L’interdiction de la prostitution est une erreur criminelle

Droits-et(prostitutionLa loi visant à interdire complétement la prostitution est une illusion criminelle. Autant interdire la faim sans y mettre de financement ou décréter que le vent ne doit plus être de ce monde. Tout comme Madame Handman, chercheuse à l'EHESS et comme je l'ai déjà expliqué sur ce blog, parce que je suis contre la répression de la prostitution qui ne résout rien  et aggrave au contraire les conditions de vie de ceux et celles qui travaillet dans le domaine du sexe.

Si un changement de société profond serait la solution idéale, dans l'immédiat,  il convient à mon sens tout simplement de légaliser la pratique. Il faut pour cela un cadre juridique, une possibilité pour les prostituées de s'organiser par elles-mêmes, un statut ouvrant des droits.La prohibition n'entraine que misére, mafias et absence de régles en la rendant plus cachée. 

La prohibition de la prostitution je le disais il y a quelques mois ici, c'est les jeunes filles de 16 ans enlevées par les mafias de l'est pour les faire tapiner sur les trottoirs de France. La prohibition de la prostitution, ce sont les coins perdus et la réaction.La prohibition de la prostitution c'est moins de préservatifs et plus de contrôles policiers.Act Up ou Médecins du Monde ont raison lorsqu'ils dénonçent une loi liberticide et qui met en danger les travailleurs et travailleuses du sexe. Et puis on me dit que la législation leur permettra de trouver un emploi plus facilement. Ah bon ? Comment? Et pour celles, très nombreuses, qui n'ont pas de papiers, on fait quoi? Parce qu'elle ne peuvent pas plus travailler après…hypocrisie quand tu nous tiens.

Comme le dit la féministe Olympe,:

J"en suis restée au slogan des années 70 "notre corps nous appartient" et je ne vois pas pourquoi l'Etat se préoccuperait de savoir ce qu'on  fait de ce corps dans la mesure où les choses se passent entre adultes consentants et où son intégrité n'est pas en jeu (à ce titre on peut tout à fait pénaliser les clients qui refuseraient les préservatifs) (…)

– de présenter une fois encore des femmes comme des victimes. C'est malheureusement le cas de la plupart des prostituées sous le coup de réseaux maffieux ou de proxénètes sans scrupules et contre cela il faut lutter Mais dire qu'il est impossible qu'une personne se prostitue de son plein gré est une injure pour celles qui le font même si elles sont minoritaires.

La pénalisation de la prostitution ne détruira pas l'acte de se prostituer. Mais elle détruira à coup sûr la vie de centaines de personnes prostituées. Il y aurait sans doute mieux à faire en ces périodes de crises et de précarité pour nos députés.

Edit je ne l'avais pas vu avant d'écrire mais lisez aussi cet excellent billet de Crêpe Georgette sur le sujet.

22 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Valéry

    Tout à fait d’accord Romain, nous nous retrouvons à nouveau devant une politique de prohibition imbécile et liberticide qui ne résoudra aucun problème mais permettra aux élus de se contenter d’un effet d’affichage. Aux victimes véritables, cette démarche en ajoute de nouvelles en les faisant passer dans l’illégalité. Cette façon de faire de la politique est détestable. Le fait qu’un tel texte puisse passer à l’unanimité pose du coup de vraies questions.

  2. J’insisterai sur un point de détail, le registre de vocabulaire employé : on parle d' »abolition » et non d’interdiction, qui serait le mot juste. Lorsque l’on dévoie les mots, on dévoie aussi la pensée. Si l’on ajoute hadopi, la pression des « agences de natation », la crise, l’encadrement des décisions souveraines des états en matière de budget, la pression risque de monter sous le couvercle de plomb. En plus, Sarko nous en rajoute en disant « si la France perd le AAA, je suis mort ». Du coup on s’inquiète aussi pour sa santé, en danger avec un système social qui s’en va avec les A.
    PS : félicitations pour tes articles parus sur rue 89 et le nouvel observateur, c’est la gloire, et bonne chance pour la suite.

  3. framboise

    je partage ton point de vue, légaliser la pratique dans un cadre juridique , et surtout dans des conditions + agréables (maisons closes comme dans le bon vieux temps..)pour les deux parties..

  4. christophe

    Salut Romain,
    juste pour te dire qu’autant ton premier billet sur la question était plus mesuré autant celui-ci me déçoit car malgré les nombreux liens fourni lors de ton premier billet, tu continues à répandre des idées reçues. les chiffres sur la délinquance et les mafias sont très difficiles à interpréter et je peux très bien arriver à la conclusion inverse de la tienne. En Suède le trafic d’être humain et l’implication des mafias semblent avoir diminué après l’abolition, par contre en Allemagne et au Pays-Bas, pays qui ont légalisé, les mafias sont en plein boom sur la question…
    Donc essaye d’éviter les caricatures, ça ne te va pas bien au teint surtout dès le titre avec ton « criminelle » ou alors cite moi des sources avec des vrais chiffres qu’on discute sur une base solide.

