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Ce que PODEMOS peut apprendre à la gauche française

Depuis l’annonce des excellents résultats de Podemos aux élections générales espagnoles, les différentes sensibilités de la gauche radicale française et de l’aile frondeuse du PS sont ravies. Et voient cela comme la validation de leurs positions politiques. Ce qui est un vrai contresens quand on sait quelle a été la stratégie du PSOE et celle de PODEMOS.
Le député socialiste frondeur Pascal Cherki  trouve que le succès des amis de Pablo Iglésias est une leçon à méditer pour le PS. De son côté, un autre parlementaire socialiste de la même sensibilité, Pouria Amirshahi, a appelé à la création d’un PODEMOS français. Par ailleurs le journal communiste l’Humanité est  et des personnalités du Front de Gauche se réjouissent du bon score du parti anti-austérité.

C’est pourtant de l’échec de la stratégie des uns et des autres que se nourrit la reussite de PODEMOS.

Un PSOE qui n’a pas bénéficié de son glissement à gauche

SI PODEMOS attire d’anciens abstentionnistes et même quelques anciens électeurs de droite votent pour le parti de Pablo Iglesias, si la gauche radicale tourne aussi son bulletin de vote vers ce parti là, c’est beaucoup dans une part de l’électorat socialiste que se trouvent les bulletins qui expliquent le succès de cette formation.

Du coup le PSOE s’est aussi repositionné sur la gauche, abordant des thématiques proches de PODEMOS sur la dette ou les services publics.  Ceci d’ailleurs au moment où d’ailleurs l’organisation de Iglesias mettait de l’eau dans son vin pour élargir son audience, tirant souvent vers la sociale-démocratie nordique. Un chassé-croisé.

A la fin le résultat est là. Ce virage à gauche du PSOE n’a pas du tout profité aux socialistes. N’en déplaise aux frondeurs français…Désormais le mouvement socialiste espagnol dispose de son plus petit groupe parlementaire de l’histoire contemporaine.

Le phénomène PODEMOS peut par contre servir de leçons pour les socialistes français en général : la bataille des idées n’est plus un terrain à abandonner. Ce qui est hélas trop souvent le cas dans une organisation où le fond idéologique n’est plus valorisé. De même que le combat politique dans le champ numérique, une autre spécialité de PODEMOS, est trop négligé par le PS français. Et pris très au sérieux en Espagne.

Un succès qui va à l’encontre des pratiques de la gauche radicale française

Au lieu de se réjouir, la gauche radicale française, qu’elle soit communiste, ou mélenchoniste, devrait tirer des leçons fortes et se remettre en cause.
Si PODEMOS se situe au niveau européen dans le même groupe parlementaire que Pierre Laurent (le chef du PCF) ou Jean-Luc Mélenchon (le chef du PG), tous deux membres du Front de Gauche, c’est sur la critique des stratégies classiques de la gauche radicale que s’est construit le succès de l’organisation. C’est d’ailleurs même l’une des raisons principale de la création de ce parti il n’y même pas deux ans.

Il existe un équivalent au Front de Gauche en Espagne, avec les mêmes références, pratiques et idéologies. Mais ce parti n’est pas l’organisation de Iglesias. L’équivalent du FG c’est Izquierda Unida (IU). Ce parti, qui comporte des organisations parfois anciennes envoie seulement 2 députés à l’assemblée contre 69 pour le tout jeune PODEMOS.  Et, tout comme le Front de Gauche aux régionales française, IU s’est effondré au dernier scrutin.

Alors que Mélenchon proclame de partout son appartenance à un camp bien précis, la gauche, sans forcément lui donner un contenu ou rendre compréhensible pour le citoyen non politisé, au point de nommer son parti le parti de GAUCHE, PODEMOS refuse de son côté de se laisser classer sur un clivage entre droite et gauche. Parce qu’il considère que les étiquettes sont insuffisantes et peu rassembleuses pour définir un projet. Que l’objectif n’est pas la pureté idéologique doctrinale mais la conquête du pouvoir pour transformer les choses. C’’est d’ailleurs clairement que qu’explique Pablo Iglesias dans Les Leçons Politiques de Game of Throne. Rien ne sert d’avoir raison seul dans sa chambre. Cela ne fait que favoriser l’adversaire. Celui qui, lui, peut exercer le pouvoir.

C’est là aussi d’ailleurs sur le fond que PODEMOS est très distinct de la gauche radicale traditionnelle, notamment française : il n’hésite pas à intégrer de nombreuses idées politiques de la gauche sociale-démocrate pour parler de gestion pragmatique. Là où le Parti de Gauche passe l’essentiel de son temps à taper sur les socialistes.

