Pain, vin et Christianisme

Cela faisait quelques temps que je n’avais pas fait un petit billet de théologie en amateur.

La communion autour du pain et du vin (ou plutôt du jus de raisin pour ne pas indisposer les personnes n’ayant pas envie de boire d’alcool) avec les autres paroissiens de l’Eglise Réformée de la rue Bancel ce dimanche m’a rappelé que je souhaitait faire un billet sur le sujet présent depuis une conversation sur un autre blog qui, comme moi, s’intéresse entre autres à la chose religieuse.

L’un des gestes les plus connus des cultes chrétiens est sans nul doute ce que les protestants nomment "Sainte-Céne", les catholiques  "eucharistie",  les orthodoxes "divine liturgie, à savoir le partage du partage du fruit de la vigne et de celui du blé par l’assemblée des croyants.

La chose nourrit dans les premiers temps les accusations les plus fantaisistes à l’encontre des partisans du christianisme.

Elle a aussi provoqué de gros débats au sein des chrétiens.

Ainsi le pasteur Guillaume, dans le dictionnaire philosophique de Voltaire écrit dans la seconde moitié du XVIIIe siècle:"Leur horreur (Celle des protestants) augmente, quand on leur dit qu’on voit tous les jours, dans les pays catholiques, des prêtres, des moines qui, sortant d’un lit incestueux, et n’ayant pas encore lavé leurs mains souillées d’impuretés, vont faire des dieux par centaines, mangent et boivent leur dieu, chient et pissent leur dieu. "

L’origine du rite est connue par la Bible: "Ensuite il prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant: Ceci est mon corps, qui est donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi. Il prit de même la coupe, après le souper, et la leur donna, en disant: Cette coupe est la nouvelle alliance en mon sang, qui est répandu pour vous. " (Luc 22/19-22/20)

Il est à noter que le fait n’est évoqué que dans trois des quatre évangiles.En effet, le récit de Jean, le seul dans lequel Judas ne participe pas à l’ensemble du repas, ne comporte pas de mention de telles paroles et de tels gestes.

Les premiers chrétiens, soucieux de suivre à la lettre le précepte "Vous ferez cela en mémoire de moi" pratiquèrent trés vite le partage du pain et du vin.

La chose allait être d’ailleurs déformée par les autorités romaines puisque les partisans de Jésus seront trés vite accusés de boire du sang humain afin de détourner les citoyens de l’empire de cette religion, dont le pouvoir subversif inquiétait l’empereur…

Pendant longtemps, il sera professé, sans que la doctrine de l’Eglise Catholique soit précisée complètement en la matière que lorsque le vin et le pain sont bénis par le prêtre avant d’être donnés aux fidèles, leur espèce (leur apparence) ne change pas mais leur nature (substance) oui.

Ce produit de la vigne et ce produit de la terre constituent à ce moment présence réelle du christ dans ses aliments, qui donc changent de nature.Cette doctrine, qui ne se nomme pas encore transsubstantiation est établie dans ses fondements en 1215 au quatrième concile du Latran.Les orthodoxes partagent cette position.

L’apparition du protestantisme va bouleverser cet état de fait.Le moine rebelle Luther, père du protestantisme,  s’intéressera à la question ,avec  les autres réformateurs…

Et leurs réponses seront diverses!

Tous ne sont pas aussi directs comme le pasteur cité plus haut qui  dira aussi dans le même article "Les protestants, et surtout les philosophes protestants, regardent la transsubstantiation comme le dernier terme de l’impudence des moines, et de l’imbécillité des laïques. Ils ne gardent aucune mesure sur cette croyance qu’ils appellent monstrueuse; ils ne pensent pas même qu’il y ait un seul homme de bon sens qui, après avoir réfléchi, ait pu l’embrasser sérieusement. Elle est, disent-ils, si absurde, si contraire à toutes les lois de la physique, si contradictoire, que Dieu même ne pourrait pas faire cette opération, parce que c’est en effet anéantir Dieu que de supposer qu’il fait les contradictoires. " .

Luther adoptera une doctrine parfois dénommée consubstantiation dans La Captivité babylonnienne de l’Église (1520).Pour résumer le pain et le vin contiennent bien le corps et le sang du Christ mais seulement pendant le sacrement et grace au sacrement.Aprés ils retournent à l’état de pain et de vin normal.

Calvin estimera que le Christ est présent pendant la Sainte-Céne par l’esprit et non la matière, qui ne fait que nourrir le corps.

Zwingli estimera que la Sainte-Céne est une commémoration symbolique, une manière pour chaque croyant de se souvenir de Jésus sans qu’il ait sa présence au cours de l’eucharistie.

Les anglicans au début sont sur la position de la transsubstantiation puis plus tard connaitront des  débats à ce sujet sans que la chose soit sujet de sérieuses discordes.

