiment pas l’entreprise.Absurde, sans vouloir te vexer.

  2. marie flavien

    bonjour,
    je suis auto employé comme disent certains et ce depuis 2009, dans la vente de timbres (philatélie) par internet. J’ai déjà été 2 fois à mon compte auparavant, mais j’ai du arrêter deux fois face aux charges exorbitantes. Maintenant, à 43 ans, si je retourne à pôle emploi, qui me prendra. Mon métier étant totalement inconnu de leur rome. Je ne peux bien sur pas basculer dans le régime normal, alors je crois qu’avec la conjoncture, il va me rester à toucher le rsa socle jusqu’à la retraite. Je précise que je refuserais, systématiquement d’être rentable pour un quelconque métier dans l’artisanat ou le commerce de proximité. Je ne ferais jamais gagner le moindre euro aux fossoyeurs de mon activité.
    L’auto entreprise c’est la liberté et ici en normandie, on y tient, des milliers de soldats sont tombés chez nous pour nous la rendre

  3. A la condition que soit traitée de manière appropriée la question de la distorsion de concurrence.

  4. Marie

    J’ai un petit souci avec l’auto entreprise…

    Comme toi Romain, je loue sa simplicité, sa grande capacité à propulser dans des projets créatifs des gens qui n’auraient pas osé entreprendre dans d’autres circonstances. Mais tout de même, je suis gênée aux entournures. Il y a quelques aspects qui ne sont pas précisés dans ton billet, je vais tenter de les résumer.

    Moi-même, je bénéficie de ce statut, afin de répondre à cette demande qui entoure toujours les graphistes et les informaticiens : un petit site d’association par ci, un logo par là, très ponctuellement. L’AE est une forme juridique parfaite pour encourager les gens à compléter leur revenus de manière légale, rien à changer de ce côté là.

    Par contre, je me pose des questions quant au choix de l’auto entrepreneuriat pour une activité à plein temps, autrement dit « principale ». Dans ce cas précis, je trouve que ce statut tire les français entrepreneurs vers le bas. Et bien bas. Pourquoi ? Parce que même si un AE arrive à tirer 2000€ mensuels de chiffre d’affaire une fois les charges déduites, il devra prendre en charge sa propre mutuelle / complémentaire maladie, régler tous ses frais de transport sans aide, s’assurer une épargne retraite… Aucun avantage, aucun confort, et un chiffre d’affaires soumis à la loi des clients.

    Pour moi, cela contribue à la précarisation des français. C’est leur dire « l’AE, c’est mieux que le chômage », c’est mieux que rien, c’est pas la panacée mais au moins, vous bossez. Certes, c’est un excellent moyen de « tester » un projet, de se lancer dans l’aventure passionnante de l’entreprise sans les inconvénients administratifs. Mais quid de tous les autres inconvénients ? Quid de l’avenir de ma France et de son entrepreneuriat ? Je ne sais pas si j’ai envie de voir plus de gens se saigner aux quatres veines pour faire survivre leur projet, sans perspective d’évolution, d’accompagnement, d’enrichissement.

    Autre aspect, j’ai également vu beaucoup d’auto entrepreneurs dans le domaine du web brader leurs tarifs, parce qu’ils n’ont pas de masse salariale ou de frais périphériques, par peur de se voir refuser des devis, par méconnaissance des règles de tarification de ses services en vue d’une rentabilité. Sans vouloir aborder le point de la concurrence déloyale (ça et le salariat masqué sont encore 2 autres « soucis » de la formule), cela me peine que les entrepreneurs ne soient pas accompagnés pour acquérir le MINIMUM de la gestion d’entreprise : savoir ce qu’est un besoin en fond de roulement, savoir comment fixer ses tarifs, se renseigner sur ceux de la profession… Ne serait-ce que pour la pérennité de leur initiative et la fierté d’exercer leur métier.

    Le tout donne lieu à des situations explosives, et j’ai croisé des gens qui n’avaient pas d’autre choix que d’être en AE et d’augmenter leur précarité sans vraiment s’en rendre compte.

