François Fillon au Vatican pour la béatification de Jean-Paul II : on sort des clous républicains

Benoit-xvi La présence de François Fillon en tant que 1er Ministre de la République Française, à la béatification de Jean-Paul II est dommageable.

Je l'ai déjà dit concernant la burqa, la République Française n'est pas un régime neutre et repose sur des valeurs spécifiques. Il ne me semble pas ici que le gouvernement les respecte, notamment dans sa dimension laique.

Que François Fillon aie envie d'aller assister en tant qu'individu à une cérémonie de ce type c'est son droit. Que l'Etat Français puisse y être représenté, par exemple par un ambassadeur, auprès de l'Etat du Vatican, d'accord, c'est même l'inverse qui serait choquant. Je n'avais, au contraire d'autres, trouvé rien d'anormal au fait que le Président de la République aille en visite officielle au Vatican. Seule complexité, la composition un peu fantaisiste de sa délégation avait de quoi surprendre.

Qu'en vertu du principe que la France serait la fille ainée de l'Eglise, titre décerné à l'époque de Clovis,on envoie le premièr personnage du gouvernement cela est tout de même fort différent. Très différent. Il y a eu une révolution française depuis et quelques autres événements. Et surtout la laicité.

SI être présent dans les temps forts des cultes qui vivent au sein de la République est parfaitement normal, assister à une béatification, c'est à dire qu'un être humain, le Pape actuel, attribue la possibilité qu'on vénére un autre être humain, le Pape précédent, c'est tout de même prendre position sur le plan religieux ce qui n'est pas le rôle du gouvernement.

En faisant cela, ce sont ceux qui ne croient pas et les autres confessions que le catholicisime qui se sentent un petit peu moins considérés comme de vrais français que d'autres. Moi inclu.

16 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Si tu veux mon avis, ce n’est pas la présence de Fillon elle-même à la béatification de Jean Paul II que je trouve choquante, mais la béatification du pape précédent en elle-même. Le « santo subito » réclamé par la foule est un effet de la société du spectacle, du culte de la vitesse, de la perte de recul de tout un monde sur lui-même, de la dilution dans l’image et dans l’instant. La sainteté, dans tout ça…
    L’Angleterre se paie une messe médiatique, le Vatican s’en paie une autre. Voilà tout.

  2. Je suis tout à fait d’accord, le rôle du 1er ministre n’est pas celui-là. La France se dit être un Etat laïc alors que les musulmans sont souvent stigmatisés, qu’on leur refuse des lieux de cultes, et que Fillon positionne la France toute entière comme catholique.

  3. Crapoto

    « En faisant cela, ce sont ceux qui ne croient pas et les autres confessions que le catholicisime qui se sentent un petit peu moins considérés comme de vrais français que d’autres. Moi inclu. »
    C’est un peu tiré par les cheveux cette conclusion. Reconnaître à la France un héritage chrétien et l’honorer en assistant à un évènement majeur de l’Etat du Vatican, ce n’est quand même pas la même chose que d’affirmer que le christianisme est une composante indispensable de la citoyenneté française.
    La France est laïque mais le principe de sécularisation est intrinsèque au message chrétien (Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu). Laïc implique que les lois des hommes priment sur les lois de Dieu, que ces dernières peuvent s’exprimer tant qu’elles ne portent pas atteintes aux premières. Où est le mal à ce que M. Fillon assiste à cette cérémonie?
    Son rôle est-il de représenter la France ou les français? S’il s’agit du premier cas, alors il est dans son droit, s’il s’agit du deuxième, alors il est en perpétuelle « illégitimité »: son image ne collera jamais avec la complexité d’une société comme la nôtre.

