On the road again

Les vieux lecteurs de mon ancien blog se rappellent peut-être de mes longs développements sur les élections américaine de 2004, un sujet qui me passionne fortement.Trés intéressé par la politique US, j’observe également avec une attention grandissante cette édition, étant d’ailleurs assez heureusement surpris de voir l’engouement suscité par ce type d’évènement en France,pays où l’opinion est dans un rapport de fascination répulsion pour le pays de Bukowski, de Jim Harrison et de Britney Spears.

Il déjà est
difficile en l’absence de sortant d’y voir clair (Pour voir la liste des candidats à la primaire démocrate cliquez là, à la primaire républicaine cliquez là).En effet la présence d’un président sur la ligne de départ règle le probléme de la primaire de son parti et détermine
aussi partiellement le choix d’en face , soit en opposition complète (Kerry, Reagan) soit
en mimétisme afin d’avoir une chance de prendre une partie de
l’électorat à l’adversaire (Dole, Clinton).Là on est dans le changement
complet, dans le suspense, dans l’incertitude.Et le résultat des caucus de l’Iowa, si il apporte un peu de lumiére, n’explique pas la suite.

La politique US est trés sujette aux modes et au buzz ,plus encore
si c’était possible que la notre, et tant Huckabee que Obama, les vainqueurs du premier round ont la
côte actuellement médiatiquement et dans les sondages,même si on prêtait une certaine usure au second.Et puis l’Iowa n’est pas n’importe quel Etat.D’ailleurs le
"n’importe quel Etat" n’existe pas dans une nation aussi diverse.

L’Iowa est un état agricole et plutôt prospère en raison notamment
de subsides fédéraux importants
en matière agricole.Eh oui, qui se
risquerait à voter contre les aides aux fermiers qui s’expriment les
premiers dans les primaires et impulsent une dynamique ?

Les habitants, dont la devise est "Our liberties we prize and our rights we will maintain" (Nous aimons nos libertés et nous protègerons nos droits)  votent majoritairement démocrate. Les gouverneurs démocrates succèdent aux gouverneurs de la même couleur et la plupart des postes
sont occupés par des démocrates même si il y a eu une exception récente (Bush
devant Kerry en 2004).

Par ailleurs, seulement 234 000 personnes a peu prés ont participé au scrutin (deux fois plus certes qu’en 2004) car l’Etat est peu peuplé puisqu’il comprend 3 millions d’habitants.Le chiffre est bien moindre pour les caucuses républicains de l’Etat.Cette déformation quantitative dénoncée à juste titre par Jeff Greenfield dans Slate se double aussi de la problématique posée par le
mode de scrutin en Iowa.

En effet les candidats à la candidature sont désignés par des caucus et non des primaires.Un
caucus implique d’être inscrit comme sympathisant d’un parti, de se rendre dans un point de réunion, d’écouter des
discours, de se réunir en fonction de ses préférences et si on a
désigné un candidat qui ne réunit pas 15% des voix, de faire un second
choix pour un candidat plus important…

Bref autant dire qu’il faut des
électeurs autrement plus motivés et militants que pour prendre quelques minutes afin d’aller glisser un bulletin
dans l’urne comme cela est le cas dans les Etats qui pratiquent l’autre mode de scrutin interne, ce qu’on appelle les primaires, ouvertes à tous les électeurs qui le souhaitent et où l’on effectue un simple vote.

A ce jeu la victoire d’Huckabee ne me surprend pas.La
droite religieuse qu’il incarne est minoritaire dans le parti, encore
plus dans un Etat nordiste comme l’Iowa mais est composée d’activistes
trés motivés que le pasteur a sollicité en faisant campagne dans les
temples et les églises (les paroisses ne nient pas leur dimension
politique, démocrate ou républicaine).

Mais, même si les caucus favorisent les candidats bénéficiant de troupes motivées, être majoritaire dans un Etat modéré comme celui-ci
montre quelques capacités à rassembler plus large qu’on ne le dit.
Par ailleurs le
sud devrait lui être acquis, les autres candidats républicains
importants (Romney et Giuliani) étant typiquement des nordistes.

