TotemC’est un peu un totem de la gauche radicale que Daniel Mermet et son “Là-bas si j’y suis” sur France Inter. Un monument célébré religieusement par beaucoup de fans de la vraie de vraie de vraie gauche. Comme un îlot de résistance.

Oh il est certes vrai que le paysage radiophonique est assez marqué à droite et/ou à l’enfilage de poncifs. Même France Culture se sent obligé de contrebalancer son excellent matinale de Marc Voinchet par un pénible Brice Couturier ayant fait ses classes à l’université des clichés et au lycée de la réaction.

En matière de clichés, certes orientés différemment, Daniel Mermet n’en manquait pas non plus, sur les gentils et les méchants. Cela au milieu d’une émission pourtant réellement atypique dans le paysage radiophonique français. Ses auditeurs lui vouent une sorte de culte, de voir en lui un modèle de journalisme. Il est vrai qu’il y a de belles séquences dans l’émission comme celle sur une expérience populaire de théâtre dans le nord de la France. Et que des luttes et mouvements sociaux y sont relatés comme peu souvent.

Sauf que derrière le mythe, une réalité bien moins sociale se faisait jour: Mermet fit scandale quand ses méthodes écœurantes à l’égard de ses collaborateurs furent révélées. La figure adulée des militants du Parti de Gauche sous-paye, exploite, intimide ceux qui sont sous ordres, ceux dont le moyen de subsistance dépend de lui.

Mais bon an, mal an, Daniel Mermet continue son petit bonhomme de chemin. Jusqu’à ce que la nouvelle de son départ forcé de France Inter soit rendu officielle ces jours-ci. L’antenne veut continuer une émission dans l’esprit de là-bas si j’y suis mais avec de plus jeunes. Sans Mermet, 71 ans, qui estime qu’il s’agit d’une décision politique et qu’il est le seul à avoir le droit d’incarner la gauche radicale à l’antenne.

Aussitôt sur les réseaux sociaux la vraie de vraie gauche, oubliant ses luttes pour la retraite à 60 ans, s’est mise à défendre le bonhomme. Reprenant l’argument de la décision politique.Du complot.

La plus amusant des arguments développés est que “même sous Sarkozy cela ne serait pas arrivé“. Cela est quelque part la preuve que Mermet ne dérangeait pas grand monde.

Au lieu de s’accrocher à un totem, totem souvent pas écouté non plus par ceux qui s’y attachent de leurs liens de solidarité, la gauche radicale devrait plutôt s’attacher à penser pourquoi son discours est si peu repris dans les médias. Et les médias en questions et les citoyens réfléchir l’équilibre de la pluralité: si le discours poujadiste fait des cartons d’antenne, si il est disponible à longueur d’émissions de radios diverses dans tous les sens, la tonalité progressiste est marginale aujourd’hui.Pourquoi les réactionnaires économiques et sociétaux, qui font semblant de ses détester tout en écrivant dans les mêmes Atlantico et les mêmes Figaro, sont autant mis en avant.

Et cette tonalité progressiste doit faire émerger de nouveaux talents, et c’est d’ailleurs le sens de la proposition de France Inter. La gauche radicale n’a pas vocation – à mon sens, mais il faut demander aux intéressés – à être le monopole et la rente d’un producteur sectaire, qui pensait qu’une partie de la gauche avait tout le temps raison sur une autre, au concept vieillissant (combien d’auditeurs de l’émission ces dernières années ?) et peu scrupuleux du droit des travailleurs.