  4. Adrien

    Bonjour,
    Je trouve l’argumentaire un peu léger et je suis plus proche de la position de Crapoto.
    D’une part, d’Etat à Etat, le Premier ministre peut tout à fait représenter la France au cours d’une cérémonie officielle, cela se fait régulièrement. Le fait qu’un ministre ou le Premier ministre se déplace et ne laisse donc pas le soin de la représentation à l’ambassadeur témoigne d’une importance particulière accordée au pays et à la cérémonie qu’il organise.
    François Fillon se déplacerait donc, d’une part au nom de liens historiques particulièrement fort en la France et le Vatican (liens indéniable, et ce, bien après la révolution…), d’autre part, on peut supposer qu’il souhaite participer à cette cérémonie parce qu’elle honore Jean-Paul II, précédent chef d’Etat au Vatican, pour reconnaitre là le personnage important de la seconde moitié du 20ème siècle en Europe qu’il fut (y compris, même si on l’exagère souvent, dans l’évolution du « bloc de l’est »). François Fillon pourrait ainsi, très bien se déplacer à d’éventuelles obsèques nationales d’Helmut Kohl par exemple.
    L’état français, en assistant à cette cérémonie ne fait rien de moins que de la diplomatie, il ne remet pas en cause la laïcité et la séparation, sur le territoire national (et dans le cadre de son activité administrative y compris à l’étranger), de l’Église et de l’État.
    Pour répondre à Crapoto, le Premier ministre représente évidemment la France. Représenter les français ça n’existe pas dans le modèle républicain ou la nation est un tout, c’est par contre le cas dans le modèle communautaire américain.
    Dernière remarque, malicieuse, s’agirait-il d’une petite chamaillerie entre catholiques et protestants ?
    Adrien

  5. romain blachier

    Votre commmentaire est de très bonne qualité mais
    1-Le ministre est ministre de la République laique. Il n’y a donc aucune préférence normalement entre les différentes religions. En arguant d’être la fille ainé de l’Eglise, le gouvernement rompt avec la neutralité républicaine.
    2-Chrétien ne veut pas dire papiste. Il y a aussi un certain nombre de chrétiens dont je suis qui ne se sentent pas concernés par le pape.

  6. romain blachier

    Adrien ta dernière remarque illustre justement la dérive qui est amenée par le comportement du gouvernement: tu ne vois plus un Ministre de la République mais un catholique qui subit ici un mauvais sort par un méchant protestant sur ce blog. C’est justement pour éviter cela que la laicité est une valeur importante dans notre pays. Merci de l’illustrer si bien.
    Tu d’ailleursoublies volontairement un aspect dans l’ensemble de ton commentaire:
    Ce n’est pas un simple déplacement d’Etat à Etat. J’ai d’ailleurs, relis l’argumentaire, dit qu’il était normal que l’Etat français aie des liens avec le Vatican.
    Mais le Ministre Fillon fait le déplacement en arguant que la France est la fille ainée de l’Eglise. Cela est une pure violation de la laicité puisqu’elle marque d’une part qu’il y a une confession au-dessus des autres, d’autre part que la seule église est l’Eglise Catholique (Le terme L’Eglise au singulier et en majuscule revient à cela). Enfin c’est une chose de se rendre à) visiter le Pape ou aller à une cérémonie honorifique, c’est une autre que de cautionner un acte religieux et de se rendre à une cérémonie à contenu purement spirituel.

  7. Adrien

    Romain,
    Je ne savais pas que Fillon avait justifié son déplacement par le terme « fille ainée de l’Eglise ». N’ayant trouvé nulle trace de guillemets de ton article j’ai cru qu’il s’agissait là d’une qualification de ta part. Mais je ne pense pas que ce terme constitue la meilleure des justifications.
    Nous n’avons pas la même perception de la signification de cette cérémonie que je prends comme un acte étatique, mais je comprends ton point de vue.
    Néanmoins, franchement, l’allusion au protestantisme c’était une blague rien de plus. J’ai grandi dans un pays orthodoxe ou l’Eglise et l’Etat ne connaissent aucune séparation et je suis attaché plus qu’à tout aux principes républicains et à la Laicité. Alors je salue l’esprit de ton texte, mais je ne suis pas certain qu’il faille aller jusqu’à faire la chasse aux moindres ricanements inter-religieux. La Laicité ca n’est pas protester à chaque fois qu’on entend quelqu’un parler de religion sans en rappeler le principe. Tu ne sembles pas, dans tes autres articles, si crispé sur ces questions.