C’est
d’ailleurs ce qu’a compris Romney il me semble,
en radicalisant ses
positions en matière sociétale, lui qui est plutôt un club-house republican, plus
intéressé d’économie que de moeurs.Il n’a pas fait
recette dans un Etat qui n’aime pas ceux des
républicains qui sont trop ouvertement  attachés économiquement au big business pour eux.

De plus il est élu du
Massachussetts, un état qu’il a certes un temps été élu pour gouverner
(un exploit pour un républicain!) mais qui est considéré comme un
bastion de snobs intellos de gauche par la droite américaine.Et les
candidats aux présidentielles qui en sont issus (tous démocrates ou
presque, ce parti dominant la vie politique de cet Etat) ont fait de
mauvais scores.Un certain John Kerry, issu du coin ou encore plus le
catastrophique Dukakis, synonymes de souvenirs de défaites cuisantes,
en savent quelque chose. Mais Romney pourrait à terme, si il se calme
un temps sur la morale et si celui-ci se retire à temps, bénéficier des
voix du républicain-libertarien Ron Paul.Et puis je ne suis pas sur que
le foi mormone de l’ancien gouverneur du Massachussetts soit un si gros handicap que le disent les médias français.De toutes façon il ne
fait pas partie de ces élus pour lesquels les républicains religieux
votent, pas plus que ceux-ci n’aimaient Bush à qui ils préféraient Gary
Bauer  pendant les primaires 2000.Mais leur poids a sans doute grandi
depuis au sein du parti.Et enfin Romney bénéficiera sans doute d’un appui de l’etablishment républicain, qui fera tout pour faire perdre Huckabee.

McCain, qui est issu du sud, pourrait attaquer Huckabee sur ce terrain
mais il est tellement atypique et classé à gauche des républicains par les médias que je
le vois plutôt gratter des Etats démocrates qu’au sein de la bible belt même si il aura surement le Colorado de son côté également.Et
puis l’âge ne joue pas en sa faveur.Mais c’est le seul avec Romney (et peut-être Giuiani) a avoir vraiment la carrure présidentielle.Et puis c’est un héros de guerre et ce fois-ci c’est le seul dans ce cas au sein des primaires.Et quand on regarde de prés, son programme est plutôt plus conservateur que ce qu’il laisse paraitre, s’exprimant par exemple contre le droit pour les femmes d’avorter…

Giuliani, que certains donnent déjà fini pour ces primaires, pourrait se refaire.Son score dans l’Etat (3%) ne veut rien dire,
il n’y a pas fait campagne et attend, tapis d’autres moments pour émerger, en espérant que personne d’autre n’émerge avant….tout comme l’avait fait un certain Bill
Clinton en 1992, année victorieuse pour lui.Mais l’ancien président
avait alors pour lui la possibilité d’avoir quelques réserves dans le
sud…A voir, modéré et charismatique,ayant prouvé sa capacité à faire voter des indépendants et des démocrates en sa faveur, il pourrait être considéré comme
un bon pendant à opposer à Obama ou à l’autre élue New-Yorkaise de ces
primaires, Hillary Clinton.

Obama, côté démocrate justement, a gagné énormément de choses dans
ce caucus.Outre la victoire et les délégués, il a prouvé qu’il pouvait
battre Hillary Clinton chez les modérés, que sa couleur de peau n’était
pas un handicap pour que des blancs votent pour lui et d’avoir le
scrutin des ruraux.Cela pourrait entrainer ceux qui hésitaient à voter
pour lui ayant peur qu’un candidat noir ne fédère pas.

Sa forte popularité chez les jeunes et dans nombre d’associations ont structuré une forte représentation lors des caucus.Par ailleurs, le faible numériquement dans l’absolu, mais trés activiste groupe des supporters de  Kucinich ont apporté une force d’appoint au sénateur de l’Illinois lors de leur deuxième choix.

