Nelly Morisot « être sur une liste aux côtés du président départemental du parti radical valoisien, ça ne va pas être possible… »

Nelly Nelly est socialiste, de Rhône-Alpes, protestante, blogueuse et elle traine pas mal sur Facebook. Bref, même si je ne suis pas toujours d'accord avec elle, notamment pour son étrange fascination pour Laurent Fabius, c'est donc forcément une personne très bien.

Nelly était jusqu'à la fin de la semaine passée candidate sur la liste de Jean-Jack Queyranne en Haute-Savoie.

Seulement le président sortant de la région a réussi une jolie prise puisque le responsable départemental du parti radical valoisien, Gérard Périssin-Fabert,parti  associé à l'UMP ( Un peu groupusculaire au passage le parti en question, à deux c'est un tendance, à trois c'est la scission chez les radicaux de droite, mais belle prise), a rejoint la liste de la gauche et de la société civile menée par l'équipe sortante.

Un coup dur pour la candidate UMP mais un ralliement pas toujours bien accepté localement. Du coup, pour protester, 7 militants socialistes candidats ont démissionné. Nelly nous explique sa décision.

1 Salut Nelly, on se connait un tout petit peu mais peux-tu te présenter et dire d'où nous nous connaissons ?

Salut
Romain, c'est me semble t-il "virtuellement" que nous avons fait
connaissance, grâce à des amis communs et parce que nous militons dans
la même organisation politique et dans la même région, c'est
"virtuellement" que nous nous retrouvons aujourd'hui! C'est toujours
difficile de se présenter en quelques mots, mais pour résumer je dirais
que je suis une militante de gauche qui tient à ses valeurs, qui se
démène pour servir sa famille politique et sa région en essayant de ne
pas oublier son esprit critique. Ce n'est pasfacile tous les jours

2 Quel a été jusque là ton parcours?
Je
suis militante socialiste depuis bientôt 10 ans. Mon premier vrai
engagement, c'était pour Jean-Jack Queyranne, en 1998, contre Charles
Millon. Tu comprendras donc que ma démission n'a pas été un geste
facile. J'ai été responsable des Jeunes Socialistes de Sciences-Po
(Paris) puis Secrétaire nationale du MJS. Je suis membre des instances
nationales du PS depuis 2005. Bref, j'ai fait pas mal de politique!
J'ai ressenti le besoin de faire une pause complète pendant un an, j'y
suis revenue. Ce n'est qu'une partie de moi-même, j'ai d'autres
passions – la montagne, la littérature – mais je crois que je suis une
indécrottable militante.
En
tous cas, ce parcours m'a fait comprendre que les postes, les titres ne
valent que si on en fait quelques chose. C'est pourquoi aujourd'hui,
j'ai pris un peu de recul sur tout ça.

3 Un membre du parti radical valoisien va intégrer
la liste Queyranne et la mener en Haute-Savoie, que s'est-il passé?
Il
faudrait plutôt poser la question à notre tête de liste régionale
puisque l'entrée de M.Perrissin-Fabert, car il s'agit de lui, a été
décidée après le vote d'une liste socialiste par les militants PS. Et
ce, bien que le bureau fédéral, prévenu de cette éventualité, ait
adopté à l'unanimité une motion exigeant l'orientation à gauche de la
liste. 

Ce
n'est pas à moi d'extrapoler sur les raisons qui ont amené à cette
situation. On nous a quand même fait assez clairement comprendre que
dans un département de droite comme le nôtre, il serait bien d'être
aussi un peu de droite pour être en position de gagner. D'autre part,
je crois que la réforme territoriale, qui supprimera les conseillers
généraux et régionaux par des conseillers territoriaux, incite certains
à revoir leur stratégie électorale. Demain, pour être élu à la tête de
la Région, il faudra pouvoir compter sur le soutien d'un maximum de ces
conseillers territoriaux. Dans un département comme le nôtre, où la
gauche compte très peu d'élus, il peut paraître plus attractif d'aller
directement chercher des élus en dehors de notre famille politique
plutôt que de parier sur notre progression.

4 Tu fais partie des démissionnaires (7 au total), quelles en sont les raisons?
L'arrivée de la droite sur la liste est inacceptable à tous les niveaux. A titre personnel, j'ai déposé
ma candidature dans la seule optique de participer activement à une
dynamique de gauche au service des Rhônalpins et des Haut-Savoyards. Je
n'ai aucun problème avec la personne de Perissin-Fabert, mais il a fait
le choix d'un engagement politique à droite et mes convictions
politiques sont de gauche, je refuse donc de figurer sur une liste à
ses côtés. C'est aussi simple que cela. Ni mes convictions, ni mon
militantisme ne sont à géométrie variable.