  8. romain blachier

    Adrien,
    -Sur le protestantisme, sur lequel je suis le premier à déconner, je n’ai fait que souligner à quel point ta formulation démontrait à quelle point ce que cette histoire transformait une vision laïque de la société en une histoire inter religieuse. Ne t’inquiéte pas cela ne m’a pas agacé, je te dis encore une fois merci pour la démonstration.
    -Il aurait été grave de ma part d’inventer le terme fille ainée de l’Eglise pour justifier mon billet.
    http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5hRFNYHn7gvwhF4r1sq_RTWsg4pUQ?docId=CNG.3d957f65e1e0c1f31bc0d16a29ef9c47.6b1
    Le gouvernement a bien argué de cela pour la visite. Du coup nous ne sommes plus dans un simple cadre de visite inter-étatique mais dans quelque chose où la République prend parti en matière religieuse.

  9. « Cela est une pure violation de la laicité puisqu’elle marque d’une part qu’il y a une confession au-dessus des autres » : mais il y a, en France, une confession non pas au-dessus des autres, mais antérieure aux autres et historiquement plus significative (c’est le moins qu’on puisse dire) que les autres. On ne peut non plus renier quinze siècles d’histoire, au risque de rendre (ce qu’on fait en partie d’ailleurs) les jeunes générations littéralement amnésiques. Je ne vois vraiment pas l’intérêt d’une telle attitude. La question Fillon est complètement secondaire par rapport à cela.

  10. romain blachier

    Solko :Personne ne nie l’histoire chrétienne de la France (qui au passage ne se résume pas à la seule confession catholique) et moi non plus. Simplement la révolution française puis la loi de 1905 sont passées par là, ce qui change pas mal de choses.

  11. « En faisant cela, ce sont ceux qui ne croient pas et les autres confessions que le catholicisime qui se sentent un petit peu moins considérés comme de vrais français que d’autres. Moi inclu. » = votre commentaire m’attriste. Je suis très heureux quand un ministre accorde des honneurs à Martin Luther King, Dietrich Bonhöffer, Gandhi, Mohamed Yunus, ou à d’autres champions de l’amour fraternel, même s’ils sont d’une religion différente de la mienne. Jésus a demandé au Père : « Que tous soient un, afin que le monde croie ». La division entre religions est la racine de tout mal.
    L’unité, qui n’implique pas qu’une religion doit absorber les autres, loin s’en faut, valorisera les différences et nous rendra tous plus heureux.

  12. romain blachier

    @luca: votre commentaire illustre parfaitement mon propos sur le probléme que souléve la visite de François Fillon.
    Vous voyez le premier ministre d’une république laique comme le représentant des catholiques parce qu’il se comporte comme tel, ce qui n’est pas son rôle. Qu’il soit catholique en tant que personne certes. Qu’il se rende en tant que Premier Ministre a une cérémonie religieuse en expliquant que le catholicisme a un rôle spécial en France est problématique et justement brise l’unité.

  13. Je n’appartient à aucune religion qui voit en F. Fillon son représentant, ni je voudrais y appartenir. Rien dans mon message amène à votre conclusion, que « je vois le premier ministre d’une république laique comme le représentant des catholiques ». Loin s’en faut! Tenez, je comprendrais mieux votre remarque si nous étions à l’époque de Louis XVI. Que l’Etat ne favorise pas une religion, c’est nécessaire. Néanmoins, ce même état, peut (et devrait) être ouvert à l’Absolu et à ses valeurs. Pour moi, Martin Luther King ou Bonhöffer ou Gandhi ou MalcomX ou Nikkio Niwano sont des géants de la foi en Dieu. Je suis heureux si l’Etat leur donne des reconnaissances. Pour votre information, je ne suis pas un supporter de l’UMP, ni du FN. Dans ma communauté religieuse, constituée par des membres de toutes les religions et même par de gens ayant des opinions différentes, on n’a pas un conception si rigide de la laïcité. Par contre, s’il y a des Français qui interprètent le geste de M. Fillon comme vous, il ferait peut-être mieux de ne pas y aller. En tout cas, Dieu me garde d’attiser la division entre ses fils (tous les hommes).

  14. romain blachier

    Lucas, je ne vous prête pas d’appartenance à quoi que ce soit au niveau politique ou autre dans mon commentaire. Je vous dis, comme je le dit dans mon billet, que la reconnaissance et les relations avec le Vatican ne me gênent pas et qu’elles sont souhaitables. Par ailleurs, si je ne considérait pas que la politique et la religion avaient des choses à se dire, aborderais-je les questions spirituelles sur ce blog ? Parlerais-je et de politique et de théologie et de ma foi et de celle des autres ?
    Ce qui est moins normal c’est de trancher théologiquement une question quand on est un Etat laic (Dire l’Eglise pour l’Eglise Catholique Romaine est une prise de position) et d’arguer du rôle privilégié d’une religion. Cela questionne parce que c’est un traitement particulier.