  5. Christophe,
    Il n’y a aucune caricature à dire que rendre un acte illégal va favoriser les mafias et aliéner la sécurité de ceux et de celles qui pratiquent cet acte.

  6. Alors des maisons gérées par les personnes prostituées elle-mêmes.

  7. Surtout qu’on ne décrète une abolition que si elle est sous le régime de la loi. Ce qui n’est pas le cas du départ. Nous sommes donc dans un voeu pieu.

  8. Billet très juste. Encore une fois dans cette histoire on oublie les premier-e-s concerné-e-s en n’écoutant pas le STRASS (syndicat des travailleurs du sexe) qui sont, il me semble, les meilleurs représentants des personnes concernées.

  9. christophe

    à un commentaire précis tu réponds par un commentaire général toujours sans citer de source.
    Ta phrase générale représente peut être une tendance mais dans les cas particuliers (et dieu sait que le diable se cache dans les détails), elle peut s’avérer erronée.
    Quand tu m’auras démontré chiffres et citations à l’appui que le trafic d’êtres humains à baisser en Allemagne et au Pays-Bas, alors que tout les chiffres montrent le contraire justement (voir post précédent sur le sujet). On pourra reprendre la discussion sur des bases plus saines.
    Qu’on défende la prostitution, oui je suis pour car il y a un vrai débat à avoir, mais qu’on la défende avec de faux arguments en bois sans source (qui, en plus, sont en contradiction avec les études publiés sur le sujet en Allemagne ou au Pays-Bas), je dis non.

  10. romain blachier

    @chistophe: Pourr l’instant tu dis que tu es en dèssacord mais en te contentant de cela.Alors n’évite pas l’argument par une pirouette.Quand on criminalise une pratique cela fragilise forcément ceux qui la pratiquent puisqu’ils risquent une sanction.

  11. Tout à fait d’accord.
    Et puis, c’est bien joli de « criminaliser » ! … Mais encore faut-il avoir les moyens de la répression ! … Quels sont les résultats de la lutte contre le proxénétisme ? Sont-ils à la hauteur de ce que l’on en attend ? Non … alors pour faire du chiffre, on va traquer la p… qui est visible, saisissable, vulnérable, au lieu de la protéger ?
    Et les proxénètes,toute cette délinquance intelligente, perverse, dite « malicieuse », elle qui est très difficile à cerner, on va la laisser courir ? … Intolérable ! …

  12. Emmanuel

    Je ne suis pas certain que l’abolition/interdiction de la prostitution soit le remède miracle, en revanche je trouve cela très dangereux (et insupportable) que l’on en vienne à proposer la légalisation en proposant comme panacée des « maisons closes comme dans le bon vieux temps ». Déjà, j’aimerais savoir qui a connu ce « bon vieux temps », à part les nonagénaires et +. De même, il faudrait quand même se rappeler pourquoi l’interdiction des maisons closes a été perçue à l’époque comme un vrai progrès social. A part les julots casse-croûte, personne n’a regretté ce « bon vieux temps ». Mais surtout il faut voir c’est quoi la réalité des maisons closes aujourd’hui. C’est pas loin. A la frontière espagnole, à La Jonquera. Et l’on n’y retrouve les mêmes horreurs qu’au « bon vieux temps » : des filles venues d’abord pour « gagner leur vie le temps de s’en sortir » mais qui finalement deviennent esclave du système, simplement parce qu’elles ne disposent ni du temps ni des moyens nécessaires à une utopique reconversion. Parce que leurs passes leur permettent juste de maintenir un train de vie pour garder la tête hors de l’eau, parce que c’est l’abattage, parce que le système des bordels est prévu pour maintenir les filles (et les garçons dans d’autres pays) dans cet état de dépendance économique, mais surtout, tout simplement parce qu’il n’existe pas de bordels sans maquereaux/maquerelles. Ne nous illusionnons pas, des bordels en coopératives autogérées ce n’est pas plus crédible – ici et maintenant, dans une économie libérale – qu’une coopérative ouvrière dans n’importe quel domaine.
    Alors, oui, il y a le Strass, il y a les escorts sur internet, je ne remets en cause ni leurs arguments ni leur légitimité, en revanche, de la même manière que ces prostitués – femmes et hommes – sont directement menacés par l’abolition de la prostitution, on ne peut pas non plus arguer de leur situation et de leurs arguments pour légaliser la prostitution ou, pire, les bordels. Tout simplement parce que les 90% de prostituées qui ne sont pas indépendantes sont (désolé pour la lapalissade) sous le contrôle d’un mac. Et légaliser la prostitution, cela veut tout simplement dire légaliser les macs. Pour l’instant nous ne disposons pas d’alternative.
    D’autant plus dans la période actuelle de précarisation exponentielle et de récession sociale, légaliser la prostitution c’est finalement la légitimer comme une activité économique « banale », comme n’importe quelle autre. Or, sans remettre en cause ceux et celles qui ont « choisi » la prostitution, la prostitution n’est pas une activité économique comme n’importe quelle autre. Non. Ce n’est pas comparable. « Tu ne trouves pas de boulot, t’as une bonne gueule ? Ben t’as qu’à faire la pute. » Non.
    Pour finir, ma seule approche directe de la prostitution est celle d’un copain pédé qui s’est fait entretenir dès ses 20 ans par de riches quinquagénaires. Escort-boy, tout allait bien jusqu’à la trentaine. Argent facile, sexe et rock’n roll. Mais arrivé à 35 ans, malgré tous ses efforts pour maintenir son physique, la réalité biologique et sociale l’a rattrapé. Lui aussi pensait « se ranger des voitures » un jour, une fois la maturité venue, ayant assuré son aisance matérielle avec le temps. Sauf que non. Et à présent, depuis plusieurs années, il tapine salement, dans les « boîtes à vieux », comme il dit, dans les cinés pornos, aux stations de taxi, sur les quais du métro, dans les coins les plus sordides de la capitale. Alors oui, c’est sûr, une loi d’abolition de la prostitution l’enfoncerait encore plus dans la clandestinité, mais comme il le dit lui-même « il n’y a ni honneur ni goût ni liberté à faire la pute, il n’y a que la course au fric, le mépris du client et le dégoût de soi. On ne peut pas légaliser le dégoût de soi-même ».