    Ma suggestion serait de scinder le statut d’AE en deux :
    – l’un pour permettre aux gens de compléter leurs revenus sans pâtir d’un trop plein de charges forfaitaires et d’une organisation trop complexe,
    – l’autre en un dispositif complet et adapté, pour permettre aux futurs entrepreneurs de créer un projet sans menace, mais en toute connaissance de l’entreprise. Sans oublier la dimension évolutive, pour faciliter le passage vers d’autres statuts plus adaptés, afin de développer les projets qui ont leur chance.

    Pour moi, faire croire aux français que l’on peut entreprendre sans charges indéfiniment, c’est un peu un mensonge. L’AE doit être réformé, en pleine connaissance de l’utilisation du statut à ce jour, en prenant soin des entrepreneurs courageux sans les propulser inconsciemment dans un système qui les appauvrit financièrement et socialement.

    • Romain Blachier

      Merci pour ce commentaire de qualité.
      Je pense que c’est la limite du statut en effet, celui de voir parfois des gens qui sous prétexte qu’ils ont déposé une AE se prendre pour des Zuckerberg et adopter un discours en décalage avec la réalité. Combien j’ai vu de mecs exploités bêtements me tenir le même discours que Parisot car persuadés d’être de ce côté la de la barrière. Je n’ignore pas non plus le risque de dumping. Pour ma part je pense qu’il faut ouvrir davantage à la souplesse de création les outils traditionnels et que l’AE est un sas quand on le fait en plein temps. Problméatique aussi de vouloir plafonner à ce point le CA pour ceux qui le fond en activité de complément…surtout en ces périodes de vaches maigres pour certains salariés.

      Contrairement à d’autres le statut m’indiffère (j’ai essayé de l’expliquer à quelqu’un pour qui l’AE était l’alpha et l’oméga et qui n’a pas voulu comprendre), ce qui m’importe c’est qu’on garde une catégorie d’entreprise en facilité de création et en taxation sur le CA réalisé. Le reste c’est de la déification.
      Mais je trouverait, comme je le dit dans le billet, problématique qu’on remette en cause la possibilité de disposer d’un outil souple, facile et sans apports de capitaux.

      • A Marie et Mr Blachier…
        Enfin je trouve dans les méandres du net des réflexions pertinentes!
        Alors merci d’abord.
        Je suis une AE à plein temps.
        Je suis, comme Marie, un peu gênée aux entournures.
        En effet, ce statut conforte les gens dans une situation de « low cost »:
        – L’usage qui en est fait par certaines grandes entreprises qui n’hésitent pas à profiter de ce statut pour botter en touche côté salariat.
        – Les AE eux mêmes, non formés à la gestion, aux règles de comptabilité, par méconnaissance des règles, par bêtise parfois, j’ose le dire…ont intégrés pour certains d’entre eux une seule règle: celle du « business is business », tirant vers le bas, bradant à tout va, pratiquant des tarifs de « chinois », ne prenant en compte que leur matière première (dans mon secteur),ces personnes là se prenant en effet pour des Zuckerberg… Bref, sans la moindre moralité ni la plus petite réflexion.
        – Ce comportement inconséquent pour eux-mêmes et pour d’autres mène à 2 remarques: 1, de toute façon, ceux-là n’iront pas bien loin, j’en connais qui ont déjà jeté l’éponge, eh oui, l’argent ne tombe pas tout seul, il faut bosser pour de vrai, ce n’est pas si simple… 2, le problème c’est qu’ils font froid dans le dos à développer une mentalité de pourris d’un côté et de l’autre à se laisser berner et exploiter.

        Bref, je crois que nous sommes d’accord.
        Si il y a une réforme à mener, il serait bienvenue de la part de politiques futés de reconsidérer le « choc de simplification » ET d’essayer de faire comprendre à certains AE cette nécessité de réforme.
        Scinder en 2, pourquoi pas oui.
        – Les activités complémentaires, sans charges forfaitaires, exonérés de TVA, plafonnés raisonnablement.
        – Les activités principales, sans charges forfaitaires.
        0 CA = 0 charges, sauf qu’en activité principale, si on est à 0… Autant rester couché le matin!
        Mais l’idée de ne payer des charges qu’en fonction du CA est géniale!
        A tel point que des EI, Artisans, commerçants, libéraux en rêvent!
        Car oui, ce système de charges décalées, provisionnelles, est archaïque.
        Ne pas limiter dans le temps ce statut donne aussi du souffle. Vouloir le limiter à 2 ans est ridicule et sans corrélation avec les réalités… Quand on sait aussi qu’en création d’entreprise, c’est 3 ans de projections qu’on nous demande….
        Comme vous le faites remarquer, il y a enfin une possibilité de se lancer sans apports de capitaux, sans emprunts (ou si peu).