  15. Excusez-moi, je pensais au début que vous étiez un catholique… Romain ;-). Bien sûr que j’apprécie et admire votre témoignage chrétien en politique! Souvent, les déclarations « chrétiennes » de notre Président me font désirer qu’il se taise au sujet de la religion. Quant à M. Fillon, excusez-moi, j’ai appris qu’il allait à Rome sur ce blog. Je suis entièrement d’accord avec vous, il n’aurait pas du dire « l’Eglise » pour l’Eglise Catholique Romaine, car cela peut être interprété comme une prise de position. Le fin linguiste qui est en vous sait qu’on dit Amérique pour indiquer les USA, au détriment des autres pays du continent, sans pour autant être philo-USA (j’allais dire « philo-américain »). On peut donc espérer qu’il s’agit là d’un lapsus à la Dati, et non pas de vouloir attribuer à l’Eglise Catholique une quelque priorité; mais vous connaissez le discours de M. Fillon, moi, pas du tout. Donc je suis solidaire avec vous, il faut éviter, au nom de la laïcité, toute discrimination vis-à-vis des autres Eglises. J’ai tellement horreur de ça, que, si je dois confesser ma foi publiquement, je dis souvent que je suis chrétien, tout court.
    Quant à la laïcité, en 1981, résidant aux USA, j’ai soutenu le combat de Stevie Wonder, avec de millions d’autres chrétiens (réformés, évangéliques, épiscopaliens, cathos, baptistes, etc.) pour faire adopter l’anniversaire du pasteur évangélique M.L. King comme fête nationale. Notre victoire à été la reconnaissance d’un Etat laïque de la contribution de ce chrétien exemplaire aux valeurs républicaines USA de tolérance, liberté, etc. Un catholique qui s’y serait opposé au nom de la laïcité aurait nuit à la société civile et à l’Eglise Catholique. De même, je milite en faveur de la reconnaissance des vertus républicaines de chrétiens comme Roger Schutz, Michel Rocard, et bien d’autres. Car reléguer la religion au domaine privé, et là je pense que vous êtes d’accord, c’est une laïcité à la soviétique. Je respecte les opinions des chrétiens qui ne reconnaissent pas le Pape (d’ailleurs, si vous voyez des défauts dans l’Eglise Catholique, j’en vois plus que vous, puisque j’en ai une expérience plus longue et profonde que la vôtre). Néanmoins, lorsque le maire socialiste de Paris dédie une place à J.P.II, j’aimerais qu’on interprète ça comme une reconnaissance de l’action sociale et internationale de ce dernier, et non pas comme une prise de position confessionnelle. Donc, on peut contester ou priser l’action de J.P.II indépendamment de son rôle religieux, qui n’a aucune importance pour les autres Eglises. Personnellement, j’attribue une grande importance aux actions des autorités de toutes les Eglises, mais ça, c’est le choix des oecuménistes. Une place dédiée à Roger Schutz (mérites en tant qu’éducateur, homme de paix, dialogue, etc.)? Je signe! Idem pour une place dédiée à un grand Français juif, musulman, etc.

  16. fromageplus

    Envoyer un représentant de la France est quand même la moindre des choses. Le problème c’est que la France n’a aucun représentant ; seule la République en a.
    Si envoyer un représentant de la République française à un évènement chrétien pose problème, il faut peut-être changer de façon de voir ou de penser.
    Déjà, il faut arrêter de mélanger les deux choses : la France n’est pas un « pays laïc ». C’est la république, c’est à dire le RÉGIME politique, qui est laïque. La France, elle, qu’on le veuille ou non, est une entité chrétienne.
    On peut aussi arrêter de se masturber sur « la laïcité », terme complètement vidé de toute substance à force de l’employer à toutes les sauces. Curieusement, dans les débats publics, personne n’est foutu de se souvenir de nom du mec qui a prononcé « Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu », cette phrase fondamentale dont le monde se réclame, surtout les athées. Foutues amnésies républicaines !

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