L’économie ne doit pas être un dogmatisme conservateur

Sommes-nous en train de sortir du tunnel de la crise? Ou la bourse a-t-elle remonté temporairement,  grâce entre autres aux efforts d'un boucher de la Guillotière? Ou ce lundi avec sa hausse boursiére de plus de 11% a-t-il été un simple effet d'aubaine, un simple moment où tout le monde s'est dit la même chose que M.Mecili ? 

Monsieur Mecili, pour ceux qui ne le connaissent pas, est le patron de la boucherie des familles, au début de la Grande rue de la Guillotière.Il fait également les marchés, pas les financiers dont il est largement question ces jours-ci mais ceux où l'on achéte viande, fruits et légumes. Ce dimanche sur celui de Saint-Louis,il me disait, au milieu d'autres commerçants, eux trés inquiets: "C'est justement le moment d'acheter,la bourse est si basse!".Les Mecili de France ont-ils permis d'enclencher le cycle vertueux ? L'avenir nous le dira.

Mais gageons que les mesures prises par les Etats vont enrayer les choses, apportant une preuve que nombre d'économistes ont depuis toujours dit, à savoir que le marché a besoin de bornes pour exister durablement.Pas seulement les marxistes à la Boccara, pas seulement les keynesiens tradis et sympas à la Liem Hoang-Ngoc, pas forcément les néo partisans du dandy de Cambridge à la Franco Modigliani mais aussi les libéraux conséquents, à commencer par le grand Adam Smith, ceux qui ne soudoyaient pas leurs travaux à des compagnies qui n'avaient pas d'intérèt à l'objectivité scientifique mais tout, en apparence à avoir une économie livrée à elle-même:Oui le marché a besoin de régles sinon il meurt de lui-même.Le constat n'est pourtant pas neuf ni original. C'est de la crise d'une économie peu régulée qu'est née une doctrine donnant sa place au marché dans un encadrement, dans des régles, définies trés précisément, le Keynesianisme.

Il ne s'agit pas aujourd'hui bien sûr de calquer les récettes du maitre anglais strictement et complétement mais d'avoir une approche réellement non dogmatique des questions financiéres et économiques.Pendant longtemps le pragmatisme supposé était de laisser le marché tout seul.Toute tentative de régulation était dénoncée comme archaique, du marxisme sauce roumaine-Ceausescu par la droite, une partie du centre (voir le programme économique de Bayrou durant les présidentielles) et le MEDEF au nom du libéralisme ou plutôt d'un libéralisme mal compris…sans réaliser que la principale menace de la liberté d'entreprendre, c'est justement l'absence de régles, que ce soit en termes de loyauté de la conccurence, de risque de création de monopole ou d'actes irréfléchis et mal contrôlés et qui aménent aujourd'hui à ce que les Etats doivent réparer les dégats que se sont fait les entreprises à elle-même par appat sans limite de raison du gain…La liberté en économie, la possibilité d'entreprendre ne sont durables qu'avec des barriéres qui empêchent les acteurs de se détruire.

Point patent, la nationalisation des banques par l'Etat américain, la création d'une société publique par le gouvernement français démontrent une chose, aprés des années de dérégulations, c'est que si l'Etat n'est pas toujours la bonne solution, il est aussi parfois indispensable et que le recours unique au privé préconisé habituellement par la droite ne vaut pas mieux que l'économie administrée de la Hongrie de la guerre froide: Elle procéde à chaque fois d'une idéologie qui méne à la catastrophe.Etre uniquement pour des nationalisations, chose devenue certes rare, être seulement et uniquement partisan de privatisations, procéde des deux faces d'un Janus dangereux et dogmatique.Comme le disait un des acteurs de la sortie de la Chine du Maoisme: "Peu importe que le chat soit noir ou blanc pourvu qu'il attrape des souris".

Ce n'est pas d'ailleurs un hasard si les solutions à la crise sont venus de deux hommes issus du centre-gauche, le Premier Ministre britannique Gordon Brown et le président du FMI Dominique Strauss-Kahn.Si la France en général, aprés avoir beaucoup pataugé, n'a pas été mauvaise dans ses solutions, notamment celle dela création d'une société d'Etat de garantie des prêts (même si les obligations demandées aux entreprises qui auraient à recourir à ses services sont aussi légéres et gadgets qu'une actrice dans un film de John B.Root) , Christine Lagarde a été en-dessous de tout, comme toujours, accumulant les gaffes au point d'exaspérer le Président.Reste aussi une Europe où comme d'habitude, à l'image d'une droite allemande complétement dans les choux dans cette affaire, où l'on fait sa politique dans son petit coin, sans gouvernance réellement commune, malgré un Eurogroupe (au pouvoir plus faibles que si le traité constitutionnel avait été adopté en 2005) satisfaisant.

