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Fascisme et racisme: à force de se payer de mots sur de vrais problèmes

motsRentré hier soir. Ordinateur avant la lecture, avant le sommeil avant…ah zut l’insomnie.

Un passage sur un forum ou sur twitter, je ne sais plus, un internaute, que je vois passer par ci par là sur les espaces de débats numérique, un type pas toujours dénué de pertinence qui sort « ah mais inutile de voter pour d’autres contre le FN, les fascistes sont déjà au pouvoir ».

Derrière les mots durs, la posture forte, l’impression qu’on se donne d’être dans la contestation radicale, quelle réalité? Cette affirmation est d’ailleurs antinomique: Est-on VRAIMENT dans un Etat fasciste quand on la possibilité libre et entière (sous la gauche comme sous la droite) de déclarer librement à tout un chacun qu’on est dans un Etat fasciste? Et puis si nous sommes dans un Etat fasciste, alors comment on qualifie le régime de Mussolini ou celui de Pinochet? Et n’est-ce pas aussi faire un joli cadeau au FN que de le banaliser ainsi?

Au bout d’un moment il faut aussi redonner leur sens aux mots. J’ai commencé à écrire ce billet nocturnement.

Tenez un autre mot: raciste. Ce matin, tôt, après l’insomnie, et du coup j’ai fini ce billet à l’aube naissante. La nouvelle sur un site d’informations qui en produit peu et en copie beaucoup: une journaliste de Elle dans une soirée privée, s’est déguisée en Beyoncé Knowles (on me dit en commentaire en Solange Knowles, décidèment ce déguisement était raté). Blanche de peau, elle a mis de la couleur sur sa peau. Cela fait un petit scandale outre-atlantique cette blanche grimée qui ne pensait pas forcément mal faire et se faire traiter de racisme en se déguisant en son idole.

En France la chose a laissé assez indifférent sauf sur les réseaux sociaux où la demoiselle a été accusée par certains de n’être, à travers son hommage vestimentaire de soirée à son idole musicale, que l’expression de la discrimination et de la satire des dominés.

On ne voit pas bien en quoi la talentueuse et pleine de succès Beyoncé serait dominée…mais ok si il y a des gens qui seraient quelque peu choqués ou offensés, loin de moi l’idée de leur denier quoi que ce soit. Je ne vais pas nier d’autorité l’indignation d’autrui, même quand elle peut paraitre aller loin. Mais puis-je discuter?

Juste que lorsque je lis par ailleurs qu’on essentialise l’avis sur la question, qu’il faudrait forcément être être black (pour avoir le droit de dire si c’est important ou pas (l’affirmation étant d’ailleurs souvent faite par des « blancs ») ou être blanc pour parler de blancs, homo pour parler d’homos, cela me choque.Au passage quitte à parler de bêtise, j’ai aussi lu d’autres, parfois les mêmes, affirmer qu’il faut être musulman pour juger du dérapage de la musique de promotion du film La Marche.

Mais si la seule posture admise, quand on est pas nés précisément du genre, de l’origine, de la couleur, de la religion d’un débat, c’est de soutenir la position de ceux qui seraient nés dans les clous, on arrive à plusieurs soucis

-En premier lieu de s’enfermer dans une case: ainsi pour ma part je ne devrais plus parler que de blancs trentenaires masculins, sociaux-démocrates et protestants de Lyon, les blacks eux ayant le droit de commenter les histoires de blacks et de blanches déguisées en blacks. En voulant éviter que la parole de certains soit confisquée,; en voulant à juste titre dénoncer les schémas de dominations sous-jacents , on s’enferme chacun dans sa case, on ethnicise l’espace public.

-En second lieu d’ailleurs  cette ethnicisation a-t-elle un sens ? Il y a-t-il un avis de tous les blancs unanime sur tous les sujets? Et des noirs? Et des jaunes? Et des..etc Et si ce n’est pas le cas, et puisque d’ailleurs ce n’est pas le cas; on fait comment?

Si par exemple en tant qu’homme je ne puis m’exprimer sur le féminisme parce qu’homme, il faudrait que je soie d’accord avec quelle féministe dans le riche débat? Et c’est quoi un avis de black ou un avis de blanc? Et, en poussant certes la logique, il ne faudrait donc pas se sentir concerné ni s’exprimer quand des Philippins souffrent quand on est pas Philippin? Où est l’universel là-dedans ?

Qu’il faille dénoncer les logiques de domination, qu’il faille essayer d’éviter que les dominants parlent en lieu et place des dominés ok. Mais le faire à travers justification des polémiques plus ou moins inspirées comme, outre la journaliste déguisée mentionnée plus haut, le fait de traiter Kathy Perry de raciste car elle se serait habillée en kimono cela m’inquiète, surtout quand on sait que par ailleurs les discriminations sont une réalité, peut-être moins glamour à débattre que Kathy Perry ou Beyoncé.

Décidément à force de vouloir, en partant d’une bonne intention, la lutte contre les dominations,  en ayant par ailleurs peur d’une substitution de la prise de parole, on arrive au résultat inverse à celui recherché, on banalise dans le premier cas cité quelque part le fascisme comme une chose anodine et dans le second cas évoqué  divise les populations en fonction de leur origine.