        Personnellement, j’aurais du mal à passer à un régime classique avec cette histoire de charges forfaitaires: il faut une sacrée trésorerie que je n’ai pas.

        Il y a aussi la question de la TVA.
        Un AE achète TTC et est censé facturer en HT….. ????
        Il devrait pouvoir, en fonction de son activité, être exonéré ou soumis à cette TVA.

        Enfin, il me paraît essentiel de former les Poussins: compta, gestion, stratégie… etc… Même sil ils n’ont pas l’intention de se développer, de créer de l’emploi.
        En clair, le statut d’AE convient très bien à des micros-structures, non créatrices d’emploi, avec des investissements minimums.
        Se pose donc la question d’un vrai encadrement, par des gens au fait des réalités. Et ça, c’est un problème aussi, une vraie question!
        Ou il serait question que des accompagnateurs, des formateurs soient compétents et ne relaient par un certain mépris pour tout projet en dessous de 100 000 € (c’est du vécu)…

        Je n’apprécie guère d’entendre que les AE ne sont pas de « vrais entrepreneurs ». Ceux qui s’expriment comme cela le font avec une moue et une condescendance qui me hérisse le poil.
        Sur ce sujet, certains AE, comme moi, souffrent de ce mépris.
        Car enfin, tous les petits ne sont pas voués à évoluer vers une usine à gaz… Un vrai entrepreneur serait uniquement celui qui créé d’autres emplois que le sien propre, celui qui rêve d’être côté en bourse ???
        Maintenant, je vous l’accorde, à faire n’importe quoi, certains AE ont bien sali ce statut….

        Voilà le fond de ma pensée.
        Bien à vous,
        Laurence

        • Romain Blachier

          merci pour votre témoignage, fort intéressant. La solution peut aussi à mon sens passer par une simplification des créations d’EURL ou tout simplement par une réflexion sur la micro entreprise, dont le régime n’est pas si loin de l’AE.

          • En effet, la seule vraie différence entre AE et Micro, c’est le versement des charges sociales. Côté fiscal, cela revient au même puisqu’au final, l’AE bénéficie de l’abattement de 71 % comme en Micro. Cet abattement étant censé absorber achats et frais de fonctionnement.

            J’insiste sur le fait que de devoir provisionner en Micro et EI ( EI, régime pour ceux qui dépassent le seuil de CA et ne sont pas en EURL ou SARL) est une plaie: problèmes récurrents de trésorerie, banques plus que frileuses…
            La pire des situations est de se retrouver en Micro, ce statut cumulant les inconvénients!

            Bien sûr, la simplification des créations EURL serait une solution.

  5. Gwynfrid

    C’était un des points positifs du bilan Sarkozy, le torpiller est vraiment une très mauvaise idée. Quel serait le bénéfice de cette réforme, sauf pour remettre une barrière à l’entrée du monde des PME déjà en place ?

    Très décevant de la part du grouvernement socialiste, qui entretient une fois de plus le cliché selon lequel il n’aime pas l’entreprise. C’est donc une faute politique, en sus d’une sottise économique.

    • Romain Blachier

      Ouais enfin pour le coup c’est un simple cliché de comptoir: le gouvernement a pris par ailleurs plein de mesures pro business et il fait cela notamment suite à des demandes du monde de l’artisanat. Mais en effet c’est pas malin.

      • En effet, ils ne sont pas pédagogues pour 2 sous….
        Il y a un sujet tabou aussi: le Black….
        Cela me fait penser au système établi dans les entreprises: robinet ouvert, des salariés (du plus petit au plus « gradé ») se servent…. Secret de Polichinelle, tout le monde le sait…. De temps en temps, on jette opprobre sur l’un d’entre eux. Pour l’exemple, pour calmer le jeu.
        Dans le cas qui nous occupe, voici des entrepreneurs bien établis qui font du black à ne plus savoir qu’en faire (j’ai connu un entrepreneur du bâtiment qui m’expliquait ce problème), font travailler comme des esclaves des sans-papiers ( au mieux pour 60 € la journée, au pire pour 30 €, au pire du pire pour rien, ils ne répondent plus au téléphone quand il faut sortir les sous).
        Ce sont bien ceux-là à qui il ne vient pas l’idée de faire pression pour changer un système de charges qui pèse tellement à tout ce petit monde d’entrepreneurs, AE, Micro, EI au réel….

