nazareens-chretiens-irakDepuis des années sur ce blog, j’aborde la question du drame des chrétiens d’Orient. De leur disparition progressive. Des récupérations politiques qui se font sur ce sujet par différentes mouvances, récupération d’autant plus facile que peu nombreux sont ceux qui se sentent concernés. Ah, combien de fois ai-je écrit sur cette indifférence! On dirait qu’en matière de mobilisation sur le sujet, le marchand de sable est passé.

Pourtant le christianisme, je l’écrivais comme d’autres il y a déjà des années, est victime. Aujourd’hui les persécutions contre les chrétiens représentent près des trois quarts des discriminationS religieuses sur la planète. Oui les trois quarts…

Tous ne sont pas en Orient. Par exemple la Corée du Nord est régulièrement l’endroit du monde qui arrive en tête du triste classement des pays les plus répressifs avec les chrétiens. Cette dictature borde sur le flan est un triste arc de persécution qui se finit au Maroc en passant par le Turkménistan, le Pakistan ou encore le Proche-Orient.

L’Orient justement, où des chrétiens vivent depuis le début immédiat du christianisme. Certes la carte du christianisme a beaucoup bougé depuis les premiers apôtres. Et Paul ne trouverait plus guère dans la ville actuelle de Honaz, désormais en Turquie, de communauté chrétienne significative à qui adresser sa lettre aux Colossiens.

Mais depuis des millénaires, souvent avant que le message n’atteigne les rives européennes de façon importante, bien avant que Constantin transforme la foi rebelle en institution, il y a des chrétiens en Orient. Il y a dis-je. Mais plutôt, parfois, il y avait. Le 20e siècle et le premier cinquième du 21e ont été terribles pour les chrétiens d’Orient.

Si leur nombre a augmenté dans quelques pays (en Egypte par exemple), leur proportion dans cette partie du monde est indiscutablement en baisse. Les chrétiens qui ont fui l’Orient ou se sont déplacés à l’intérieur de cette zone du monde sont très nombreux. Qu’on pense aux nombreuses communautés chaldéennes, dont nombre des plus grandes concentrations se trouvent aujourd’hui en Suède.

Pour nombre de mouvements islamistes, leur présence sur les terres orientales a beau dater de bien avant la révélation de Muhammad, ils seraient les produits d’une religion importée d’occident. Ou trop inspirés par le judaïsme. Ou tout simplement qu’en réactionnaires version sanglants, ils ne peuvent supporter qu’on diffère d’eux.

Chrétiens en Irak, une présence deux fois millénaire

C’est pourquoi d’ailleurs, pour prendre un sujet d’actualité brûlante, les mouvements radicaux irakiens, qui ont pris une partie du contrôle du pays, ont fait beaucoup pour le départ des adeptes du christianisme. Les chrétiens étaient un peu plus de 800 000 lors de l’invasion américaine de 2003. Depuis onze ans, 400 000 ont quitté le pays, d’autres se sont déplacés au Kurdistan où leur sécurité est mieux assurée. Et dire que certains radicaux autour de Georges W. Bush pensaient, en envahissant l’Irak, pouvoir exporter la bible version conservatisme US…

Il resterait en 2014 400 000 chrétiens encore présents en Irak dont l’importante communauté de Bagdad (entre 100 et 150 000 personnes).

Le week-end passé, les islamistes ont fait partir tous les chrétiens de Mossoul. Du jour au lendemain des milliers de familles ont dû fuir. A cause de leur foi. Une communauté présente depuis presque 2000 ans. L’une des plus anciennes du monde. Pour repérer les maisons, les islamistes gravent un N (comme le nazaréen) sur les maisons. Celui que j’ai mis en illustration du présent billet. Ils l’écrivent soigneusement. Avant de chasser. D’attaquer.De piller. De violer.

Devant nos yeux trop souvent indifférents. Devant nos esprits, qui, curieusement, se détournent d’une cause pas inscrite, oubliée, à l’agenda secret des légitimes indignations. Peu fournies sont les manifestations et peu sont les soutiens politiques (mon ami Yann Galut fait exception) ou médiatique (à une autre exception, il faut le dire, celle du Figaro).