Reste aussi que les entrepreneurs français doivent en avoir un peu marre, dans la circonstance, que d'être représentés par une patronne au discours aussi archaique et pathétique que Parisot.Extraits ci-dessous.

20 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Un cercle vertueux ? « Prenez un cercle, caressez le, il deviendra vicieux », préconisait Ionesco.
    On serait donc sauvés… Enfin nos banquiers, financiers et autres. Parce que la récession, le chômage, l’effondrement des bases sociales, des droits… tout s’arrange. Les Etats vont prêter de l’argent qu’ils n’ont pas aux imprévoyantes institutions et les citoyens rembourseront. Cette année ne donnez pas tout au Téléthon, pensez au bankthon (http://www.bankthon.com/ ).
    Voila donc les libéraux s’en remettre aux nationalisations et l’Europe, rejetée par le peuple (seul dépositaire de la souveraineté si on en croit ceux qui lui ont confisquée) avant d’être votée en catimini par une représentation (corrompue et dévoyée de ses missions), nous refaire le coup de la légitimité de sa gouvernance. Il est vrai que l’heure était grave. Les critères et l’orthodoxie si intouchables hier quand on parlait emploi et pouvoir d’achat deviennent plus souples comme par magie. Et les caisses si vides pour les uns ont vite trouvé une source pour rafraichir les autres.
    L’argumentation est quand même étonnante. La « gauche » au secours de la liberté d’entreprendre et qui se félicite du caviar servi ici alors que là on ne trouve plus de pain et qu’on soigne la gangrène avec du mercurochrome. Presque un satisfecit pour les Sarko boys.
    Il est vrai que le parti a fait donner ses héros. DSK (doit on reparler de son salaire, son gout pour l’argent et le bling et l’ironie de se dire socialiste en émargeant au FMI) aurait sauvé le monde. Lequel ? Celui de ses amis banquiers ? Parce que pour les plans sociaux, les difficultés quotidiennes, la détérioration des situations au travail, la hausse du chômage malgré les petits arrangements sur les chiffres… il a piscine. Et pour tout dire, il n’y a que Le Monde de Lagardère (et bientôt Bolloré?) pour lui décerner une médaille. Le centre-gauche serait ainsi le sauvetage des exploiteurs par d’autres moyens…
    Le plus grave est de constater, mais ce n’est pas nouveau, à quel point le retard est flagrant en matière d’idées, d’analyses et de prospectives. Pourtant les réflexions sont tellement à portée de main que je n’ai pu les rater (http://donjipez.wordpress.com/2008/10/12/liberalisme-la-main-etait-invisible-elle-nexistait-pas/). C’est dire que les bases d’une réflexion existent et que « keynésien » ne veut pas dire appointé par la finance (re pan pour DSK).
    Comme il faut bien rire : l’épouse brillante d’un raté qui tacle une cruche ça ne se rate pas :
    http://www.dailymotion.com/video/ksGvJMqJpq8Y3ENFqm

  2. jérôme Manin

    Pour se défendre d’être dogmatique la gauche accuse la droite de l’être… On nous la sert tellement souvent la pirouette qu’on est pas loin de faire entrer la formule dans le bréviaire socialiste.
    Pendant que la gauche est dans les querelles de Reims, DSK travaille avec le gouvernement et ça marche… Certain y voit à raison un bon signe, d’autre en appellent au dogmatisme.
    Il serait temps de se poser la question du conservatisme et de qui sont les conservateurs ? le titre « L’économie ne doit pas être un dogmatisme « boufon* » prends son sens.
    Boufon : Bourgeois-Bobo-Fonctionnaire

  3. @jerome manin:là tu fais du politicien, tu ne réponds pas sur le fond, sur le fait que l’économie a besoin de régulation,sur le fait que les solutions étatiques sont dans certains domaines trés valables contrairement à ce qui a été dit
    Par ailleurs je ne comprend pas ce rejet des gens en fonction du fait qu’ils travaillent dans le secteur public ou non?Ou qu’ils soient bobo ou bourgeois tout court? En quoi est-ce condamnable?

