J’ai écrit Moscou

Bientôt je vais célébrer le mariage de quelqu'un de très proche, dans le village de la Drôme de Sauzet, prés de Montélimar.Comme je ne suis officier d'Etat Civil qu'à Lyon, je dois demander une dérogation, afin de pouvoir prononcer le mariage devant les promis, même si les papiers se doivent d'être trés officiellement griffés d'une marque d'un élu local.Alors j'ai écrit ma demande pour les mariés.La fille est née à Lyon, et pour cause…L'autre est d'origine russe, de Moscou, de Moskau…

Tout un poème quelque part: Moscou, capitale de l'empire russe, de l'URSS du monde communiste puis épicentre incertain et colérique qui fait peur.

La fascination pour la cité éternelle de l'âme slave ne date pas d'hier.L'Empereur Napoléon investissait son esprit de couronnement glorieux de ses légions impériales = au XIXe siècle.Au milieu du suivant, un être encore bien plus tragique enseveli ses rêves d'ordre nouveau et national dans les limbes neigeuses et la résistance de l'armée rouge, de l'hiver russe et de l'héroïsme du bouclier de Stalingrad.

Ville d'écrivains, de penseurs et de héros, de maquereaux et de mafieux,de pouvoir et de salauds, métropole d'un vaste empire, fière cité impériale, Moscou est un théâtre d'ombres, de musiques et d'écrits, enceinte de la plus mélancolique des littératures européennes (si elle n'est comparée à sa cousine portugaise).Abri de Pouchkine,de Dostoievski de Tchekhov et plus récemment de Makine et de Fédorovski, réceptacle des mélodies de Kosarkov, la ville fascine de sa  fourmillante existence, du gigantisme impérial qu'elle diffuse, du parfum de corruption qui se conjugue dans les dédales se sa puissance.

Jack Womack opposait illusoirement les deux en affirmant qu'à Moscou "Plus un établissement est chic, moins il sent l'urine".Cela est faire bien peu de cas des différents systèmes qui ont gouverné la capitale éternelle des Tsars, mettant derrière sa grandeur éternelle et souvent des plus cruelle, la saveur et l'odeur rancie des chairs tuées ou prostituées, condamnées pour la gloire soviétique ou  nationale ou plus pragmatiquement vénale, plus simplement financière.

Ville d'occident, ville d'Europe sans se vouloir ni complètement européenne ni en aucun cas occidentale mais simplement capitale d'un peuple glorieux et parfois cruel dans sa façon de l'être, la cité fut pendant longtemps dans le siècle dernier le symbole totalitaire et dictatorial d'un point cardinal dangereux.Ce fut l'est dans lequel les partisans d'une société injuste occidentaux renvoyaient les amis, mêmes strictement démocrates d'un monde plus égal.C'était la capitale bien réelle mais aussi bien pratique pour les ennemis de la justice sociale d'un empire du mal rouge dont la dictature, réelle et tragique, justement dénoncée, valait négation de la nécessité de tout progrès  pour les réactionnaires.

Mais bien plus que cette humanité étrange, ce cosmopolitisme de différents peuples lointains, cette politique lourde et dure, c'est aussi Moscou la fêtarde, Moscou de la fêtes et des belles filles, Moscou-Moskau la décadente célébrée par Rammstein à laquelle j'ai aussi pensé, autant qu'à la ville fantôme de la campagne de Russie napléonienne ou celle des vieilles commères de la ville évoquées par Tolstoi.

C'est à tout ça que j'ai pensé en écrivant Moscou.Mais y'a des chances que tout ça soit moins solennel lors de ce mariage.Tiens on y passera peut-être ce vieux morceau allemand rigolo (et injustement méconnu!) de l'eurovision 1979 qui sait ? Mais ça fait toujours quelque chose, pour le rire, les larmes, le rêve ou le cauchemar d'écrire quelque part Moscou.

7 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.

  1. Affreux Moscovite, je vais m’en vais tout de suite te dénoncer au Politburo !!!
    ;O))

  2. Y.

    Petite précision : Moscou fut capitale de l’Empire russe jusqu’à Pierre Ier, le bâtisseur de Saint Petersbourg… Elle le redevint en 1922 pour des raisons stratégiques. Mais l’âme russe se trouve sans doute pour bonne part sur les rives de la Moskova.

  3. Jérôme Manin

    Beau texte d’un Romain appelé à la barre pas la Vodka du diable.

  4. Eglantine

    Non, non je ne suis pas d’accord : ce beau morceau de musique est très apprécié et pour cause en Allemagne!!
    Il passe d’ailleurs très régulièrement lors de la fête de la bière à Munich : nous avons encore dansé dessus en octobre dernier…
    Petite précision blague à part le morceau est prévu pour la soirée du mariage lol!!

  5. La musique, elle est marrante. Danser à la mode russe, c’est assez original.
    Certes, ce n’est pas le Nabucco de Verdi joué à la Fénice lors du Nouvel An mais il faut de tout pour faire un monde.
    Comme tu le vois, une fois de plus, l’Europe de l’Atlantique à l’Oural, à travers la culture notamment, se met bel et bien en marche même en Allemagne.
    J’ai l’impression que tu y prendrais goût à cette grande Europe élargie à la Russie.Quoique l’on en dise la Russie reste une grande puissance.

  6. Certes, pour nous autres occidentaux, Moscou représente à la fois l’Empire russe et l’Union Soviétique, car là était et demeure le pouvoir politique.
    Pour avoir visité cette ville, voici quelques années s’il est vrai qu’elle est superbe(surtout le Kremlin) elle n’est pas véritablement européenne d’âme. Par ailleurs, elle ne fut pas toujours capitale.
    A la suite de la principauté de Kiev, la Moscovie ne fut guére réelle qu’à partir des XV ème et XVIème siécle, rapidement en concurence avec la nouvelle cité crée de toute pièce par Pierre le Grand, au prix d’innombrables morts.
    Moscou ne revint si j’ose dire en grâce qu’à la Révolution bolchevique, St Pétersbourg représentant le pouvoir impérial, et pro-occidental honni.
    Certes, les temps ont bien et heureusement changé, Moscou comme l’ensemble de la Russie abordent l’avenir sous de meilleurs auspices que les 70 ans de dictature bolchevique.
    Et comme un fait exprés, au moment ou je t’écris ce mot,se joue sur Radio Classique le « Casse-Noisette » de Tchaikovski.

  7. Certes, pour nous autres occidentaux, Moscou représente à la fois l’Empire russe et l’Union Soviétique, car là était et demeure le pouvoir politique.
    Pour avoir visité cette ville, voici quelques années s’il est vrai qu’elle est superbe(surtout le Kremlin) elle n’est pas véritablement européenne d’âme. Par ailleurs, elle ne fut pas toujours capitale.
    A la suite de la principauté de Kiev, la Moscovie ne fut guére réelle qu’à partir des XV ème et XVIème siécle, rapidement en concurence avec la nouvelle cité crée de toute pièce par Pierre le Grand, au prix d’innombrables morts.
    Moscou ne revint si j’ose dire en grâce qu’à la Révolution bolchevique, St Pétersbourg représentant le pouvoir impérial, et pro-occidental honni.
    Certes, les temps ont bien et heureusement changé, Moscou comme l’ensemble de la Russie abordent l’avenir sous de meilleurs auspices que les 70 ans de dictature bolchevique.
    Et comme un fait exprés, au moment ou je t’écris ce mot,se joue sur Radio Classique le « Casse-Noisette » de Tchaikovski.

Follow

Get every new post delivered to your Inbox

Join other followers