De même, alors que le Front de Gauche est un structure où la tradition historique et la référence au passé sont légions, PODEMOS cherche à casser les codes habituels. Si Iglesias rappelle dans ses ouvrages que les luttes d’avant sont importantes pour comprendre celles d’aujourd’hui, il se moque aussi des militants qui pensent que se promener avec un drapeau rouge en manifestation est le summum du rebelle révolutionnaire.
Le chef de PODEMOS trouve même qu’en adoptant ce type de posture, les militants concernés aident les dominants à les caricaturer. A conserver leur domination.

C’est aussi pour cela que le langage utilisé par le parti anti-austérité est volontairement travaillé pour être plus compréhensible par tous.  Par exemple il ne disent pas « le prolétariat contre la classe bourgeoise » comme on peut l’entendre chez Izquierda Unida mais plutôt un plus accessible « le peuple contre la caste ».
Dans la même optique de sortir des carcans habituels, et la chose n’est pas anecdotique, la couleur symbole de l’organisation n’est pas le rouge ou même le vert mais un bien moins connoté violet.

Un renouveau politique qui n’existe pas en France

Autre point qui différencie la gauche radicale française et PODEMOS, c’est aussi la question du renouvellement. Ce n’est faire injure ni à Pierre Laurent ni à Jean-Luc Mélenchon ni à Christian Paul que de dire qu’il ne font pas de la politique depuis hier matin. Qu’ils sont des notables politiques nationaux.

Et ce renouvellement des têtes qui est aussi un avantage pour le parti. Certes la gauche radicale française est bien loin d’être la seule dans notre pays à connaitre ce problème. Mais en bousculant les générations, Iglesias et Ejerron ( 32 ans) ont donné un avantage à leur parti. Qui ont contraint les autres à s’adapter avec pour le PSOE la désignation d’un leader quadragénaire Pedro Sánchez Pérez‑Castejón. Une question d’âge qui a également préoccupé d’autres partis en concurrence, de la gauche communisante au centre libéral.

Alors qu’en France nous en sommes à commenter les come-backs de Juppé et Tapie. Et que le renouvellement c’est, au sein de la gauche radicale comme ailleurs, rarement maintenant.

7 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Amusant de voir ici une photo d’une partie des représentants de l’aile gauche du Parti Socialiste que la presse à surnommé « les frondeurs » illustrant ce billet centré uniquement sur le Front de gauche.
    Les uns animent un débat d’idées au sein du PS et ils ne l’abandonnent pas loin s’en faut, Les autres, surtout le PG ont une posture proche de l’anticapitalisme chère à LO et au NPA.

    • ton commentaire montre que tu n’as pas lu le billet. Qui évoque aussi les frondeurs. Justement;

  2. Julien Roussely

    La chose qui me dérange dans le parti de Podémos est que j’ai l’impression qu’il ne c’est fait élire que par forme : chômage, austérité et besoin d’un « renouveau politique » de la population espagnol. Je trouves ça très dangereux que en démocratie, des parties (qu’elle qu’ils soient) se fasse élire sur autre chose qu’un programme. Et n’oublions pas que aucun parti n’a encore la majorité en Espagne, donc leur gouvernement est pour l’instant très instable.

  3. Ce ne sera pas un commentaire très constructif, mais je partage le point de vue de ce billet.

  4. Le chômage est difficile voire impossible à éradiquer donc, je pense que les politiciens doit omettre leur promesse tout en proposant uniquement des solutions évolutives et non des promesses qui ne tiennent pas debout.

  5. Margaux

    Je suis d’accord sur le fond du billet. J’admire le renouvellement politique en Espagne. Peut-on mettre des quotas sur les listes pour imposer des jeunes ? Nous devons forcer le renouvellement politique. Le discours de Pablo Iglésias qui enlève tous le carcan idéologique marxiste me convient car la notion de « pueblo » (« peuble ») est plus généraliste que « prolétaire ». J’adhère à la théorie des 99 % contre les 1% d’Occupy Wall-Street car cela parle aux gens et c’est concret et facile à expliquer.

    • C’est quoi un jeune? Et pourquoi forcément un quota? Il y a d’ailleurs officieusement des quotas. Mais puisque nous sommes; toi et moi, dans une section socialiste qui dispose d’élus plus jeunes que la moyenne du parti, faut-il instaurer des quotas de vieux ?

      Le souci c’est surtout l’absence générale de renouvellement, le fait que la valorisation des divers talents ne se fait pas. Mais, alors que nous avons depuis prés de vingt ans des quotas obligatoires de femmes, des quotas officieux de minorités, on est pourtant encore prisonniers niveau renouvellement. Aussi parce que ces quotas ont souvent été utilisés en dépit du renouvellement.

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