  4. J’adore ton titre. Sachant, mais tu le sais, que les dogmatismes ne sont pas que « conservateurs ». Ou alors sont conservateurs dans leurs propres et inefficaces dogmatismes.
    Bon billet en tous cas. Bonne journée

  5. jerome manin

    Je ne rejette en aucun cas la participation et la régulation par l’état de la vie économique d’un pays, il faudrait d’ailleurs pour le coup être un dangereux idéaliste.
    Il n’y a pas de rejet non plus des gens de la fonction publique (mon histoire personnelle serait un reniement) simplement, on ne peut nier qu’il s’est développé au sein des corps d’état et plus encore des corps des collectivités territoriales, une caste de bobo auto-centrée très conservateurs et ceux-ci sont emprunts d’un dogme qui leur fait nier le reste du monde et ne considérer que leur propres petit intérêts. Cette « caste » est prompte à donner des leçons à tout le monde et véhicule du prêt-à-penser facile.
    Cette « caste », toujours, représente une fraction non négligeable, par leur place dans la fonction publique, des acteurs de la vie économique et sociale, il est indispensable et urgent de faire la part entre l’expression de leurs intérêts et le bien commun !
    Ai-je répondu, docteur ?
    Peut-on à la fois bouffer du curé et du fonctionnaire ? Est-ce cela l’anarchisme ?

  6. En effet, comme tu le dis les libéraux, les vrais, comme Pascal Salin, montre aujourd’hui tout leur dogmatisme.
    Ainsi les libéraux tout comme les socialistes l’ont déjà fait, mettent de la distance par rapport à leur idéologie.
    Malheureusement, je constate que politiquement, Sarkozy est à son aise, et retourne magnifiquement sa veste.
    DSK est lui encore plus à l’aise, puisqu’il prône ce qu’il applique depuis longtemps. Et dire qu’il sauve le monde de la finance et non l’économie réelle – comme si c’était deux monde indépendant l’un de l’autre -comme le dit Donjipez est un non-sens.

  7. Bonjour Romain, tu es l’heureux lauréat de mon top 7 des blogs. C’est en ligne sur Le meilleur des mondes…

  8. @Etienne Je suis passé un peu vite sur le sujet. L’économie « fictive » est effectivement destructrice pour l’éco réelle. Mais chômage et récession sont des lames de fond que la panique boursière n’aura cachées qu’un temps.
    DSK, il ne fait en effet qu’appliquer ce qu’il a toujours prôné : une politique plus à droite que celle d’une certaine droite. Il n’est somme toute qu’un fondé de pouvoir des intérêts de son milieu.
    Ce qui est gênant c’est – si je mets de côté la double stupidité d’offrir des garanties avec de l’argent que l’on n’a pas (et qu’on a perdu le droit d’émettre) et d’étatiser les pertes d’une minorité pour lui rendre les profits sous la réserve que les erreurs libérales sont plus nuisibles aux faibles qu’aux traders – c’est donc, disais-je le manque de vision distanciée et de prospective. On colle des bouts de sparadrap sur un mourant.
    @jerome manin qui aborde la vie en entreprise ou dans les administrations (même si ses critiques sur le conservatisme doivent être remise à leur juste place, celle d’une idéologie du bouc émissaire) touche à une situation « au bord du précipice ». On pourrait développer les incidents, arrêts maladies, burn out, démotivations… Et pourtant on est là avec ceux qui ne sont pas à la porte du machin.En gros, le capitalisme ne peut être amélioré ou adouci, il touche à sa fin et a la rage d’une bête blessée.

  9. jérôme Manin

    @donjipez
    Le capitalisme dont vous parlez est la personnalisation de vos peurs. Entre le collectivisme cultivant les incompétences et les irresponsabilités et le capitalisme sauvage refusant l’existence de l’autre, il y a une voie du milieu (l’image fait davantage allusion au bouddhisme qu’à ses couillons de salon du Modem). Je suis heureux de voir sur le fond une certaine convergence, la forme suivra 🙂

  10. et bein c’est pas gagné ! moi je m’en fou, je suis MOBILISTE à tendance dividu…bien loin de tout ce fatras obsolète dte/gche, capital/féodal, etc…mais bon, à chacun de voir hein !
    ps: suis patron et effectivement, Parisot me fait sourire…comme le reste ! au final, c’est le boucher qui a raison…faut CAPITALISER (mais pas encore le moment d’acheter…demain çà chute! ;))

  11. Henri

    Effectivement l’interview de Mme Parisot est très intéressante. Elle est tellement aveuglé par ces dogmes quelle ne se rend pas compte que le libéralisme est une idéologie comme les autres. Enfin elle réalise un tour de force rendre Éric Zemoun sympathique. Pour le reste j’espère qu’on va se rendre compte que le marché livré à lui même n’a pas de vision prospective et que, comme Laurence Parisot a été obligé de le reconnaitre, il faut des règles mondiales. Il faudra surtout que la valeur travail soit reconnu à sa juste rémunération, seule à même de créer une demande non basé sur l’emprunt.

