Elle provoque la polémique et il y a de quoi : l’artiste Goin (ou Go in selon les moments ) a dévoilé une fresque de street-art à Grenoble qui représente deux policiers – dont un muni d’un bouclier “49.3” – matraquant Marianne, à terre, accoudée à 1984 de George Orwell et à Brave New World d’Aldous Huxley. Depuis son inauguration le 23 juin dernier dans le cadre de la deuxième édition du Street Art Fest Grenoble, l’oeuvre est l’objet de polémique de par son caractère jugé pour le moins excessif par beaucoup.

Fresque de Grenoble : un débat vu et revu sur la liberté d’expression artistique

Des intoxs courent à son sujet : la page officielle de Nuit Debout sur Facebook a même déclaré et demandé à ses sympathisants de partager l’oeuvre en prétendant qu’elle allait bientôt être censurée par Manuel Valls. Un moyen d’obtenir du buzz, des partages de contenu et de se faire peur à bon compte pour le gérant de la page.Si bien sûr, certains se sont émus, à commencer par le Ministre de l’intérieur, l’effacement n’a été demandé que par l’opposition municipale.

Audrey Azoulay, Ministre de la Culture, parlant, elle,  de liberté de création, le Maire de Grenoble évoquant également la même chose. D’autres étant gênés que le commande publique serve à insulter les agents de la force publique. Pour ma part, si je trouve le propos de l’oeuvre pour le moins excessif (on est pas en dictature en France et la police, de même que l’Etat, si elle commet des bavures, est loin de se résumer à cela et dans certains cas fait preuve de patience. Sans compter qu’elle est aussi la cible de criminels comme on l’a vu à Magnanville ) je pense aussi que la censure des œuvres (sauf lourds manquements à la loi de type promotion de la pédophilie) est une mauvaise chose et que l’art, même quand il nous dérange, ce qui est mon cas, doit pouvoir porter son propos. Un propos que Goin explique d’ailleurs disant ne pas avoir voulu toucher la police mais l’Etat.

Bref on est dans un débat classique, vu et revu sur la liberté de création à partir d’une oeuvre plutôt simpliste. Une oeuvre qui  va de toute façon disparaitre le mois prochain, puisque le mur qui la comporte est depuis longtemps promis à la destruction.

Un débat banal sur le mur Goin relancé par un tag

Ce qui est plus intéressant, c’est le geste qui a été commis ce matin ou cette nuit : quelqu’un a rédigé un tag sur l’oeuvre.  Fréquent L’art de rue est un art évolutif et les fresques sont  vivantes. Ce qui a été écrit sur le graphiti ? Stand up for the french police, le slogan des supporters irlandais en soutien des policiers français. Et c’est ça qui est fascinant.

Sur les réseaux sociaux, l’on voit des partisans de l’art rebelle se révolter contre le tag sur l’oeuvre de Goin. Les mêmes souvent qui défendaient quelques heures plus tôt la liberté de création de l’art de rue. Sans réaliser que le street-art est une matière vivante, évolutive. Qu’elle n’est pas figée mais soumise aux évolutions de l’environnement urbain. Que la rue n’est pas une galerie fermée.

Et puis il y a une autre inversion qui se fait : c’est l’oeuvre contestataire qui est à son tour contestée. Par un tag qui qui contredit le propos. Interroge l’interrogation. Utilise une référence de la pop culture sportive par rapport à l’alternative. Prône un message de soutien à l’ordre face à un message qui l’interroge. Retour à la réaction, à ce qui est établi ? Pas sûr, pas si simple : cela est effectué en utilisant le tag, code du désordre. Pour réclamer par ce geste, paradoxe ultime, la défense des forces de l’ordre.