J’étais pour le brexit. Ceux que j’aime en UK étaient contre.

Certes j’avais plus d’amis chez les partisans du remain que du leave. Ces derniers, composés de capitalistes hards à faire passer les patrons de manufactures d’Oliver Twist pour des employeurs de gauche, de nationalistes forcenés, de racistes, de variétés étranges de troskystes confondant Marx et Khomeiny et autres joyeux drilles n’étaient pas forcément mes alliés naturels. Quoi que soit mon étrange sympathie pour Boris Johnson qui ne peut pas passer à la télé sans qu’un copain me dise “ah mais il me fait penser à toi”. Bien sûr que le leave ne se résume pas à tout cela. Mais ses militants les plus déterminés un peu plus.
En face les urbains cosmopolites, les sociaux-démocrates, les écolos, les artistes, les patrons de start-ups étaient pour rester. C’était quand même un peu plus ma famille. Je suis membre en France du Parti Socialiste. En UK du Labour. Et la cause des partisans de la Grande-Bretagne en Europe était bonne au premier abord. Mais j’étais pour le brexit. Et je suis content ce matin. Même si, comme Gérard Collomb, je suis inquiet pour la situation économique et le niveau de vie de mes amis britanniques.

Grâce à ce Brexit, l’Union Européenne a la chance de pouvoir avancer

En votant pour la sortie du Royaume-Uni, le peuple britannique vient de redonner paradoxalement un second souffle à une Union Européenne épuisée, sans projet politique et n’ayant trop souvent qu’une version un peu étrange du libéralisme comme conduite économique. L’Europe perd son frein.

Oui la Grande-Bretagne est un souci pour l’UE. C’est sans doute la nation qui bloque le plus toute avancée vers une Europe avec un véritable projet de société.

La Grande-Bretagne a essayé sans vouloir l’Europe

De Gaulle, qui avait quand même parfois raison quand il s’agissait d’Europe, et un peu plus souvent raison quand il s’agissait d’autre chose, l’avait déjà prévu : tournée vers le Commonwealth d’une part et les USA d’autre part, l’UK ne voit dans l’Europe qu’un marché.

Elle demande toujours des dispositions spéciales à l’UE, bloque toute initiative qui avance et en est même parfois à envisager de ne pas respecter la pourtant peu contraignante charte européenne des Droits de l’Homme pour la substituer par une version britannique.

Au niveau des politiques de défense et des intérêts économiques et stratégiques, l’UK a depuis longtemps démontré que ses amis étaient bien plus américains qu’européens. Ce n’est pas un hasard si Julian Assange, qui a démontré tout un système d’espionnage US et de complicités britannique, était pour le brexit. Afin, là aussi, de permettre à l’Europe d’avancer. Un brexit d’ailleurs âprement combattu par de nombreux officiels américains peu désireux de voir une autre puissance émerger avec une Europe plus puissante. Monnaie, liberté de passage avec Schengen, lois sur le travail etc… la Grande-Bretagne avait beau être dans l’UE, elle n’adhérait à rien de ce que faisait l’Union pour avancer. Un frein. Un gros.

Discuter de la rupture pour que l’Europe et l’UK avancent sans rancoeur

Il était temps de partir. Et si ça peut permettre à l’UK de rester ce pays étrange que nous, britannophiles, aimons tant, cela sera un plus. Longue vie au mile et au square foot ! Et encore plus au cricket, discipline où l’Europe, en dehors des iles britanniques, est particulièrement faible. Vive les costumes à ceinture intégrée de Jermyn Street. Le pot in a tod. La pop de Manchester. Le marché de Shoreditch; Et qu’on se rassure, on pourra toujours prendre un easyjet pour un week-end à Londres. Toujours aller humer la campagne galloise. Toujours refaire le monde autour d’une pinte à Glasgow. Ecouter du reggae au O2 Institute de Birmingham. Ou du hip hop alternatif et de la brit pop à la Brixton Academy.

Alors bien sûr au premier abord la victoire des partisans du départ va réveiller tous les nationalismes d’Europe.

Sortant de la léthargie et de l’absentéisme chronique qui les caractérise quand ils ne sont pas sur BFMTV, tous les élus FN de France vont essayer de s’attribuer la victoire du brexit.  Et ce sera pareil un peu partout sur le continent où tous ceux qui vivent de la peur et de l’échec, du FPO autrichien au démocrates de Suède en passant par le Joblik hongrois vont essayer de capitaliser dessus. Si ça se trouve Chevénement va encore ressortir de sa boite. C’est un mauvais moment à passer. Mais nécessaire.

Alors aussi il faudra réfléchir aux conditions de la sortie. Il faudra éviter, comme dans d’autres ruptures, les fiertés mal placées. Et il est bien évident qu’il faudra bien évidemment démontrer que l’UE est source de bienfaits et que la quitter, c’est perdre le bénéfice de ces bienfaits. Que tout cela n’est pas gratuit. Même si il faudra éviter les rancoeurs. Il faudra se parler. C’est parfois dur d’y arriver dans les ruptures d’arriver à se parler. Mais cela est indispensable pour savoir où aller. Il y a deux ans pour négocier le départ de l’UK de l’Union Européenne. Ca sera rapide.

Et une fois cette rupture bien gérée, il sera temps pour l’Europe, désormais plus unie sans la Grande-Bretagne, d’aller de l’avant. De pouvoir enfin prendre la place qui est la sienne. Celle demain d’une fédération. Des Etats-Unis d’Europe.