  12. jerome manin

    Laurence Parisot est au centre d’un tir croisé ou tout le monde lui tombe dessus avec de l’artillerie lourde sans qu’elle ait vraiment l’opportunité d’en placer une, ce qui avec une élocution aussi laborieuse que le maire de Lyon ne l’aide pas.
    Retenons la phrase de Nolo ;: « Vous dites tout et son contraire », je vous conseille de la ressortir à propos de n’importe quoi à n’importe qui, elle reste aussi polémiquement stupide qu’inefficace et flatte l’abruti qui la sort en toute circonstance.

  13. jbdivry

    Liem, chaque fois que je l’écoute, j’ai envie de l’envoyer 10 ans en camp de travail à Bercy pour lui effacer ce sourire narquois quand il parle de notre Dette nationale !
    Non mais !

  14. jbdivry

    Bon,
    on peut se consoler en se disant que cette loi rectificative à notre Loi de Finance pour 2009, c’était pour rassurer les marchés … et les actionnaires (le temps pour eux de payer est enfin révolu, l’Etat assurera la suite)
    Et cela semble avoir marché !
    mais les français eux n’ont pas de quoi être rassurés … ni même vraiment inquiets tant leur véritable inquiétude est ailleurs, sourde, profonde : la croissance, l’emploi, les prix.
    « ça va empirer plus avant que ce soit moins pire »
    … pas pour les banques, qui vont je pense, faire enfin payer les chéquiers aux français (à vot’ bon coeur m’sieudam !)
    et pour faire les comptes on va passer du « mark to market » au « mark to model ».
    Le culte du Marché devient liturgique pour la Finance … sans le Marché (Déjà sans cours de change)
    Heureusement il reste le marché économique global, le marché du travail, et un marché des états et collectivités pour optimiser ses gains sur le globe.
    Ce Model n’est pas loin du Gosplan ni très loin du Hold-Up !
    (avec des taux d’intérêts privatisés pour remplacer les impôts.)
    Bref, pour une fois, tous les indicateurs sont au rouge (sauf la natalité)
    100 000 chômeurs d’ici noël et au RSA en janvier.
    Mais l’Europe est de retour, Youpie !
    Angela Merken
    Gordon Brown
    Zapattero
    Berlusconi
    Barroso
    Junker
    le Frankfurter Algemeine Zeitung
    Le FMI
    Jean-Claude Trichet
    tous les européens d’euroland
    le NYSE
    Nicolas va se construire une stature internationale telle,
    que le PS aura du mal à le battre en 2012.
    Sauf si c’est DSK entre temps qui « fait le boulot » de la gestion et la sortie de crise et de la régulation.
    et l’affronte aux présidentielles …
    Alors quand le pire est certain, ce n’est pas sûr qu’il faille en voter à chaque étape comme le pénitent prie au calvaire.

  15. On peut pas lâcher l’actu sans rater un gag. Plan Sarko pour les banquiers (contre la partie visible de la crise ?) : le PS « ni pour, ni contre…bien au contraire ».

  16. laurent purion

    @jerome manin:défendre Parisot alors qu’elle dit des conneries monumentales et ne rend pas service aux employeurs en orientant son syndicat vers le dogmatisme et un positionnement des plus marqués à droite, c’est un peu pavlovien je trouve.

  17. jerome manin

    @laurent Purion
    C’est chaque fois un plaisir de vous lire.
    « Quand je me juge je ne m’aime pas, mais quand je me compare… » O. Wilde

  18. jbdivry

    aucun rapport (une fois n’est pas coutume)
    trouvé dans le canard :
    Jörg Haider se tue en voiture :
    « au lieu de lever le bras il aurait dû lever le pied »
    j’adore !

  19. Christophe

    Je suis d’accord avec Donjipez.
    J’ajouterais juste que par leur plan de garantie de 360 milliards d’euros, Sarko & co engage l’etat (et les français) à couvrir près de 200 millions de milliards de dollars de transactions interbancaires touchants aux produits dérivés, la prochaine bombe du système.

  20. Christophe

    Euh, pardon, je m’emballe, ce ne sont que 2 millions de milliards, d’après François Morin dans Marianne, qui utilise les chiffres du FMI, de la banque mondiale et de la BRI

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