La Bande à Baader

La_bande_a_baader_fichefilm_imagesfilm Je ne savais pas si le visiblement fascinant Baader Meinhof Komplex allait sortir en France.J'ai donc eu l'heureuse suprise en allant au Comoedia hier en début de soirée pour voir un sympathique Le crime est notre affaire, de voir que sa sortie française, sous le titre un peu trop édulcoré de La Bande à Baader, était programmé pour mercredi prochain. Vous vous souvenez il y a quelques temps d'articles sur ce blog sur la Fraction Armée Rouge (RAF) allemande, qui est, avec les brigades rouges, la plus tragique organisation armée d'extrême-gauche d'Europe occidentale.J'avais par exemple lancé un concours sur cette photo.

Loin d'être le fruit du hasard, l'action terroriste de la RAF nait d'un contexte et non du désert, celle des mouvements contestataires des années 60.Les principales figures de la RAF que furent Gudrun Ensslin, Ulrike Meinhoff, Andreas Baader ou Brigitte Monhaupt tatérent, par divers biais de la contre-culture allemande, qu'elle soit celle du cinéma alternatif, des expériences de vie communautaire ou du journalisme engagé.

Le film qui sort le 12 novembre en France, réveilla le débat en Allemagne.Le militantisme jusqu'au bout pour une cause fascina de nombreux esprits et donna lieu à une puissante iconographie(par exemple cette affiche évoquant les filles du mouvement).Jeunes, beaux et dangereux, en butte à une répression d'Etat qui vota des lois spéciales afin d'alourdir leurs peines et de diminuer leurs droits à se défendre au tribunal et assassinera certains d'entre eux dans leurs cellules, les membres de la RAF suscitérent un certain romantisme, qui fit oublier à beaucoup meurtres et attentats.Justement l'oeuvre ici posée a pour ambition de ne proposer aucune possibilité d'identification avec les terroristes mais d'expliquer leur combat.Ainsi Baader, pourtant trés sensible aux luttes féministes, est décrit comme étant un peu macho de base, Gudrun Ensslin devient une sorte de passionaria.Plus que la véracité des personnages, il s'agitde raconter le processus du passage au combat armé, de raconter les choses, les idées, le contexte et par-dessus tout la violence, d'abord théorisée puis vécue.Tragiquement.

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  1. Je me souviens de badges RAF avec la mitraillette (et aussi brigade rosse) au lycée. Seuls les membres d’une « élite » radicale osaient. Mais le tournant avait déjà été pris : ce changement s’appelait No futur 🙂 Ce qu’on imaginait comme le pire étant à venir était juste en dessous de la réalité d’aujourd’hui.
    Il faut reconnaître que cette « contre-culture allemande, qu’elle soit celle du cinéma alternatif, des expériences de vie communautaire ou du journalisme engagé » comme elle eut son pendant français d’une autre façon et aussi les expériences ricaines du freepress et autres freaks de Hunter Thomson avaient de la gueule. Et fut porteuse de bien plus que de mitraillettes.
    Ce que tu en dis a l’air de laisser penser que le film tiens la route car de ses années de plomb je me souviens aussi avoir entendu dire chez les prolos français que personne n’allait pleurer le patron des patrons allemands. Il ne faut pas oublier non plus la mobilisation par rapport aux conditions de détention de ces prisonniers politiques de nombreuses « consciences » dont Sartre.
    Enfin, pour certains (tous les cas ne sont pas prouvés), l’aspect iconique de ces personnages (comme celui d’un Mesrine en France qui était lui un droit commun mais atypique) semblait tellement menaçant qu’ils eurent droit à un assassinat d’Etat décidé par la RFA.
    Le pays était alors dirigé par Willy Brandt puis l’ami de Giscard, Helmut Schmidt : deux sociaux-démocrates si ma mémoire est bonne. Sans épiloguer trop, je dirai que leur projet ne devait pas offrir les ruptures attendues qui auraient rendu obsolètes toute radicalisation et qu’ils représentaient trop les intérêts d’une caste, d’une classe et d’une tradition pour ne pas vouloir conserver leurs privilèges face aux remises en cause complète qui se dessinaient.
    C’est d’ailleurs ce chrétien libéral de droite de Kohl qui accompagna la modernisation sociétale allemande et su laisser vivre les propositions alter. Comme quoi…

  2. @donjipez:Je devais avoir quelques mois lorsque Baader fut assassiné par la police dans sa cellule.Par-delà la violence, la question de l’engagement et de la contre-culture de ces années est fascinante, surtout en rapport avec le désengagement, ce cynisme de cette fin de décennie 2000.La RAF en fut une des multiples expressions mais le SPD Berlinois en eut une part grande, malgré un Helmut Schmit qui était trés étranger à ça, à une époque où la RFA était, par nature, un état allié des USA face au bloc communiste et qui, tout en laissant vivre librement de larges mouvements contestataires, fut d’une violence impitoyable pour répondre à celle de la RAF.Pour le reste, je ne connais pas assez l’époque mais si Kohl fut un grand européen, je n’ai pas mémoire par contre de grands progrés sociétaux.

  3. Ca Kohl contribua largement à l’escroquerie européenne (je peux l’avouer d’autant que j’y étais alors tombé en plein dedans, renforcé par le sens historique que je prêtais à Mitterrand) et à nous faire prendre pour un grand projet ce qui n’était qu’un choix économique qui s’avère obsolète et paralysant.
    Par sociétaux, je voulais surtout parler du laisser faire plutôt que de grandes décisions. La police cessa de débarquer dans les concerts punks, la scène alter pu s’exprimer à plein… Le sale boulot ayant été fait par ses prédécesseurs il put, me semble t il, laisser s’exprimer les tenants d’une oppositions radicales et minoritaires qui resta dans la légalité. Un donnant-donnant.
    Je pense que la montée des Verts avec un Cohn Bendit pas encore obsolète n’y fut pas pour rien. Et le système politique non plus avec la présence de relais pour les contestataires (c’est un raccourci) au niveau des lander et dans de grandes villes où les maires ont un pouvoir d’agir plus affirmé que les nôtres.

  4. Bonjour Romain,
    J’ai lu avec intérêt votre critique : avez-vous vu le film depuis?
    Ce que vous écrivez est juste, cependant un détail m’intrigue : il me semble qu’il n’est pas démontré que Baader ait été « assassiné ».
    La version du film, en tout cas, prend le parti du suicide. Pour l’instant, je ne crois pas qu’on ait les preuves de tels meurtres (quatre ou cinq d’un coup, en même temps, dans leurs cellules…) Certes, on peut s’étonner que les membres de la bande aient réussi à communiquer pour décider d’un suicide collectif alors qu’ils étaient isolés les uns des autres à ce moment-là…

  5. @magda:oui je l’ai vu.La thése officielle est en effet le suicide.Une quatriéme prisonniére, elle bléssée seulement à coups de couteaux, parlera d’agression.Peut-être es-ce un suicide,une désespérance aprés l’échec de la revendication de libération suite au détournement d’avion.Il est toutefois curieux que des armes aient pu circuler, que les prisonniers aient pu communiquer dans les conditions d’isolement dans lesquelles ils sont contraints à la fin.Il est également curieux que leur mort soit survenue au moment du détournement d’avion…
    D’ailleurs en fait le film ne rejette pas tant que ça l’hypothése:Voir la scéne où Ensslin dit aux pasteurs qu’elle va être assassinée ou la découverte de la mort des trois membres du groupe en cellules qui tombe comme un cheveu sur la soupe.

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