#Directan et le mariage pour tous : Enfin une série télévisée française politique réussie !

directanLa France n’a jamais réussi de série télévisé politique, contrairement au Danemark avec Borgen, aux USA avec The West Wing et en UK avec le hélas jamais traduit ni sous-titré The Thick of It.  Timidité, manque de moyens, de courage, de talent, nous avons du nous contenter de produits fort peu comestibles comme le très dispensable et terriblement apolitique l’Etat de Grâce dont la seule évocation étreint mon âme d’une nappe d’ennui navré.

Il semble pourtant que la malédiction du genre soit levée depuis quelques jours puisque c’est un feuilleton, suivi jusqu’au aurores par les aficionados, qui se déroule dans le drame et la passion sur nos écrans.  Comme le dit Mathieu Deslandes, nous sommes en effet tous accros au direct de l’assemblée nationale, qu’il soit diffusé sur la chaine parlementaire, qui a mis en place un espace dédié sur son site, sur LCP 24/24 ou via le portail de l’Assemblée Nationale.

Il y a les bons, les brutes, les truands, les bassesses et les grandeurs. On y joue ici une pièce de théâtre, toute à la fois comédie, drame ou tragédie au fur et à mesure des arguments, des ironies, des férocités, des montées de flamme.

Série moderne, le débat autour du mariage pour tous rentre pleinement dans une grande tendance affirmée depuis plus d’un an: le second screen, dont il a d’ailleurs été beaucoup question au dernier salon E-Marketing 2013.

Députés et spectateurs agissent et interagissent sur leurs ordinateurs, tablettes et smartphones sur Twitter, créant un dialogue et une dialectique relativement inédite puisque les députés répondent et dialoguent en direct sur ce qui se passe.

Certes la chose n’est si nouvelle mais c’est la toute première fois que le réseau à l’oiseau bleu s’invite dans les débats parlementaires, amenant à des discussions parallèles en plus de celles qui se tiennent dans l’hémicycle, avec, comme dans une compétition sportive, un public vituel qui siffle ou encourage depuis son écran. Au point qu’un député UMP veut déjà interdire tout cela.

Il faut dire que la nouvelle génération de députés de gauche entrée au Palais Bourbon est bien plus connectée que les autres et est en pointe dans les débats sur le mariage pour tous à l’instar du député Yann Galut. La longueur des débats est elle aussi un facilitateur d’usage.

Quand aux spectateurs, de véritables tribus se retrouvent à toutes les heures, avec ses codes et ses habitués, à commencer par le célèbre Maitre Eolas, autour du hastag #directan. Il y aurait les « méchants »: Jacob, Mariton qui paradoxalement est en train de gagner une forme de sympathie moqueuse par ses incessants rappels au réglement, Le Fur et sa brutalité.. Il y a aussi « chouchous » du public: Taubira, porteuse de la loi, chez certains, dont le courage et l’énergie face aux coups est admiré, Erwann Binet, le rapporteur du texte, constant dans le calme, Urvoas, salué sur twitter pour son esprit et ses contre-attaques.

Partisan moi? Pas seulement. La vision des uns et des autres donnée sur twitter pendant les débats est favorable à la gauche.

Elle provient du fait que chez les aficionados du débat parlementaire, les opposants aux projet, pourtant officiellement demandeurs de débats, y sont très peu représentés….Serait-il possible conclure à une forme de tartufferie  au milieu de ce spectacle où la Ministre Bertinotti cite Molière ? Sans doute pour une part.

Avec son mélange de violence symbolique, ses envolées lyriques, son côté supporter (certains députés remerciant d’ailleurs ceux qui les encouragent au bout du tweet et de la nuit) , son côté interactif moins coûteux et plus poussé qu’un vote par texto surtaxé chez The Voice, le débat sur le mariage pour tous a tout les éléments d’une réussite télévisuelle.

Qui, paradoxalement, manquera aux accros quand elle s’arrêtera le 12 février prochain sans que ceci réclament pour autant une seconde saison.