        • Romain Blachier

          Oh même si on baissait les charges sur ce point cela ne changerait rien: la preuve ces personnes que vous mentionnez ne payent parfois pas du tout leurs employés.

  6. Marie

    Ceci dit, ça hurle de partout, mais à ce jour il n’y a rien de concret : c’est une simple annonce, pas de date, pas de précisions, pas de données. Il serait aussi sage d’arrêter de hurler au loup et de tout surpolitiser 🙂

    • Romain Blachier

      Justement c’est ce que je me disais il y a quelques jours en voyant des gens péter les plombs sur une simple annonce (ce qui est un truc gonflant sur le web où les gens s’énervent trop souvent avant de se renseigner et partent en trips poujadistes) mais pour le coup, si les mesures ne sont pas définitives, ce sont bien les éléments dont j’ai parlé qui sont hélas en discussion.

    • Romain Blachier

      Si ca se trouve un jour vous direz du bien d’un truc de gauche qui sait?

  7. Le statut d’auto-entrepreneur c’est comme le PACS, c’est bien au début et ensuite on passe aux choses sérieuses 🙂

    • Romain Blachier

      Si on est à plein temps dessus oui!

  8. AE de Gauche

    Bonjour M. Blachier,

    Je vous remercie pour ce billet qui m’apporte un peu de bien-être en cette période trouble.
    Je suis politiquement orienté à gauche, tout comme l’ensemble de ma famille, composée en partie de militants très actifs au PS (beaucoup moins en ce moment, il faut l’admettre – pas sûr que ça revienne).
    J’ai était boursier, ai bénéficié de l’école et de l’université publique, du génial « Plan Informatique Pour Tous » et au risque de déplaire, Jack Lang sera probablement pour moi LE Ministre de la Culture jusqu’à la fin de ma vie.
    Bref, j’ai le bon profil pour porter une rose à la bouche… je suis un enfant des années Mitterrand.

    Cependant, je suis également auto-entrepreneur… et les épines de la rose ont tendance à me piquer la bouche ces jours-ci.

    Le projet de réforme évoqué par Mme Pinel (du PRG, certes) et les récentes déclarations de celle-ci me sont réellement insupportables. Je ne comprend pas, comme beaucoup de monde, l’intérêt d’un tel acharnement.
    Au-delà des arguments avancés de concurrence déloyale qui ne sont pas fondés (j’ai un respect sans limite pour les fonctionnaires de notre pays tels que ceux de l’IGF/IGAS et les enseignants tout particulièrement – mais ce n’est pas le sujet du jour), l’idée d’une limitation dans la durée me parait, et je m’en excuse, d’une stupidité hors normes.

    Bien évidemment, l’immense majorité des AE en activité principale ne prendraient pas mal de crever un jour les plafonds de CA et être accompagnée pour évoluer vers un autre statut, même si ceci doit se faire au coût d’une complication significative des démarches administratives, ce dont ils se passeraient quand même bien.

    La règle me paraissait très claire. Le statut d’AE permet à tous de créer son activité, sans fortune préalable, sans avoir était élevé auprès de parents entrepreneurs, sans prendre le risque inconsidéré d’alimenter un peu plus le système financier par le biais d’un crédit dangereux et sans avoir fait d’études de commerces, de comptabilité ou de droits en matière fiscale.
    Presque une idée de gauche, selon moi…

    Cependant, les compétences premières d’un AE sont rarement liées à celles d’un patron ou d’un manager. Il nous faut donc du temps… D’autant plus que l’AE en question favorisera la qualité de son travail qui sera à terme, sa meilleure publicité. Le bouche à oreille prend énormément de temps mais assure une vraie pérennité. On ne crée pas une AE comme on crée une start-up.