L’Eglise catholique, elle précisera sa doctrine au concile de Trente, tenu en grande partie pour contrer le protestantisme naissant et réaffirmera la transsubstantiation, utilisant d’ailleurs pour la première fois ce mot.

Le protestantisme populaire français oscillera très souvent entre les positions de Zwingli et Calvin.Considérer que la matière contient ou est Dieu, n’était-ce pas une forme d’idolâtrie?N’était-ce pas se tourner vers le matériel plutôt que l’esprit ?

Nombre de chrétiens de toutes obédiences considèrent, aujourd’hui encore plus qu’hier que le pain et le vin ne sont là que pour représenter une symbolique et que si l’Esprit-Saint se manifeste, ce n’est pas forcément par la transformation de la substance des objets

Certaines églises ne pratiquent d’ailleurs pas la Sainte-Céne.Ainsi en est-il par exemple des Pentecotistes des Assemblées de DIeu (du moins à Lyon) ou de certaines églises réformées américaines dans lequel s’est rendu récemment mon pasteur où la chose est optionnelle ou non proposée.

Dernier point de différences:La communion sous une ou deux espèces, plus rituelle que théologique aujourd’hui…

Pour faire court, certains communient avec le pain et le vin, d’autres avec le seul pain.

Les prêtres orthodoxes (Dont les russes qui se sont remis depuis la chute du mur de Berlin à commander du Cahors, très utilisé pour leurs rites) et les gallicans trempent le pain dans le vin et le donnent aux fidéles.

Les catholiques, qui ont remplacé le pain par de symboliques hosties, ne pratiquent presque jamais la chose alors que des conciles comme celui de Rouen (650) ont pourtant établi  le rite sous la communion des deux espéces mélées.Mais le Concile de Constance supprima le vin en 1415, celui-ci n’étant presque plus en usage depuis le 12e siécle pour éviter l’ivrognerie à la messe ce qui permet de penser que les quantités servies étaient généreuses…

La chose est toutefois possible aujourd’hui suite à Vatican II, un document de 1970 l’autorise dans " les cas où les fidèles peuvent en retirer un avantage spirituel, qu’il s’agisse de circonstances particulièrement importantes dans la vie chrétienne d’une famille ou d’un groupe, qu’il s’agisse de jours plus marquants de l’année liturgique, qu’il s’agisse enfin de personnes que l’on sait aptes à en profiter".

Les protestants, dans certains cultes (environ une fois par mois et pour les occasions spéciales) partagent une corbeille de pain et du vin,faisant ainsi une communion sous les deux espéces séparées, comme pratiquée lors du dernier repas du Christ puisque données en deux temps aux disciples. les paroissiens sont libres de plonger leur pain dans le vin s’ils le souhaitent.

Beaucoup d’ailleurs ne le font que par souci de ne pas tremper les lèvres dans le même gobelet que les autres paroissiens!

4 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

Time limit is exhausted. Please reload CAPTCHA.

  1. Olivier Raoul-Duval

    C’est intéressant, un peu polémique avec nos frères cathliques.
    Juste un complément : Paul dans la première lettre aux Corinthiens, chapitre 11, parle aussi de la cène. C’est intéressant, car il montre que la
    communauté de Corinthe la partageait la pendant un repas, mais que des membres avaient tendance à la prendre ivre. A rapprocher de la citation du
    pasteur Guillaume que tu donnes.

  2. Intéressante information sur la Cène et ses dérives. Moi, vieux protestant (quand je regarde mes ancêtres, j’en trouve tout de suite à l’époque de Calvin), je fus choqué quand j’ai découvert, il y a quelques années, que les curés utilisaient du vin blanc, pour éviter de tâcher leurs aubes : pour moi, le vin est le symbole du sang, et donc ne peut être que rouge. Je n’ai pas cette culture de la transsubtentation qui veut croire en la présence du corps du Christ dans le pain et le vin.

  3. Matthieu

    Salut romain …
    J’ai retrouvé un peu par hasard la trace de ton blog! Ravi d’y voir qu’un bon vieux parpaillot sévit encore sur la toile …
    Sur la Cène, deux remarques:
    – Le jus de raisin à la place du vin … J’ignorais que cela se pratiquait à l’église Réformée. J’ai découvert cette pratique dans une église baptiste et à vrai dire ça m’a un peu indisposé. Non pas que je sois un ivrogne, mais l’usage du vin me semble porter une symbolique plus forte.
    – Le vin blanc: Il me semble que nos amis luthériens (en tous cas ceux qui sont fonctionnaires de l’autre coté des Vosges) l’utilisent régulièrement …
    Voilà pour ces quelques considérations … En tous cas, je ne manquerai pas de revenir sur ce blog ! 🙂
    Matthieu

  4. Rétrolien: Communier ou l’eucharistie: comment ça marche | Romain Blachier

Follow

Get every new post delivered to your Inbox

Join other followers