17 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Gabilan

    Pour qu’un « débat » est lieu (il s’agit de notre sujet de conversation depuis hier), je crois qu’il faut réunir deux conditions : une question clairement posée, et des interlocuteurs de bonne foi.
    Ca n’est à l’évidence pas le cas dans l’hémicycle que tu décries si bien, avec un certain cynisme. Mais Romain, es-tu spectateur ou acteur de cette si jouissive comédie ?
    J’ai cru comprendre que tu étais toi-même élu, si ce n’est sympathisant fortement engagé. Tu as donc évidemment été amené à voter, voire travailler, pour des individus se présentant aux citoyens en usant de slogans – depuis que Séguéla est passé par là, c’est le cas de tous : « La Force Tranquille », « Désir d’Avenir », « Un président normal », « Ensemble tout est possible », « La France aux Français »… Des individus s’adressant à nos pulsions et non à notre raison. Des individus anti-démocrates, bien incapables de débattre honnêtement.
    Afin que tu utilises correctement le mot débat, je t’invite à relire Platon et sa maïeutique.
    Et afin que tu te refasses une idée de ce que peut être une démocratie, je t’invite à relire « Le Contrat Social » de Rousseau, ouvrage qui te fera réfléchir aussi à l’anti-démocratisme des partis (quels qu’ils soient).
    Cela dit, je te félicite, être un homme politique dans la France actuelle est un bon job : on n’est jamais viré. Surtout au PS.

    • Bonjour,

      Pour mes engagements, qui sont publics, un simple léger effort de lire ma bio sur ce blog ou un autre support (par exemple mon blog d’élu) te renseignera sur mes engagements au PS (et en tant qu’élu local mais c’est le sujet de mon autre blog). Ce qui ne m’empêche pas d’avoir un avis non?

      Une discussion depuis des mois, des manifs, un débat parlementaire qui dure depuis une semaine et qui va se prolonger jusqu’au, je ne sais pas comment cela se nomme si ce n’est un débat…après on peut toujours tout nier mais…

      Bien à toi

      • Gabilan

        Une discussion ? Je viens d’en avoir une avec mon chat; des manifs ? J’en organise une prochainement pour l’égalité à l’accès aux toilettes pour tous; une comédie parlementaire qui s’éternise ? Elle nous amuse quotidiennement sur LCP. Cela n’est pas un débat. Un débat, c’est un dialogue autour d’un sujet défini dont on discute entre honnêtes gens. Tout le reste est bavardage.
        Une fois encore, relis tes classiques : Platon, Descartes, Kant…

        Sur ton investissement public, je ne me fais aucun soucis : tu le transpires. Et ton investissement public fait plaisir à voir. C’est ton kif et ça se voit.

        En revanche, quel est ton avis, ton opinion véritable, sur ces sujets de sociétés qui nous dépassent souvent: que signifie pour toi le mot mariage ? En quoi le différencies-tu du mot union ? (Attention, pas de méprise : je suis pour le mariage pour tous ceux que ça amuse. Même si personnellement je n’aime ni les limousines allongées ni les klaxons.)

        Autre sujet : qu’est-ce que le communautarisme ? Une ghettoïsation, un replis culturel, ou un retour aux sources indispensable à l’essor des personnes concernées ?

        Y-a-t-il une réponse socialiste à ces questions ? Pouvez-vous y répondre en groupe, d’une seule voix ?

        Bien sûr que non. Porter une rose à l’envers de son veston ne suffit pas à avoir raison.

        Sans débat véritable, la politique est vouée à l’échec. Et un débat, ce n’est ni une discussion, ni une manifestation, ni des a priori que l’on défend en gesticulant au parlement. Un débat, c’est un dialogue au sens platonicien qui réclame réflexion, retour sur soi, reniement parfois, et me semble incompatible avec un engagement partisan.

        • Romain Blachier

          Pour ma part je suis marié. Et mon opinion c’est que ceux qui veulent le faire doivent pouvoir le faire…c’est pas compliqué.

          Quand au débat il ne suffit pas de dire qu’il n’a pas lieu pour que ce soit vrai. Que ce soit en relisant Mass Hystéria ou Kant…

          • Gabilan

            Si cela peut faire avancer le « débat », un texte que vient d’écrire mon papa :

            Marchandisation du corps des femmes
            L’expérience française des nourrices des XVIIIè – XIXèmes siècles
            J.C Gabilan
            Pr. De Pédiatrie Néonatale

            Le concept de grossesse pour autrui ou de mère porteuse est à l’origine de nombreuses polémiques actuelles. Le fait que la mère porteuse fournisse son utérus pour la gestation d’un nouveau né qui sera considéré ultérieurement comme l’enfant d’un couple étranger est l’objet de vives réserves éthiques : il s’agirait d’une marchandisation avec dédommagement financier de l’organe reproducteur du corps féminin : l’utérus.
            Bien que le rapprochement puisse de prime abord choquer – et c’est sans doute pour cela qu’il n’a pas été fait jusque-là à ma connaissance – il existe une situation ancienne banalisée de marchandisation du corps de la femme, la marchandisation d’un autre organe reproducteur : les glandes mammaires.