De
plus, il me semble qu'il s'agit là d'une stratégie qui va à l'encontre
de l'intérêt de la Haute-Savoie et de ceux qui s'y battent pour faire
progresser nos valeurs et nos idées. L'idée sous-jacente, c'est que la
Haute-Savoie est un département de droite par essence, que la gauche y
est et y restera faible. La conséquence, c'est que l'on préfère obérer
pour longtemps les chances des socialistes en Haute-Savoie en leur
demandant de faire une alliance contre-nature. Nous, socialistes qui
avons refusé de cautionner cela, continuerons à travailler dans les
semaines et les mois qui viennent pour montrer que la gauche a un
avenir sur notre territoire, si elle est capable de se renouveler, de
proposer des choses nouvelles et de s'unir.

Enfin,
il faut arrêter de nous dire que "les régions sont le dernier rempart
contre Nicolas Sarkozy", alors que l'on invite des supporters non
dissimulés de ce même Nicolas Sarkozy sur nos listes. Si Jean-Jack
Queyranne a un bon bilan en temps que Président de Région, c'est parce
que sa majorité est une majorité cohérente de gauche. Qui peut croire
que l'ouverture à droite n'aura aucune conséquence sur l'orientation
politique de la future probable majorité ?

5 Ne pense-tu pas que l'ouverture peut vous permettre de progresser dans ton département?

Pas
si l'on parle d'ouverture à droite! Je crains que certains confondent
ouverture et compromission. Dans mon esprit, ouverture cela signifie
accepter qu'être de gauche ne signifie pas forcément être affilié dans
un parti politique. Enormément de gens défendent nos valeurs dans les
associations, dans les syndicats, dans leur vie quotidienne, certains
élus sont proches de nos idées mais n'ont pas envie d'adhérer à une
structure comme le PS. Ce sont ces militants là à qui nous devons
proposer de nous rejoindre à l'occasion des échéances électorales.

S'ouvrir
à la droite, cela pose deux problèmes, en plus de la question de
principe. Sur le plan de la stratégie électorale à court terme, cela me
paraît tout à fait néfaste. D'abord parce qu'une élection, cela ne se
gagne pas de manière arithmétique. Une campagne électorale, c'est une
dynamique. Penser que parce qu'on débauche un représentant de la
droite, on va additionner les voix qu'il pourrait nous apporter à notre
électorat habituel, c'est aberrant! Pour quelques voix gagnées à
droite, combien de perdues à gauche? Et puis, entre l'original et la
copie, on choisit toujours l'original. Les gens de droite iront voter
pour les listes de droite. Quand Eric Besson est passé à l'UMP, les
socialistes l'ont-ils massivement suivi?

A
plus long terme, c'est catastrophique pour nos positions sur le
terrain. Certes, la gauche est faible en Haute-Savoie, mais c'est tout
sauf une fatalité. On oublie qu'en 2008, lors des élections
municipales, nous avons maintenu nos positions, gagné une ville,
Ambilly, avec Guillaume Mathelier, et que la gauche est passée à
quelques voix de la victoire dans plusieurs communes d'importance comme
Thonon, Evian, Cluses et Passy. Ces résultats là, nos camarades les ont
obtenus grâce à un travail permanent sur le terrain, un travail
permanent pour le rassemblement des forces de gauche, politiques,
syndicales et associatives. La stratégie régionale actuelle, en ce
sens, est terrible pour nous.

Et
encore une fois, progresser pourquoi et pour quoi faire? S'il s'agit de
glisser vers la droite pour être élu, à quoi bon? En tous cas, ce sera
sans moi.

14 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Si elle aime Laurent Fabius, c’est forcément quelqu’un de bien 🙂
    L’ouverture à droite, ça me fait penser aux dernières municipales à Grenoble, où Destot a débauché le MoDem et quelques conseillers sortants de droite…
    Certes, il a fait le plein de voix centristes, mais il a perdu une part non négligeable des voix de gauche… Au second tour, les Verts ont fait 22,5%, et Destot a raté la majorité absolue.
    Donc, d’un point de vue stratégique, l’ouverture à droite n’a pas un grand intérêt, surtout quand les autres partis de gauche fonctionnent bien.

