Unes abjectes des magazines : une façon d’obtenir du buzz gratuitement

Trash bin buttonC’est le mardi,  le mercredi, généralement dans le début d’après-midi, à l’heure où la presse, la com, le monde politique national revient d’un déjeuner avec des collègues, des sources, des alliés, des ennemis cachés, des amis apparents.

S’incruste, se diffuse sur les réseaux sociaux une image, l’image surplombant des lettres. Une image avant de reprendre le travail pour ceux qui ne manient pas l’ordinateur comme pelle et truelle de labeur. Une image une partie de l’après-midi pour ceux qui gagnent leur pain de leurs mains sur les claviers et de leurs yeux sur les écrans connectés.

L’image, quelle image? L’image de la une du magazine!

Mais de quel magazine? Le Point, l’Express, Minute, Valeurs Actuelles en général. Régulièrement un de ces honorables titres ou un autre (les unes du Nouvel Obs sont elles aussi navrantes mais pour des raisons bien différentes) fait dans le trash sur sa Une.

De l’Islam sans gêne du Point, de  la nullité des syndicats ou de la parano anti musulmans (encore) selon l’Express, des obsessions sur les invasions, des roms chez l’Opinion et des provocations atroces de Minute comme la une d’aujourd’hui sur Taubira, la presse de droite est en pleine concurrence de buzz,

Et ça marche! Comme le confie dans les Inrocks de mercredi passé l’équipe de Valeurs Actuelles, leur titre, qui a toujours été d’une violence frisant la haine vis à vis de la gauche et d’un amour très fort sur les thèmes fleurant la peur, va gagner de l’argent pour la première fois depuis bien longtemps cette année en ayant remonté la virulence de leurs Unes.

La radicalisation plait à une certaine droite et à l’extrême-droite.Tout le monde est utile au magazine dans cette histoire d’ailleurs.

La partie de la droite qui achète  le magasine qui se lâche bien sûr.

Mais aussi la partie de la droite et la gauche,  unanime sur ce point elle, qui refuse ces stigmatisations et cette haine. En dénonçant à longueur de tweets et de murs facebook les unes incriminées, nombre d’adversaires contribuent à donner gratuitement de la visibilité à des titres en bout de course il y a peu.

Faut-il se taire? Peut-être. Pour un Samuel Laurent qui déconstruit à juste titre la  une du Point sur l’Islam en expliquant qu’elle a été faite à partir d’une micro-manif de 10 personnes, combien se rejouent les Jean Moulin de clavier à longs traits de statuts Facebook définitifs et solennels où l’on parle d’heures les plus sombres de l’histoire à longueur de mur…tout en étant en définitive qu’un panneau publicitaire de l’immonde qui veut vendre?

Si il est normal de s’indigner sur l’indignable, si il faut parfois rire des abrutis qui vendent de la haine de papier, il est trop fréquent ce temps où le trash donne de la visibilité et de la vente aux titres qui le pratiquent. Témoin: une publication confidentielle comme Minute réalise un gros coup de pub sur les réseaux sociaux grâce ses adversaires, indignés par sa une immonde sur Taubira.

Alors il m’est bien sûr arrivé à moi aussi d’être des agacés et des posteurs d’indignation. Mais finalement cela sert-il la cause? Je ne sais pas si le silence serait mieux.  Taubira a compris de son côté que la une qui la vise ce jour est calculée pour  buzzer.

Quelque part le racisme, la haine des pauvres (ah les couvertures du Point, un magasine gavé d’aides à la presse,sur les assistés) et le jeu sur les peurs en général sont ce que sont les lolcats et les listes sur buzzfeed: un formidable outil de visibilité.

3 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Geeeeeeek

    Je pense qu’il y a quelque chose autour de l’identité des gens, de ce qu’ils perdent leur identité. Du coup ils s’accrochent à des affirmations qui fonctionnent comme des totems.

    La faute aux gens eux mêmes, d’abord, car rien ne les oblige.

    Mais aussi à toute la publicité, qui, en pénétrant dans l’intimité pour mieux vendre, la perturbe et la pollue, la rendant plus difficile (déjà que l’intimité c’est pas facile ! ), et il est ainsi plus difficile de concevoir son identité.

    Et puis il y a encore plein de fautifs, mais les deux principaux me semble être ceux que je viens de citer.

    Quelles solutions ? Il n’y en a pas, car immédiatement elles seront reprises par le système des « totems », du buzz quoi, et donc il vaut mieux les construire dans l’imparfait.

    Hugh.

  2. DF

    Remarquez, le « Casse-toi, riche con » de « Libération », journal qui n’est pas du même bord que « Minute » et d’autres que vous citez, n’était guère meilleur, si l’on excepte l’astuce de la référence sarkozyste…

    Dès lors, serait-on, plus largement, dans une dynamique de fuite en avant dans le « trash supposé séduire » de toute la presse papier française traditionnelle?

  3. Toutatis

    Dans cette une de Minute je vois plutot une volonté de défier ceux que je considère comme les nouveaux bigots (j’en ai connu dans ma lointaine enfance, catholiques ceux-là, qui guettaient le moindre blasphème, le moindre gros mot). Méfiez vous tout de même des réflexes trop rapides, ça peut conduire à des réactions loufoques, comme l’illustre cette vieille histoire :

    Quand Brejnev était au pouvoir, les Russes aimaient bien se raconter des anecdotes anti-soviétiques. En voici une :
    ça se passe un jour d’été très chaud au centre de Moscou, beaucoup de gens se promènent dans la rue. Et tout d’un coup un homme devient fou, peut-être un coup de soleil. Il se met à crier : « Ordure !!! Dégénéré !!! Corrompu !!! Débile !!! Escroc !!! ». Il a été immédiatement coffré pour insulte envers le secrétaire général du Parti.

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