    Le temps nécessaire n’est pas quantifiable à l’avance. Il dépend de l’activité, de l’expérience passée, et de bien d’autres choses. Deux ans… Est-ce raisonnable ? Certainement pas pour avoir ne serait-ce que l’envie d’essayer ! Peut-être faut-il cinq ans, dix ans à certains, trois mois à d’autres, ou toute une vie, impossible à dire, c’est tellement variable.

    Par contre la limite de CA telle qu’elle existe aujourd’hui est un indicateur concret et reconnu comme suffisant.

    J’entends ici et là qu’il faut « sortir les AE de la précarité, qu’ils ne se rendent pas compte de leur situation, qu’on les y oblige ». Je pense qu’il s’agit d’une erreur majeure. Je ne m’étalerai pas sur les dérives dont je ne suis pas responsable, qui sont illégales et donc sanctionnables… Chacun son travail.
    Les AE ne souhaitent pas cette précarité dont ils ont bien conscience mais la plupart d’entre eux étaient souvent dans une situation encore plus précaire avant qu’ils ne se créent leur propre activité. Aussi, avouons que la conjoncture actuelle n’est pas réellement propice à l’espoir de trouver un emploi.

    Pour aller plus loin, avoir la possibilité de créer son activité simplement et sans apport offre une garantie à vie d’avoir un moyen de subsistance quoiqu’il puisse arriver, sauf dans le cas d’une limitation dans la durée de cette activité.

    Ne nous voilons pas la face… Proposer à des centaines de milliers de personnes de troquer leur activité, certes modestement rémunératrice, contre un RSA et aucun espoir de se trouver un emploi en cette période de crise n’est en rien un moyen de les « sortir de la précarité ».
    Leur expliquer, lorsqu’ils sont à mi-chemin des plafonds de CA, après quelques années, qu’ils seront bien mieux sécurisés dans le contexte d’un autre statut en devient même terriblement pathétique.

    Afin de dire les choses comme je les penses, m’expliquer que l’on veut me sortir de la précarité dans ces conditions après avoir marteler les arguments de la CAPEB et de l’UPA est une drôle de façon de me prendre pour un demeuré.

    Concrètement, je suis ravi de payer des charges et d’être solidaire. L’augmentation des taux en janvier ne m’a pas fait sourciller d’un poil. Par contre, m’imposer une date limite à partir de laquelle il est possible que j’ais le choix entre arrêter mon activité ou faire évoluer mon statut vers un autre que je ne pourrai pas assumer plus de 3 mois, je trouve ça particulièrement ignoble.

    L’attente au quotidien d’une nouvelle annonce de Mme Pinel m’est aussi insupportable que les annonces elles-mêmes.
    L’idée qu’une telle réforme soit promulguée par un gouvernement qui se dit de gauche m’est insupportable.
    Entendre depuis le sénat que les « poussins » en font trop en évoquant leur mal-être m’est insupportable.

    Je n’ai plus beaucoup de motivation ni vraiment d’espoir.
    J’espère juste que cette réforme ne passera pas afin que la vie dans son ensemble ne me soit pas insupportable.

    Pour l’instant, le mouvement des poussins tout comme votre billet m’apaise quelques minutes par jour.

    Merci beaucoup pour votre soutien!
    Il est très précieux à mes yeux.

    • Romain Blachier

      Merci à vous pour ce témoignage

  9. Claude N

    Rentable ou pas n’est pas le soucis .Tous nos gouvernements quels qu’ils soient ne cherchent qu’a faire débourser .Si tu gagne , tu paye « point  »
    Nous ne sommes plus dans l’après guerre mais dans l’avant !
    Retraité par force à 54 ans , après 40 ans de cotisations , avec l’impossibilité de relève ,de transmission d’entreprise, de mariage mixte et d’adoption plénière de 2/3 des enfants .
    Perte du matériel , du stock , des clients et de la volonté de continuer , juste assez de temps pour critiquer vu que c’est cela qu’ils cherchent.Rupture totale vu que nos administrations sont toutes dépassées par les sujets simple .

    • Romain Blachier

      Il faut éviter de tomber dans l’excès: nous ne sommes pas dans 1984 ou le meilleur des mondes. Juste que nous sommes dans un pays endetté qui doit remonter la pente et nous avons besoin d’argent pour cela et continuer à assurer le modèle républicain. C’est ce que le gouvernement tente de faire, même si ce point très précis il me semble qu’il se trompe.

