mauvaise fin

La mauvaise fin de la loi El Khomri

Ca commençait mal avant que le gouvernement parle du 49.3 pour la loi El Khomri

Ca s’annonce mal pour le texte gouvernemental. Dès le premier amendement au texte posé hier par mon ami Yann Galut. Minoritaire dans l’hémicycle sur le texte présenté par le député, le gouvernement a demandé hier la réserve des votes sur les amendements. Bousculée par la gauche comme par la droite sur l’article 1, la Ministre El Khomri a été incapable de répondre sérieusement aux critiques formulées  au sujet d’une commission d’experts un peu vague prévue dans la loi qui aurait un pouvoir tout aussi vague sur le droit du travail en France.

Elle a donc, à la place,  bloqué les votes par une procédure. Ce n’est pas ça qui va calmer les contestations à l’extérieur comme à l’intérieur de l’assemblée. Du coup le gouvernement lance le 49.3 après en avoir parlé en conseil des ministres. Une adoption sans vote des députés. Faute d’arriver à rassembler sur un texte le gouvernement passe en force.

Et engage sa responsabilité.

Au passage, sur ce sujet de responsabilité,  aux naifs de gauche qui pendant qui pensent qu’il faut faire tomber le gouvernement,  je leur demande si voir Nicolas Sarkozy à Matignon les tente tant que cela ?

Cela n’annonçait mal tout du long. Et pour cause, la séquence avait été illisible. C’est d’abord un texte dangereux qui avait été présenté à la presse. Un texte susceptible de causer du chômage supplémentaire tout en portant atteinte aux salariés. Un texte qui a depuis été amendé, discuté, et dont les points problématiques ont été pour beaucoup supprimés et des avancées nouvelles créés. Mais qui en l’espèce était trop connoté pour être voté.

Au-delà des phrases qui décrètent qu’on a pas le droit de faire cela un dix mai parce que c’est, au choix, le souvenir de l’esclavage, la victoire de François Mitterrand ou le Front Populaire. Comme si il fallait retirer des dates de la vie.

Impossible de trouver une issue après une séquence désarçonnante sur la loi El Khomri

Il n’était plus vraiment possible de trouver une issue à ce texte. Qui est aujourd’hui plus combattu à par ce qu’il représente plutôt que par ce qu’il contient. Ceci d’abord à causes des problèmes du début, qui n’ont pas vraiment été levés.

-Ceux d’un parti socialiste atone dans la naissance du texte, où l’on trouvait même des parlementaires et des militants pour approuver sans réfléchir la mouture d’origine. Les mêmes qui se félicitent aussi de la forme actuelle du texte, fort différente. Laissant l’impression d’un vide idéologique chez de nombreux militants et élus du parti. Et d’une méconnaissance du monde du travail.

-Celui d’un gouvernement qui aura souffert de ses rivalités internes. Et de ses profils trop technocratiques en cabinet. La rivalité Valls/Macron aura sans nul doute joué sur la mouture de texte originel, le premier tentant de doubler maladroitement l’autre dans le libéralisme pour lui enlever son originalité de positionnement. Amenant même à des fuites d’une version du texte dans la presse dont la Ministre concernée n’avait pas connaissance.

Cette même rivalité qui incite, là c’est moins grave et plus sympathique, le Premier Ministre à se rendre demain au déménagement de Twitter France. Parce que Emmanuel Macron est populaire chez certains start-upeurs.

Mais la rivalité n’explique pas tout. Il y aussi le profil par trop technocratique et homogène des cabinets ministériels, incapables d’évaluer l’impact social et politique du texte.

-Celui auprès des employeurs, qui ne voient pas en quoi ce texte pourra leur permettre d’embaucher plus. Et qui trouvent que tout cela manque de lisibilité.

-Celui de salariés qui se sont trouvé dans de vrais situations d’inquiétude par rapport aux situations nouvelles et peu favorables prévues dans les dispositifs

-Celui de syndicats qui se sont retrouvés à devoir discuter d’un texte déjà largement discrédité auprès de leurs troupes. Alors que par exemple la question des accords majoritaires dans l’entreprise est une vraie avancée de la loi.

-Celui d’électeurs de gauche extrêmement désarçonnés et choqués par la première mouture du texte qui brouillent pour beaucoup le clivage gauche/droite. Et risquant durablement de le faire, malgré les modifications introduites ensuite. C’est d’ailleurs, chez une petite partie de ces mêmes électeurs, ce qui a motivé la création à l’origine de Nuit Debout.

-Celui d’une droite, qui, quel que soit le contenu du texte, n’avait pas envie de faire des cadeaux au gouvernement.

Bref la loi El Khomri était, de part sa naissance hasardeuse et des errements coupable, fortement discréditée.

Il aurait fallu alors, pour ne pas avoir recours au 49.3, faire un véritable travail de pédagogie et de négociations auprès des parlementaires de la majorité. Certes, quelles que soient les concessions, certains auraient par posture refusé le texte. On aurait proposé de mettre le SMIC à 3000 euros que Pouria Amirshahi ne l’aurait ans doute pas voté. D’autres auraient pu, par contre, sous réserve de pouvoir changer réellement certains éléments, accepter de voter pour le texte.

Cela aurait sans doute demandé un dialogue. Qui n’a pas eu lieu. Ni la Ministre, ni Manuel Valls n’ont tendu la main. Ainsi que ceux en charge de la cohésion entre le gouvernement et sa majorité ou du groupe socialiste

Jean-Marie Le Guen, Bruno Le Roux : Ceux chargés de battre le rappel de la majorité, ont-ils le bon profil ?

Jean-Marie Le Guen considère que son rôle dans l’existence, c’est d’essayer d’être hué le plus possible dans les réunions socialistes. C’est pitié parfois de le voir gonfler en provocations de plus en plus clivantes quand il n’arrive pas au résultat escompté en tribune. Cela en fait sans doute l’une des personnes les moins indiquées pour créer du lien au parti. Dommage quand on sait que l’homme est capable parfois d’idées intéressantes sur les drogues et la santé.

Bruno le Roux aura aussi été un chef de groupe pas des plus rassembleurs, incapable de convaincre de nombreux députés de son groupe lors de votes cruciaux. Devant sa place pour partie à son positionnement proche de longue date du chef de l’Etat. Et trop souvent réduisant son travail à de vagues menaces sur les investitures.

Bref c’est un désastre annoncé que cette loi. Qui aurait pu contenir des choses intéressantes au lieu de reculs importants. Mais qui au final aura seulement abimé l’image de la gauche et du gouvernement. Ce que le couvercle du 49.3 ne guérira pas. Ce n’est pas seulement le texte El Khomri qui va se finir mal. C’est la gauche.

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  1. Si les frondeurs votaient la censure ca ferait tomber la loi et Hollande pourrait renommer qui il veut à Matignon, y compris Valls. Après il est certain que l’effet de souffle serait terrifiant !

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