A force d’évoquer les démons à tort et à travers, ils finissent par arriver sur le pentagramme…

6 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.


  1. Marie

    Bonjour,

    La partie sur l’utilisation soit-disante à tort et à travers du mot racisme pour la qualifier le déguisement en SOLANGE (pas Beyoncé) Knowles m’interpelle. Moi aussi j’ai vu passer des accusations de racisme sur la journaliste de Elle et cette pratique de la blackface et elles venaient en majorité de noir-e-s. Tu comptes aller leur expliquer qu’elles utilisent ce mot à tort et à travers? Est ce qu’il ne faut pas essayer de comprendre pourquoi elles pensent ça, leur avis étant quand même plus légitime que celui de quelqu’un qui n’a jamais eu à souffrir de racisme?

    Je te conseille de suivre @MsDreydful , @The_Economiss , @NegreInverti pour te faire une idée sur ces questions

    Oui tu peux donner ton avis sur tous les sujets. Mais expliquer à une personne racisée ce qui a ton avis est raciste ou non, et bien non, tu ne peux pas.

    • Romain Blachier

      Chère Marie,

      « quand même plus légitime que celui de quelqu’un qui n’a jamais eu à souffrir de racisme?  » Qu’en sait-tu ? Pour ma part j’ai souffert de racisme à deux niveaux, déjà en tant que blanc dans la rue au Cameroun (et aussi parfois un peu en France). Oui ok tu vas me dire que cela n’est rien, que nombre de blancs en afrique sont plus aisés infiniment que la moyenne, qu’il y a des sentiments de domination, sauf que quand tu te fais agresser physiquement par des adultes ou insulter régulièrement dans la rue alors que tu n’es qu’un gamin juste parce que t’es blanc c’est pas terrible voire glauque. Autre moment où j’ai souffert du racisme, c’est en tant paradoxalement qu’africain (eh oui!) en revenant d’afrique dans un internat de petite ville où le cliché sur le noir façon Michel Leeb faisait fureur et où il fallait parfois répondre du poing.

      Par ailleurs dans mon billet je ne nie pas qu’on puisse être offensé sur ces questions et qu’on puisse s’exprimer dessus. Après ai je le droit d’en débattre? Tu me dit oui tout en me disant qu’il faut suivre l’avis de certaines personnes. Mais si d’autres noirs s’en fichent complétement-c’est le cas- ou disent que ce n’est pas raciste (ce qui est le cas) ou qu’il y a des soucis de discrimination plus pressants, on prend quel avis? Forcément celui des plus indignés?

      Et si moi en tant que protestant (où le culte marial n’existe pas) je dis que les gens qui commentent en mettant le prénom Marie en commentaire sur mon blog sont une provocation intolérable, il n’y aurait que les protestants qui pourront me dire que j’exagère? Et de nier à un non protestant le droit de le faire?

    • Je rêve ! Racisé ? Ça veut dire quoi ? On est tous racisé ! Et bien sûr qu’on a le droit d’expliquer ce qu’est le racisme. Pas la peine d’en être victime pour le savoir ! Liberté d’opinion et d’expression ! Arrêtons le racisme intellectuel. Il n’y a pas de sous-opinion !!!

  2. fred

    Zut alors… Donc si je veux me déguiser en Martin Luther King en me maquillant je serai donc raciste en voulant m’identifier à un de mes modèles dont je peux écouter les discours en boucle pendant des heures?
    Mais peut-être que moi l’athée indécrottable je ferais alors aussi offense à Romain vu que M.L. King était un pasteur?
    Et si pour parfaire mon déguisement je me colle un faux embonpoint (M.L. King n’était pas très svelte) je serai insultant envers les personnes qui ont de l’embonpoint?

    Bref, en voulant rendre hommage à un de mes modèles dans la lutte contre le racisme je deviendrai un horrible raciste?
    Bon, alors vu que je suis brun, blanc et athée je ne choquerai donc personne en me déguisant en Adolf Hitler… Et puis vu que je suis d’une famille juive je sais forcément mieux que quiconque ce qu’est l’antisémitisme donc je ne pourrai souffrir d’aucune critique.

    Logique imparable… les Le Pen ont de beaux jours devant eux si antifascisme et antiracisme se ridiculisent à ce point.

  3. « la position de ceux qui seraient nés dans les clous, »
    halte à la fakirophobie !

    Bon billet. On étouffe avec ces histoires de parole confisquée.

  4. El Desdichado

    Billet salutaire ! Tu pointes un risque réel doublé d’un autre : bientôt les modérés et personnes de bonne volonté pourraient se détournés de débats rendus invivables par des puristes (au sens premier du terme) ou des extrémistes. L’anathème apporte rarement au débat public et politique.
    Et puis clin d’oeil à IAM « Etre libre et le rester, la cause que j’ai embrassée et depuis l’oncle Tom
    Moi je ne rentre plus dans aucune de leur case »

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