  10. Bonsoir,
    Moi, j’en ai un peu marre d’entendre certains arguments comme « les gens sont tirés vers le bas » avec ce statut. « Certains se prennent pour des Zukerberd, ça hurle de partout »
    Il y en a des bonnes raisons de hurler. Pointer à pôle emploi ce n’est pas être tiré vers le bas, non, être chômeur longue durée, non plus. Le travail salarié n’est plus, il faut inventer d’autre formes de travail. L’AE est une ébauche et comme toute ébauche elle est imparfaite. Le système français est totalement bloqué. Les arguments des gens qui sont contre sont attachés à un système qui n’existe plus. Il faut réformer le travail indépendant dans ce pays.

    • Romain Blachier

      vous en faites trop: les entreprises auront toujours besoin de salariés…et il y a diverses manières d’être indépendant.Il n’existe pas que 3 choses l’AE/chomage/salariat mais bien plus de situations différentes. Renseignez vous 🙂

      • Je ne pense pas que Sabathier en fasse trop. Il y a là une vraie question de fond: le travail salarié, ce n’est plus pour tout le monde. Certaines entreprises auront toujours besoin de salariés et d’autres… non.

        • Romain Blachier

          Je ne dis pas le contraire, je suis moi-même salarié ET investisseur dans une boite qui a des salariés ET créateur d’une boite sans salariés.

          Mais ce que vous dites, ce n’est pas ce que dit Sabathier qui a écrit  » Le travail salarié n’est plus » (ce que les milliards de salariés dans le monde sont ravis d’apprendre). Voila qui est une exagération il me semble tout de même !

  11. Bonjour Romain,

    J’attendais avec impatience un article de votre part sur le régime d’auto-entrepreneur et je ne suis pas déçu 😉

    Bravo pour votre analyse, exercice d’autant plus difficile que vous êtes un élu du PS et soutien gouvernemental. Je ne suis pas auto-entrepreneur, mais si ce régime avait existé en 2006 il est évident que j’aurais gagné beaucoup de temps pour créer mon entreprise. C’est un excellent tremplin pour se lancer, pour tester une activité, et il n’y a pas besoin d’être libéral pour se sentir pousser des ailes d’indépendant, pour avoir envie de travailler sans dépendre de personne d’autre que de ses propres clients !

    Ce qu’envisage de proposer Sylvia Pinel (et qui n’est pas qu’un vague projet comme j’ai pu le lire ici en commentaire) ne peut que casser cette dynamique, d’une part en limitant dans la durée le régime (tout le monde n’est pas au même rythme, et le développement d’une entreprise est très variable selon ses activités) et d’autre part en abaissant les plafonds de chiffre d’affaire. Je n’ai jamais fait partie des loups qui hurlent à la moindre proposition ministérielle, mais là j’ai compris sans hésitation le désarroi des poussins. Surtout qu’on devine en arrière plan je ne sais quelle tractation politicienne entre le PS et le PRG, extrêmement préjudiciable à l’esprit citoyen dans ce pays !

    Que le PS se réveille et ne laisse pas détruire ce régime simplifié d’entreprise. Il doit être amélioré, certes, mais il suffit pour cela de puiser dans l’excellent rapport de l’IGAS-IGF commandé par le ministère lui-même. Il ne s’agit pas non plus d’être dirigé par les hauts fonctionnaires, mais au minimum de faire preuve d’un peu de bon sens…

    • Romain Blachier

      Merci pour votre commentaire. Deux petites précisions: attention Sylvia Pinel est PRG (c’est un détail mais comme vous parlez du PS…) et le PS n’est pas en train de dormir (vous parliez de le réveiller!)pour le reste ok avec vous.

      • Oui, je sais que Sylvia Pinel est PRG. C’est d’ailleurs ce que j’évoque à la fin de mon message sur cette tractation politicienne qui se trame en coulisse.

        • Romain Blachier

          On ne peut pas non plus résumer toute la réforme à du politicien. L’AE n’est pas parfaite.

  12. Rétrolien: lire 318ème semaine politique: comment Hollande peut résister aux confrontations sujet by Vurool likes

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