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Ma critique de Soumission de Michel Houellebecq

Dans quelques jours sort ‘ Soumission  » le prochain livre de l’écrivain médiatique à succès Michel Houellebecq. Un livre au sujet polémique pas encore en librairies donc mais que la presse a bien sur lu en avant-première mais dont les récipiendaires d’un ouvrage officiel n’ont pour l’instant pas le droit de détailler l’exact contenu. Il se trouve que je viens moi aussi de finir la lecture de Soumission.

Soumission de Michel Houellebecq, de Eric Zemmour à René Guénon

Le thème sur lequel est présenté le contenu de l’ouvrage est l’arrivée au pouvoir par les urnes d’un parti islamiste en France suite à un second tour avec le Front National. Un parti islamiste soutenu par l’ensemble des forces républicaines traditionnelles, dont le but secret est de détruire la France pour la dissoudre dans l’Europe.

La polygamie est rétablie. Les aides sociales baissent de 85%. L’enseignement devient confessionnel. La gauche ne trouve rien à redire. La droite non plus. François Bayrou en profite pour se faire nommer Premier Ministre. Le tout après une période de campagnes émaillées de violences urbaines qui sont passées sous silence par les médias français à l’exception des sites de partage vidéo russes.  Bref dans la première partie du roman Soumission dans un ouvrage écrit à quatre mains par Eric Zemmour et Renaud Camus pendant une nuit d’ivresse dans le cossu château de ce dernier. Ne manquent même pas les clichés sur les militants de la mouvance identitaire radicale (dont l’auteur a d’ailleurs une vision idéologique assez floue que ne reconnaitraient pas les intéressés) en infiltrés résistants. Et l’Islam ramené à une vision certes pas extrémiste mais en tous cas fortement réactionnaire.

Houellebecq a force d’être populaire serait-il devenu banal, dans l’air du temps? Ne vas-t-on trouver qu’à part une plume facile à lire, l’habituel contenu des bas de forums complotistes et/ou nationalistes dans le livre d’un écrivain ? Y voir une vague photocopie de ce qu’on peut lire à longueur de colonnes dans Causeur, le Figaro et autres manifestations de Zemmourismes médiatiques vues et revues ?

Et le secours semble ne pas pouvoir venir du narrateur. Celui-ci premier  ne change pas de la plupart des précédents héros houellecquiens : homme entre deux âges, en proie aux affres du trop peu sexuel, revenu de tout sans être allé nulle part, vivant dans un monde confortable mais morne. Soumis en quelque sorte aux temps. Avec pour seule engagement réel sa jouissance sexuelle. Et son travail, qui fera découvrir à beaucoup de lecteurs Huysmans, dont il n’arrive pas pourtant à partager la mystique chrétienne.

C’est d’ailleurs dans le domaine littéraire, alors qu’on se dit que le contenu du roman se dirige vers une version française du délirant « la mosquée Notre-Dame-de-Paris année 2048 » que commence une première dissonance avec le convenu : alors qu’il est de bon ton (surtout quand on a pas été obligé de s’enfiler sa prose tristounette) d’encenser Léon Bloy pour jouer au rebelle conservateur, Houellebecq ramène sans doute avec un excès de dureté l’auteur de La Résurrection de Villiers de L’Isle-Adam à un mauvais polémiste ne cherchant la bcontroverse que pour vendre. Une sorte d’Eric Brunet du XXe siècle commençant qui n’aurait pas réussi à se placer financièrement et médiatiquement.

La soumission du narrateur. c’est là l’un des clefs du roman, une de celles aussi du titre, qui expliquent en quelque sorte un parcours qui, surprenant au premier abord. se révéler linéaire finalement passant d’une bienveillance pour un universitaire réac d’extrême-droite à une conversion à une version tout aussi réactionnaire de l’islam.

Une soumission bien plus linéaire qu’il n’y parait

L’auteur ne cache d’ailleurs pas que loin de se combattre, ces deux courants se nourrissent l’un et l’autre et ont énormément en commun, notamment sur le rôle des femmes qu’il convient selon le narrateur de réserver à la cuisine (si elles ont quarante ans) et au lit (qu’elles aient plus ou moins de 18 ans) ou sur les mœurs, la vision de la famille et l’économie en général. C’est dans l’admission de ces convergences  où son récit diffère aussi des logorrhées de la pensée dominante réactionnaire qui rencontre tant de succès dans les salons de nos jours.Passer de l’imaginaire Camuso-Zemmourien implicite aux références explicites à la vie et à la pensée du mystique converti à l’Islam René Guénon d’une part, d’autre part de l’hystérie identitaire au rêve d’un nouvel empire sous les traits d’Eurabia (grand thème de certains complotistes) vu sous un angle positif, voilà qui pourrait paraître un surprenant tour de force de Houellebecq sans ce prisme.

Un livre parfois schématique, alternant de fortes imprécisions avec une culture pointus, le déjà vu avec le plus original, la posture réac avec la réflexion intéressante sur la difficulté Catholique à susciter la transcendance au 21e siècle (malgré des passages saisissant qui m’ont donné grandement envie de lire davantage Péguy). Un ouvrage taillé pour faire polémique, dans lequel l’auteur campe sur ses postures vues et vues (ce qui lui donne le mérite de la cohérence) et un pénible sexisme obsessionnel de salon, presque conformiste à force de vouloir ne pas l’être, agréable à lire avec de jolies pointes d’humour mais qui n’est certainement ni le livre de l’année ni le brûlot que certains croient.

12 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Triton

    Quelle chance d’être parmi les « happy fews » qui peuvent bénéficier avant les autres d’une telle lecture, nous devrons attendre encore quelques jours pour découvrir ce grand auteur de notre temps.