            La pratique, pour un couple de louer une femme « en lait » comme nourrice est ancienne : elle a pris en France, et en particulier à Paris, aux XVIIIè –XIXèmes siècles, une particulière extension. Les femmes riches, aristocrates ou bourgeoises, n’acceptant pas les contraintes de l’allaitement et de l’élevage d’un nouvel enfant qui contrarierait leur vie mondaine, avaient recours à de jeunes mères qui étaient « en lait » : elles venaient habiter chez elles, souvent dans un hôtel particulier. Elles étaient originaires de campagnes pauvres ; pour la région parisienne, elles étaient plus particulièrement recrutées dans une partie de la Bourgogne, entre autre le Morvan. La jeune mère qui quittait son village confiait son enfant non encore sevré à une autre femme « en lait », sœur, belle- sœur, parente, voisine, amie qui demeurait au pays alors qu’elle s’en allait en ville « porter son lait à un nourrin » .Au bout de deux longues années d’absence, quelque fois plus, quelque fois moins, celles qui étaient parties comme « nourrices sur lieu », s’en revenaient au village pour faire leur second enfant qu’elles nourrissaient en même temps que le nouveau né de celle qui avait nourri leur premier et qui partirait à son tour. Cette pratique représentait les conditions idéales. Sinon le nourrisson restant était pris en charge par « une nourrice sèche » et était allaité tant bien que mal avec du lait de chèvre , des bouillies …
            Des femmes d’âge respectable prospectaient les campagnes, allaient rendre visite aux jeunes épouses , aux filles mères et montaient à Paris pour prendre contact avec les familles intéressées : elles concluaient les contrats et organisaient les convois qui devaient mener « les bourguignotes » à Paris . Ces « recommanderesses » avaient pour rôle non seulement de recruter mais aussi de loger transitoirement et de placer au mieux les nouvelles nourrices. De véritables transferts de femmes étaient ainsi effectués entre la Province de Bourgogne et Paris avec tous les aléas involontaires ou volontaires que l’on peut imaginer…
            Cela n’était pas sans inquiéter les autorités et en1865 les Drs Monot et Duché firent un rapport alarmant sur cette singulière industrie : entre 1858 et 1864 , en 7 années donc ,sur 2884 femmes morvandelles qui ont accouché, 1987 son parties à Paris nourrir sur lieu soit les deux tiers .Il n’est resté au pays que 987 mères élevant leur enfant. Des1897 enfants restés seuls , 449 succombèrent après le départ de leur mère .Le taux de mortalité infantile s’est ainsi élevé à 27% contre 16% pour la moyenne nationale à l’époque .Il faudra attendre 1874 pour qu’une loi concernant la protection des enfants du premier âge et des nourrices soit promulguée : entre autre les nourrices devaient avoir plus de 18 ans et moins de 40 ans…
            Aux hommes qui demandaient aux femmes de rester, il leur était répondu : « on resterait bien mais on fait comme les autres » .Si on insistait , elles expliquaient qu’elles apprendraient les bonnes manières pour tenir une maison , les règles d’hygiène pour élever les enfants ,et – surtout ! –qu’elles percevraient des salaires et gratifications sans commune mesure avec ce qu’elles pourraient gagner au pays : jusqu’à 80 francs or de gages par mois , logées, nourries, habillées…, ce qui était « plus qu’ un fonctionnaire… » .Qu’elles ne tarderaient pas à avoir « leur maison de lait debout » , que l’on n’avait qu’à aller voir du côté de Clamecy les belles bâtisses que se sont fait construire les nourrices sur lieu – et que tout cela ne regardait pas les maris !
            Et d’ailleurs les nourrices des maisons fortunées étaient souvent traitées « comme des dames » : logement et nourriture de faveur, belles robes uniformes, souvent services de la bonne. Elles devaient avoir le sentiment de jouer un rôle flatteur en allant aider ou remplacer une mère défaillante auprès d’un « paur petiot parigot ».
            De cette industrie des nourrices il reste une berceuse recueillie il y a quelques décennies dans la région de Saint Brisson et que les femmes en lait n’ont pas manqué de chanter mêlant patois et français citadin, exprimant à travers leur propre vocable d’émouvants sentiments de lucide générosité :

            Dreumez , treu ben , mon biau Jésus !
            Voici mon sein plein de lolo.
            Peurnez, beuvez , dansez dessus, Faites dodo !
            Soingez quanque vous serez puissant,
            Qui vous nourris, faible ignochant .
            A vous mai vie , à vous mon sang,
            mangez moi , mon mossieu , mon maite,
            quoique vos fias , i seu vot mère.
            Pendiment que mon paur ptit gars
            Boit du lait de bique , là bas…
            Deurmez , tra bien , mon biau Jésus,
            Voiqui mon sein pien de lolo
            Peurnez , beuvez , jaupillez d’su.
            Faites dodo

            D’après les articles de Pascal Dible ethnologue.