  2. Haut-Savoyard

    Chacun sait que Jean-Jack Qeyranne est un homme de gauche : son bilan l’a montré ; son programme tout autant.
    Mais c’est avant tout un homme de rassemblement : je ne vois pas pour quelle raison la porte aurait du être fermée à un homme de qualité.
    Le 14 mars, je voterai Queyranne sans hésiter !

  3. Battling

    Sympathique et cohérente.

  4. jerome manin

    Tiens Battling, on est d’accord 🙂
    Socialiste, protestante et blogueuse… Si ça c’est pas du cumul…

  5. radis cale

    du coup tu vas signer le comité de soutien de Queyranne Jérôme ?

  6. Cédric Rousset - Vice-Président du PRG du Rhône

    S’interroger sur la pertinence de la présence d’un Radical valoisien sur la liste de Jean-Jack Queyranne est légitime, que l’on soit socialiste ou non. A chacun d’apprécier cela à l’aune de ses propres convictions et de sa connaîssance de la Haute-Savoie. Pour autant, estimer que la venue d’un seul Radical valoisien aura des conséquences sur l’orientation des choix politiques de la future problable majorité de gauche, c’est au mieux se faire peur pour pas grand chose, c’est au pire faire de tous les autres colisiters porteurs d’un programme de gauche, des faire-valoir…
    Je serais très curieux par ailleurs de savoir si Nelly Morisot aurait quitté le PS, dans les années 80, au prétexte que François Mitterrand avait accueilli, comme ministre, un élu majeur de droite, en la personne de Jean-Pierre Soisson.
    PS : J’invite amicalement Romain Blachier dont l’esprit est plutôt vif à renouveler sa perception des « petits » partis, qui me semblent concourir à la diversité politique, et méritent donc surement mieux que le qualificatif de groupusculaire.

  7. romain blachier

    @cédric rousset: cher ami, ne prend pas une boutade de façon si ombrageuse, surtout de la part de quelqu’un qui fut des vôtres quelques mois il y a une quinzaine d’années et qui a des copains et des copines dans les deux partis radicaux. Et puis surtout avoue qu’une moitié du parti radical valoisien de rhone-alpes ça fait pas lourd (-;

  8. Nelly Morisot

    Je précise tout d’abord que les démissionnaires n’ont pas quitté le PS mais la liste de Jean-Jack Queyranne. La démarche est tout à fait différente. Je reste donc plus que jamais adhérente du PS.
    J’ai quitté la liste parce qu’à titre personnel, je désapprouve complètement la stratégie, et que je pense qu’être candidat est un vrai engagement. Se présenter contre ses convictions? Se présenter dans le cadre d’une stratégie que l’on pense nocive tant pour son parti que pour son territoire? Très peu pour moi.
    Concernant Mitterrand: j’ai beau être de tradition mitterrandienne, je n’approuve pas tout. Aurais-je eu le courage de m’y opposer à l’époque? Je n’en sais rien. Aurais-je été en désaccord? Sûrement. L’exemple de Jean-Pierre Soisson n’est-il pas un repoussoir pour l’ouverture (il y a mieux comme conversion à la gauche, non?).

  9. Cédric Rousset

    Cher ami,
    Point d’ombrage dans ma défense des « petits » partis ! Juste l’envie d’une… juste reconnaissance. Pour la confidence, tu avoues avoir été des Radicaux fut un temps, cela nous rapproche un peu puisque je fus du PS, plusieurs années durant.

  10. jerome manin

    Et vous n’avez même pas honte !

  11. David

    Manin qui a décidé de ne plus poster sur le site de Lyon Cap continue de le faire sur le blog de son ami Blachier 🙂

  12. Jérôme

    Merci Romain de participer activement par la diffusion de cette interview à la dénonciation de « la méthode Queyranne » faite d’opportunisme purement électoraliste.
    Voteras-tu pour cette liste ou rejoindras-tu Europe Ecologie au premier (voire au second!) tour?

  13. @jerome: au fait c’est quand qu’on voit un début de proposition pour la région chez Françoise Grossetête? Parce que dire que les autres sont méchants ou proposer de truquer des marchés publics devant des centaines de personnes c’est une chose mais on aimerait savoir ce qu’elle veut pour la région ?

  14. Ah, le PS, le PS…
    Mais bon les radicaux font rire aussi, même s’ils peuvent avoir une pensée originale, la structuration politique ne suit pas. Ou plutôt elle suit trop.

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