    • romain blachier

      aucun happy few il se trouve assez facilement…

  2. Anton

    « il se trouve assez facilement… »

    Ah bon, où çà? Vous pourriez m’en dire plus, svp?

  3. Emmanuel

    Je n’ai pas vraiment l’impression que j’ai lu le même bouquin que pas mal de ceux qui l’aurait lu (Bourmeau, Badiou, etc). On en convient, c’est ultra chiant (enfin j’ai trouvé ça chiant, personnellement). Mais je n’ai pas du tout trouvé ce bouquin « islamophobe » O_°! Quand Houellebecq, au début du livre, décrit des scènes de violences urbaines, on est jamais très sur des auteurs: « jeunes de banlieue », identitaires facho, terroristes « islamistes »?
    Complaisant avec l’extrême droite comme le font Zemmour et/ou Camus? Où ça? Quand les Le Pen père et fille, les rares fois où ils en fait référence, sont présentés comme incultes ou opportunistes?
    Complaisant avec les identitaires? Quand il les présente comme étant soit des laches baignés dans le conformisme (le nouveau maitre de conf dans son hotel particulier), soit comme des opportunistes ayant choisit de se convertir à des seules fins pratiques comme son « pote » Steve pour sa place à l’université, le prof/ministre Rediger pour les femmes et la gloire (on peut aussi citer le prof Loiseleur pour les femmes).
    Islamophobe? J’en ai pas eu l’impression quand j’ai lu le chapitre dans la bibliothèque de Rediger. J’en conclue donc, de toutes les critiques que j’ai pu entendre la dessus sans vraiment qu’elles soient étayées, que dire que l’islam « orthodoxe » encourage la polygamie, veut une stricte séparation des sexe dans l’espace public ou relègue la place de la femme dans la société à sa simple utilité pratique est islamophobe….

    Aussi, j’ai beaucoup de mal à faire le lien entre Zemmour, Camus et ce Houellebecq. Chez Zemmour (ou Camus), principalement dans son dernier bouquin dont je n’ai même pas pu dépasser le second chapitre tellement il est chiant, formaté et convenu (selon la logique Zemmourienne), on sait de suite où il veut en venir. On sait de suite quels « à priori » vont être mis en avant et utilisés, quelle va être la logique de « narration ». Les bouquins de Zemmour et Camus se veulent « scientifiques », leur but est de montrer et démontrer soit la perte des valeurs occidentales (Zemmour) soit le « grand remplacement » (Camus) soit les deux en même temps. Ce sont des « thèses ». Houellebecq c’est un romancier. Je n’ai pas vraiment l’impression qu’il veuille faire passer le moindre message « politique », « identitaire » ou « anti-confessionnel »: 95% de son bouquin est centré sur ses problèmes de cul et son dégout pour sa vie de merde. Il aurait pu faire le même bouquin en prenant le catholicisme intégriste et en finissant reclus dans son abbaye cistercienne, sans baise, dans le silence et loin de tout le monde que l’essentiel du bouquin serait encore là. Et ça n’aurait fait hurler personne, ni Bourmeau, ni Badiou.

    D’ailleurs, en parlant de ces deux là, et en déviant complètement du sujet premier: il faudrait peut être commencer à s’interroger sur le réel pouvoir de nuisance et le travail contre-productif que de tels « excités » provoquent. A crier à longueur de temps, de chroniques, de papiers ou de blogs que « l’islamophobie est partout » ou qu’untel ou truc est un islamophobe avéré parce que, au choix, il a dit que le Qatar est un pays participant activement au terrorisme international (cas de Péan), que l’Islam politique n’est pas compatible avec la démocratie (ou le communisme ou le libéralisme, ou le trotskisme ou n’importe quelle forme politique), ou n’importe quelle autre avis divergent sur l’islam (comme on pourrait en avoir sur le catholicisme, le judaisme ou la recette du Nutella), ces gars la participent eux aussi au mythe (ou pas, après tout qui le sait?) de la « future guerre civile » à la Zemmour.

    • romain blachier

      Emmanuel , avez vous lu ma critique ? celle sous laquelle vous commentez ?

      • Emmanuel

        Oui je l’ai lu, et nous sommes plus ou moins sur le même constat pour de nombreux points.
        Je répondais d’une manière plus générale où pas mal (en général les mêmes que d’habitude) se sont excités en beuglant à l’islamophobie et au réactionnisme.

  4. pierre grivaud

    Vos critiques seraient du plus grand intérêt s’il s’agissait d’un essai. Mais il s’agit d’un roman, dont la qualité littéraire suffit à le justifier. Et je défie quiconque de mener à bien l’exercice (toujours raté) d’identifier l’auteur à tel ou tel personnage, ou telle réplique. Houellebecq s’amuse, et nous divertit. Accessoirement il fait écho à nos préoccupations du moment, comme il le fait dans tous ses livres, solidement ancrés dans le siècle, mais il ne se mêle pas de faire la leçon ni ne prétend donner des clés. La critique romanesque devrait toujours éviter le piège du prétexte à dire ce que l’on pense sur les thèmes qui traversent l’oeuvre, ou lui servent de décor.

    • Frédérique Gareyte

      Merci, monsieur Grivaud, de votre commentaire. Vos quelques lignes sont les plus pertinentes de tout ce que l’on peut lire ici.
      J’ai lu ce livre de la même façon que vous, comme un roman !
      Je n’ai malheureusement pas pu faire de même avec le commentaire de monsieur Blachier, trop abscons et fourmillant de fautes d’orthographe, de grammaire et de typographie : tout à fait indigeste !

  5. delarochelle

    ha les bobos abscons… quelque chose me dit que leurs positions idéologiques vont devenir de plus en plus intenables . Ha oui la natalité, c’est le futur : )

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