born-aliveLa question de l’importance des blogs dans le débat, de leur poids, de leur déclin ou pas, de leur avenir est un marronnier dans la blogosphère et la presse.

On apprend depuis au moins 2008 que les blogs sont morts. Curieux.

Dernier en date à s’y être penché: le journaliste du monde Olivier Zilbertin dans un court article intitulé “Qui blogua ne bloguera plus“. L’article, qui aborde une baisse des blogs, m’a interpellé. Et en a interpellé d’autres comme le montre le pearltree constitué par mon copain Seb Musset qui a aussi écrit sur le sujet.

Alors que pose comme question Olivier Zilbertin?

Mettons directement les pieds dans le plat : les blogs sont-ils irrémédiablement engagés sur la voie du déclin ? Ont-ils encore une influence ? Ont-ils seulement encore un quelconque intérêt ? Qui blogue ? Quels sont les blogs qui comptent, et qui consacre du temps à leur lecture.

La question est judicieuse.

 

L’exemple discutable de Thierry Crouzet et des chiffres plus probants

Mais hélas, le journaliste ne prend que comme exemple de sa démonstration un blog, celui de Thierry Crouzet, exemple utilisé pour montrer que ce blog est moins visité qu’avant et donc tous les blogs à travers lui.

Certes Crouzet est une figure incontournable du numérique français et oui son blog est moins lu qu’avant mais est-il un cas particulier ou une généralité? Difficile de faire une tendance avec un exemple. Surtout que Thierry est bien moins actif sur la toile qu’avant, même si il a profité du billet de Zilbertin pour se couvrir la tête de cendre ainsi que celles des autres. De sa baisse d’activité, qui explique tout de même fortement sa baisse, Thierry en a même écrit un ouvrage sur le sujet de son levier de pied niveau web, lever de pied qui fut absolu un temps et qui est plus relatif aujourd’hui “J’ai débranché“. A croire que le journaliste n’en était pas au courant.

Plus probant par contre est l’auteur de l’article quand il cite le billet de Benoit Raphaël (goo.gl/CNcrU) écrit en partant d’une étude de GlobalWebIndex (Globalwebindex.net). Selon cette étude il y a tassement dans le web social, dans les contributions sur Facebook, sur les blogs…

Pourtant les chiffres sont ici: 1,5 milliards de gens selon Socialnomics se rendent sur un réseau social chaque jour…et le nombre progresse. Niveau français, 50 millions de nos concitoyens seraient inscrits sur un réseau social. Et niveau blog? PrDaily estime qu’il y en a 3 millions qui s’ouvrent chaque MOIS ! Ca fait pas très retrait ça. Sans compter que plus de la moitié des blogueurs d’aujourd’hui a moins de 35 ans...

Les réseaux sociaux et les blogs, loin d’être antagonistes, me semblent marcher de concert.

Twitter et Facebook fournissent un moyen simple d’expression rapide sur la toile, qui participent, tous comme les blogs d’ailleurs, amplement de la médiatisation de l’espace public, Tout le monde ne se sent pas de tenir à jour un carnet numérique et ces sites amènent sur un plateau nombre de contenus personnalisés en fonction des affinités des utilisateurs au lieu d’être obligé de le chercher.

Pour moi, je l’ai déjà dit les réseaux sociaux et les blogs (qui sont aussi des formes de réseaux sociaux parfois d’ailleurs…)ne sont pas complétement antagonistes. Bien plus, les premiers sont des outils de diffusion des contenus des seconds. On peut échanger rapidement sur les réseaux sociaux mais pour de la matière consistante c’est sur un blog ou un site d’info qu’on va. D’ailleurs une proportion énorme de ce qui est partagé sur Facebook ou Twitter sont des liens vers des contenus.

Des études montrent d’ailleurs que les utilisateurs du réseau à l’oiseau bleu aiment particulièrement retweeter des messages contenant un lien. Es-t-il toujours vers un blog ce lien? Évidemment que non mais cela montre que le rôle des réseaux sociaux n’est pas forcément de remplacer l’existant mais souvent de le diffuser encore davantage.

Chaque année Twitter et Facebook m’amènent plus de visiteurs sur ce blog. Benoit Raphael cité dans l’article, a réagi et dit une chose très juste:”Sans contenu pour discuter, Twitter serait beaucoup moins actif. Il n’y a donc pas de raison que les gens s’arrêtent de produire du contenu. Ils le font juste différemment. Le contenu est produit sur les plateformes média, blogs et vidéo.”

 

Au sujet d’Ebuzzing

L’auteur trouve qu’on trouve un peu tout et n’importe quoi dans les classements de blogs réalisés sur Ebuzzing, site classant les blogs par “influence” et dont j’avais déjà abondamment parlé ici.

C’est en partie un choix de la société ebuzzing que cette confusion des genres, dénoncé régulièrement sur la toile.Comme le dit Seb Musset ce classement de “blogs” mélangeait depuis quelque temps tout et n’importe quoi, du portail délocalisé à 60 contributeurs, à la déclinaison média jusqu’aux agrégateurs de news aspirant des contenus de blogueurs et bientôt Le Monde pourquoi pas ? Loin donc de l’esprit du “classement de blog” des origines.

Et pour les catégories actus et société d’ebuzzing, mentionnées par le journaliste ce caractère maussade est encore plus criant et s’explique par le départ volontaire de nombreux blogueurs suite aux critères de plus en plus discutables du classement ainsi que par le comportement du fondateur de l’entreprise.

Quand je l’ai quitté j’étais dans le top 5 de la catégorie politique mentionnée par Olivier Zilbertin. D’autres, anciens numéros un comme Melclalex, Jegoun, Sarkofrance etc…l’avaient déjà déserté et demandé à en être exclus.Au total ce sont des dizaines de blogueurs bien classés qui sont partis de ebuzzing… Olivier Zilbertin le sait-il ?

Le classement ebuzzing ne veut donc plus dire grand-chose…

 

Ne pas confondre les blogs et les conversations

J’ai déjà fait trop long là où Guy Birenbaum a fait court et poétique. Je ne vais donc pas continuer dans les chiffres mais tous les blogueurs également actifs sur twitter ou facebook verront de quoi je parle: la conversation se déplace sur les réseaux sociaux.

Si le blog ne meurt pas, le commentaire se fait souvent plus rare. Là où un billet a deux cent lectures générait hier une dizaine de commentaires, un billet à 10 000 consultations aujourd’hui en attire parfois moins.

Combien de fois avons-nous plus de réactions à nos billets sur Twitter qu’en commentaire de blog? Combien de fois les débats au sujet de nos écrits se déroulent ailleurs que là où ils sont rédigés? C’est une évolution logique. Aujourd’hui on évoque plus souvent un tweetclash qu’une longue discussion dans les commentaires d’un blog.

Pendant ce temps, tout comme nombre de mes collègues,mon nombre de lecteurs et les interventions (conférences ,écritures d’articles dans la presse etc…) qu’on me demande de faire en tant que blogueur suivent une pente ascendante.

Mort le blog ? Il est en pleine forme.