Vu de France, le régime chaviste est toujours lu par un biais partisan

Je ne sais pas si vous avez vu ces jours-ci, mais tout le monde a un avis sur le Venezuela. Tout le monde.

Les députés proches de Mélenchon et l’Humanité, pour qui toute la violence et les échecs du régime en place sont à mettre sur le dos de l’opposition et d’un complot international tout comme les autres amis du régime de Caracas se situant à l’extrême-droite.

Et puis, à l’inverse, d’autres forces et médias évoquent ce pays latino comme une sorte de Corée du Nord avec le soleil en plus.

Qui croire ? Surtout quand les informations que nous recevons sont si contradictoires, certains voulant défendre à tout prix le régime de Maduro, soit par marxisme autoritaire, soit par nationalisme. D’autres voulant absolument charger la mule de tout système alternatif. Et ceux au milieu, dont je suis, qui aimeraient bien un peu de paix et de justice dans tout ça tout en essayant de comprendre.

Une opposition vénézuélienne qui questionne

Déjà le paysage politique et la question des violences n’est pas si simple ni pratiquée dans un seul sens comme le dit Gael Brustier dans Slate. Et les députés France Insoumise Alexis Corbière et Adrien Quatennens ont aussi raison de souligner que les meurtres ne proviennent pas que du pouvoir. D’ailleurs la majorité des organisations de l’opposition n’ont jamais vraiment reconnu la victoire du Président Nicolas Maduro face à un des leurs suite au décès de Chavez. Il est d’ailleurs très difficile de se repérer dans ceux qui s’opposent au régime : Capriles, homme de droite, s’est longtemps affiché progressiste. Au point que j’aurais bien eu du mal à choisir entre lui et Maduro à l’époque. Mais il a connu des zones d’ombres à la fois dans son programme (cela peut arriver) mais aussi dans ses tentations de recourir à la violence, lui qui oscille entre légalisme électoral et insurrection.

Plus radical encore est encore l’autre leader Leopoldo Lopez, arrêté hier. Oui son parti Voluntad Popular n’est pas l’organisation d’extrême-droite décrite par la propagande mélenchoniste. Oscillant entre sociale-démocratie (il est adhérent de l’Internationale Socialiste) et centrisme, il pourrait s’agir sur le papier d’une organisation modérée entre le PS et En Marche. Sauf que son opposition au gouvernement chaviste par tous les moyens l’amène à des actions de rue violentes. Deux candidats du pouvoir présidentiel à l’assemblée constituante ont d’ailleurs été abattus récemment. Et des magistrats ayant prononcé des condamnations contre des leaders d’oppositions ont aussi été assassinés. Et que derrière le progressisme de façade de Voluntad Popular se cachent un peu trop de fondations US plutôt proches des républicains américains.

Enfin le régime chaviste a fait des erreurs économiques majeures, comme une absence de diversification de son économie en démocratie (absence qui pose moins de soucis dans les dictatures, bien réelles, du Golfe Persique) mais les grandes familles de l’est de Caracas, qui contrôlent une bonne partie de l’économie privée, portent aussi une responsabilité première dans les difficultés actuelles. Même si il y a visiblement des informations assez contradictoires sur la pénurie alimentaire dans ce pays.

 

Un régime qui s’enferme dans le déni et la répression

Alors sommes-nous en face d’une méchante opposition réactionnaire face à un glorieux régime en difficulté ? Non plus. La lecture inverse n’est pas pas plus vraie, Mélenchon et ses amis ont tort d’avoir une vision aussi binaire. Maduro et ses ministres aussi. Certes ils ont réussi à faire sortir beaucoup de gens de la misère, certes. Mais avec une inflation galopante et des difficultés lourdes pour les citoyens, la vie est devenue bien difficile. Et le régime porte une forte responsabilité. Economiquement. Et politiquement.

Certes l’opposition au Président Maduro fait tout pour ne pas reconnaitre l’autorité démocratique de celui-ci, ce dernier ne cesse d’empêcher l’assemblée nationale, où l’opposition domine, de travailler.

De même, si bien sûr les violences de rue, si elles sont condamnables d’où qu’elles viennent, ne doivent pas non plus être prétexte à interdire les activités politiques de l’opposition. Trop de leaders ont été condamnés à de la prison ou à des interdictions d’activités politiques pour qu’un exercice serein du débat puisse avoir lieu.

Avoir les deux principaux chefs de l’opposition et plus de vingt mille militants politiques condamnés à de la prison et/ou de l’inéligibilité ce n’est pas sain ni souhaitable. Surtout quand on sait que la torture est désormais presque systématique en prison pour les opposants. Pas étonnant alors que  la procureure générale du Venezuela, Luisa Ortega Díaz, auparavant proche de Chavez, aie condamné les dérives du régime. Des dérives hélas jamais condamnées par les amis français du régime de Caracas, chez Mélenchon comme à l’extrême-droite.

Ensuite parce qu’en élisant une assemblée constituante afin de fuir le résultat des urnes, Maduro n’a certes commis aucune faute constitutionnelle, mais est à coup sûr dans une forme de déni démocratique. Déni qu’ont d’ailleurs aussi commis les opposants en cherchant à faire annuler le scrutin. Mais déni en premier lieu du pouvoir (qui de plus a visiblement truqué la participation)  qui a aussi besoin d’un second souffle dans un pays, où, cette fois Mélenchon n’a pas tort, il y a des aspiration à la paix et à la consommation qui supplantent les idéaux originels du chavisme. Parce que les orientations de Maduro n’ont pas amené en réalité à une société nouvelle. Et c’est aussi là son échec.