  2. Rétrolien: #Directan et le mariage pour tous : Enfin une série télévisée française politique réussie ! | Le Portail de la Gauche Populaire

  3. Romain Blachier

    Merci pour le texte mais il n’a rien à voir avec le débat actuel qui ne porte ni sur la gpa ni sur la pma, sujets qui seront discutés dans le cadre futur d’une loi sur la famille.

    • Gabilan

      Le débat actuel porte sur le mariage, donc sur la filiation. Il eut fallut alors commencer par un débat sur la famille, avant d’aborder celui sur le mariage. Cela va de soit.
      Vous jouez en ce moment à l’assemblée, de part et d’autre, une partie de poker menteur, comme souvent.
      Si tu as déjà fait une dissertation, tu sais bien que l’essentiel de la réflexion commence par la compréhension de la question.
      On ne peut évoquer la notion de mariage sans aborder celle de la famille. Remettre cette réflexion à plus tard est au mieux une réaction de cancre ou d’abruti (ce que tu n’es pas), au pire celle d’une personne de mauvaise foi.

      • Romain Blachier

        « Abruti, mauvaise, foi, j’en ai parlé à mon chat, égalité devant l’accès aux toilettes » tes propos sont fleuris…

        La filiation est abordée (adoptions, enfants eux de couples précédents etc…), pas la GPA ou la PMA qui seront abordées plus tard.
        La PMA et la GPA d’ailleurs ne concernent pas que le personnes de même sexe.Et il peut y avoir filiation sans GPA ou PMA…c’est même le cas de près de 99% de l’humanité tu sais.

        • Gabilan

          Merci Romain, sur la fleuritude de mes propos, je le prends comme un compliment.
          Pour le reste tu te défausses et ne réponds à aucunes des questions posées. Tu es marrant, je t’aime bien.

          • Tu tombes dans la rhétorique c’est dommage. Quand à ma réponse c’est la même depuis le début. Bref…

  4. Gabilan

    La rhétorique est l’art du discours et non de l’écrit. Décidément tu devrais revoir tes classiques.

    Comme tu te refuses à répondre aux questions posées, je te les repose :

    1/ Qu’est-ce que le mariage ?

    2/ Qu’est-ce qu’une union ?

    3/ Qu’est-ce qu’une filiation ?

    4/ Qu’est-ce qu’un débat ?

    J’attends avec impatience tes réponses, sans langue de bois cette fois-ci.

  5. Gabilan

    Tu as quatre heures. Nous n’avons pas été chez les jésuites pour rien.

  6. Romain Blachier

    La rhétorique est l’art du discours en général,verbal ou écrit.Et,par ailleurs, outre le fait que nous ne sommes pas dans une salle de classe, les trois premiers sont juridiquement très définis dans ce qui est un débat (que tu le veuille ou pas il y en a un) juridique et non une dissertation à faire sur un blog.Bref on tourne en rond.salut

    Ps jamais été chez les Jésuites

    • Gabilan

      Le discours est par définition verbal.
      Si tu as une définition précise du mariage, sans notion de père et mère ni de filiation (juridique ???), peux-tu m’en faire part, cela m’intéresse.
      Nous nous sommes rapprochés suite à un assez émouvant texte où tu évoquais tes années d’études chez les Pères (jésuites ou non ? peu importe).
      Nous ne tournons pas en rond mais avançons dans un débat que tu refuses car il t’échappe, prisonnier de la langue officielle du PS que tu es.

      Une fois de plus, ne prends pas mes propos comme une provocation, je t’aime bien. Ce pourrait même être un début d’amitié.

      Si un blog ne sert pas à cela, alors à quoi sert-il ?

      • Romain Blachier

        Tu devrais relire l’article dont tu parles il n’est nullement mention de péres et de jésuite.

        Le mariage c’est l’union entre deux êtres qui souhaitent le faire valider juridiquement et parfois spirituellement. Voilà tout ce que c’est en Droit, pour moi qui marie d’ailleurs régulièrement des gens. En découlent diverses obligations de communauté. Il n’y a pas de raison de réserver cela aux hétérosexuels seulement.

        Après sur mon mariage à moi ce n’est pas le sujet du billet.

        À bientôt

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