  13. La prohibition n’arrangera nullement la dignité que tu évoques.Rendre illégale la prostitution n’améliorera nullement la situation des personnes qui subissent ce système. Au contraire elle les fragilisera.
    Avec une légalisation et donc un statut, ton copain aurait eu la possibilité de changer de branche, d’être responsabilisé. La il ne l’a pas pu.Légaliser par ailleurs permettrait aux prostitués de s’organiser entre eux, loin des bordels forcés qui existent aujourd’hui et que tu évoques.

  14. Emmanuel

    Je l’ai précisé à plusieurs reprises, rendre illégale la prostitution n’améliorera sans doute pas la situation, mais la légaliser encore moins. Non, la prostitution n’est pas une activité comme une autre. « Changer de branche » ça n’existe pas une fois que l’on fait de la prostitution son revenu essentiel, permanent, au-delà de passes occasionnelles. Vendre son corps ce n’est pas pareil que vendre la force de ses bras. Et lorsque des prostitués s’organisent, il y a toujours un mac/une maquerelle qui apparaît à un moment où un autre dans le rapport de production. Et comme l’utopie de la société socialiste c’est pas pour demain, les rapports de production demeurent régis par des rapports de domination, et en l’occurrence, la domination dans l’économie de la prostitution, ça s’appelle le mac.
    Si jamais légaliser la prostitution pouvait permettre une telle émancipation des travailleurs concernés, pourquoi alors ne pas légaliser non pas juste la consommation de mais la distribution et le commerce des drogues. Afin que les dealers puissent aussi bénéficier d’un statut, « changer de branche » et s’organiser entre autoproducteurs et auto-importateurs de cannabis, de cachetons et de pharmacopées diverses et variées…

  15. C’est la même chose: ne légaliser que la consommation de drogue ne ferait qu’aider les mafias.
    Il est plus facile de changer de branche quand ton métier est reconnu et te donne des droits que lorsqu’il est illégal.
    Aujourd’hui tu le dis, nombre de prostituées exercent sous la contrainte. Légaliser diminuerait fortement ce genre de cas. Interdire complétement va le hausser.

  16. Emmanuel

    C’est sûr que la répression des consommateurs de drogues a totalement fait disparaître les mafias de la drogue en France.
    Certes, en théorie il est plus facile de « changer de branche quand le métier est reconnu ». En pratique, même pour un emploi lambda, malgré toutes les exhortations à la « mobilité » et les contraintes directes par les licenciements, peu de gens changent véritablement « de branche » au cours de leur activité professionnelle (à commencer par les professionnels de la politique). Mais surtout, la prostitution n’est pas une activité économique comme une autre.
    Oui, criminaliser la prostitution va dégrader la situation des prostitués, mais la légaliser ne va pas l’arranger => cf l’Espagne ou le proxénétisme se porte à merveille et l’enfermement des prostitués dans leur statut « légal » de même.
    Sur ce, bonne nuit.

  17. ancienducévenol

    Encore une fois, 100% d’accord avec toi, mais au fait pourquoi ces père et mère la morale s’arretent ils en si bon chemin? ils devraient aussi interdire le tournage de films X (les actrices X ne vendent elles pas aussi leur corps?), les sites (Internet ou papier) de rencontres coquines (et vénales), les escort girls (là il y a moins de risques car parmi ces Messieurs de la Chambre, n’est ce pas…), la prostitution masculine dans les squares (ben oui il n’y a pas que les femmes qui « vendent leur corps »), les jigolos d’un bar fameux qui se proposent à des dames d’un âge certain, etc. Qu’attendent ils? mais c’est vrai que c’est tellement plus facile de mettre au cachot le petit micheton « prostitueur » (je croyaus que c’étaient les macs les prostitueurs? décidément en matière de novlangue les abolitionnistes s’y connaissent…)

  18. Et donc en quoi son interdiction ne favoriserai t il pas encore davantage les mafias?

  19. Et donc en quoi le fait de l’interdire ne favorise pas encore plus les mafias?

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