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Le complexe de Germinal

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Une espèce de climat couleur sépia règne depuis longtemps en France, un ‘c’était mieux avant’. Un complexe de Germinal en fait.

Dans les anciens pays miniers, il existe par exemple une vraie nostalgie des corons, du casque, de la descente au puits. Ailleurs c’est les yeux qui se brûlaient sur les forges sous la houlette de son très sévère comité qu’on voudrait presque voir reluire sous la flamme. Et puis finalement, oublions les mauvais aspects de ces usines prisons où l’on travaillait à la chaine pour à peine réussir à ne pas trop crever de faim.Ou encore telle période où tout le monde s’aimait, le travail était partout, personne n’était discriminé et les licornes pavaient de leurs sabots l’existence des êtres au milieu des luths des elfes alors que maintenant, tout serait si noir.

Un complexe de Germinal donc, qui détruit les optimismes et favorise le tout et n’importe quoi. On était mieux avant. En oubliant les plaintes de l’époque.

Certes le monde était sans doute plus simple et plus homogène pour beaucoup. Certes la grandes misère existe (moins mais quand même).  Certes le travail est devenu plus précaire.Mais il n’y a pas de fatalité à cet aspect.

Il vaut nous rappeler une réalité : derrière le romantisme du travail d’avant, il y avait un prix: le travail des enfants, l’éducation rare, le labeur pénible et les petits gains. Les pièces où l’on vit à six.

Bref, la même chose qui arrive aux ouvriers chinois puis du Vietnam aujourd’hui, où des familles entières sont enfermées des mois dans des fermes géantes sans avoir le droit de sortir pour faire les ailes de poulets nécessaires à KFC. Croire qu’on peut remonter les mines de Saint-Etienne ou de Forbach avec le niveau de vie que nous avons maintenant est mentir au gens. Pourquoi ne pas davantage penser aux énergies nouvelles qu’au charbon des siècles passés.

Il existe encore dans le monde des endroits comme ceux que nos ancêtres les ont connu: des usines géantes où l’on travaille 14 heures par jour, dans des conditions inhumaines cela arrivait avant en France. Ou ces ateliers épouvantables de confection au Bangladesh. Une question: qui veut y travailler?

On aurait sans doute expliqué aux gueules noires de Germinal que leurs descendants allaient vivre dans les conditions, certes imparfaites (l’auteur de ces lignes serait à droite si il pensait que le monde n’était pas à rendre bien plus juste), ils auraient sans doute signé. Et se seraient demandé ce que pouvait bien être cet étrange I-Phone, fabriqué dans des conditions difficiles et contenant nombre de composants créant une violente exploitation.

Il serait aisé de caricaturer en éternels nostalgiques les français, issus pays où faire un billet sur l’innovation peut amener à la mise en examen. La poursuite juridique est d’ailleurs sport US plutôt que pétanque hexagonale. Et nos entreprises sont, chacun le sait, parmi les plus innovantes du monde. Nous ne nous le disons pas assez. Nous ne nous aimons pas assez.

Mais nous ne nous aimons pas assez, aussi, parce qu’il existe dans une partie de l’opinion l’idée que le retour à l’avant industriel est la solution à tout, dans une sorte de vision romantique. Certes l’industrie est bien plus créatrice d’emploi à chiffre d’affaires équivalent que le numérique par exemple.Mais le numérique est lui un secteur en forte hausse.

Certes l’industrie française d’aujourd’hui, avec ses salariés qualifiés, ses forts taux de productivité, son fonctionnement souvent intelligent et de qualité etc…est bien loin de Germinal. C’est d’ailleurs cela qui est intéressant: au lieu de se féliciter que, même si les temps sont durs, un travailleur d’usine produise et puisse s’offrir bien davantage que ce que ne pouvait faire son ancêtre, on s’enferme dans une nostalgie.

Au lieu de se dire que là où des polonais venaient crever sous les coups de grisous, leurs descendants montent OVH, un géant de l’hébergement internet sur les mêmes terres que celles où ils avaient souffert, on part dans le « mieux avant ».

Au lieu de penser qu’on vit plus vieux, en meilleure santé, que les individus ont un peu plus de droits et bien plus d’accès à la connaissance, que les enfants ne travaillent plus, que nombre de maladies ne sont plus dangereuses, qu’il y a des possibles, on a du sépia plein les doigts.

Pourquoi, au lieu de vouloir s’orienter absolument vers les mythes du travail dur, où l’on produisait peu, où l’on restait sur le même labeur toute une existence difficile, on se sent obligé d’être sur une sacralisation d’outils anciens ? On est tenté de se fermer plutôt que d’essayer de penser dans le cadre international, pour éviter qu’il y aie, où que ce soit, des usines-prisons où l’on exploite.

Là où l’Etat doit protéger, c’est quand un site ferme brutalement alors qu’il est rentable et que la stratégie de certains de fonds de pension est simplement de faire une bascule sans égard pour les vies humaines. Il faut de l’argent pour l’économie. Mais il faut aussi des règles claires et assumées par tout le monde. Comme arrivent à le faire les Business Angels du numérique.

Là où l’Etat doit agir, c’est en aidant aussi les salariés de secteurs économiques condamnés par l’absence de demande et qu’une partie du monde politique veut maintenir à tout prix artificiellement, à se former pour pouvoir faire autre chose dans la vie.  C’est là d’ailleurs où Pole Emploi, faute de moyens et avec un système absurde, a du mal à pouvoir être à la hauteur. Pourtant les secteurs où l’on peine à trouver des volontaires sont nombreux, y compris dans des métiers là aussi des plus traditionnels.

On regrette que les métiers d’antan comme la mine ou la métallurgie disparaissent, on oublie que les pas moins traditionnels bouchers ou boulangers peinent à recruter. Et puis qu’à l’époque où les mines tournaient à fond, il fallait aller en Pologne ou en Algérie pour trouver des volontaires pour y bosser. En fait le complexe de Germinal c’est cela: on aime les métiers d’avant mais de loin. Au lieu de construire soi-même demain.

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