Ce soutien de la gauche démocrate à un candidat modéré provient entre autres du fait du fait qu’Obama a par ailleurs réussi à
pousser dans les esprits Hillary Clinton sur la droite du parti, un positionnement qui
est nuisible en primaires (Lieberman en sait quelque chose).

Dans le parti de Kennedy  c’est traditionnellement un candidat plutôt modéré qui emporte la primaire (exception faite de 1988) mais il n’est en général pas pioché non plus parmi les plus proches des thèses républicaines.

Obama incarne cette modération, tout comme Hillary, mais sans justement avoir ce côté
trop "démocrat in name only" qui commence à peser sur l’ancienne première dame qui n’est pourtant pas une Blue Dog. Sa sensibilité la DLC, fondée entre autres par Bill Clinton se situe dans un champ qui permet de gagner des primaires mais il me semble que pour l’instant c’est Obama qui a pris la place du candidat alliant modération sans se marginaliser sur la droite.

Par ailleurs les électeurs sont gouvernés commencent à en avoir assez des
dynasties politiques.Il faut savoir qu’une élection d’Hillary amènerait
le pays à avoir été gouverné par seulement deux familles en une
vingtaine d’année:les Bush et les Clinton.Mais la sénatrice de New-York
a des moyens, une réputation sans nul doute méritée de compétence et pourra se refaire  à l’occasion des primaires
où la
dimension militante est moindre que dans les caucus, même si je crois
la prochaine étape,le New Hampshire, sera bien plus accessible à Obama et moins gagné d’avance pour Madame Clinton
qu’on ne le dit.
Et le Michigan qui se profile après me semble facile pour
le sénateur.

Edwards, qui aurait pu gagner la présidentielle si le ticket avait
été inversé en 2004 (Edwards-Kerry au lieu de Kerry-Edwards) me semble
peu a même d’être déterminant.Ses voix dans le sud, sur lequel il joue
depuis toujours, sont largement surestimées me semble-t-il.Tout juste
pourra-t-il accrocher quelque chose en tant que sudiste de
service.L’autre sudiste, Bill Richardson, gouverneur du
Nouveau-Mexique, celui qui avait tant surpris les associations gays en
déclarant que l’homosexualité était un choix, n’a aucune chance.En restera un spot politique rigolo plein d’auto-dérision où il joue un shérif.C’est déjà ça.

5 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Excellent article Romain sur ce sujet passionnant. J’ai vu que nous étions dans le groupe Obama sur facebook.
    As-tu lu l’excellent « De la beauté » de Zadie Smith ? (ça ne parle pas des élections mais de la société américaine et des rapports inter-etniques chez les snobs intellos de gauche de Boston)dans la collection « du monde entier » chez Gallimard, j’adore cette collection il y a vraiment des auteurs intéressants.
    Un détail : relis tes textes, il y a parfois des fautes de frappe qui nuisent à la compréhension surtout dans un texte aussi dense et aussi précis.
    à plus

  2. Huckabee est sans nul doute la suprise républicaine alors que tout le monde s’attendait à Giulani c’est là une belle surprise
    Obama gagne un état clef mais reste à savoir s’il va confirmer ?

  3. Jean-Pierre Vachon

    Je suis sceptique sur le cas Huckabee, trop fortement catégorique sur la religion, et peut-être trop réactionnaire.
    Le proclamer président ferait monter d’un cran la pression dans les milieux extremistes, d’un côté comme d’un autre. Est-ce le moment ?

  4. Waou : Bukowski, Jim Harrison et Britney Spears, ça c’est un résumé ! Bon, petite préférence pour Bukowski, perso, mais c’est vrai que c’est un pays fascinant, et beaucoup moins simple qu’on ne le dit en France. Cette actu m’intéresse. J’espère, si tout se passe bien, pouvoir présenter une communication à une conférence là-bas, fin septembre. J’en profiterai sûrement pour discuter un peu politique !

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