Auto organiser son temps de travail une utopie ? Retour sur le #collectifdutemps

TempsJ'étais invité ce matin au collectif du temps, qui rassemble des entrepreneurs et des cadres d'entreprises; à l'initiative de Orange pour réfléchir, comme son nom l'indique, sur les questions de la temporalité.

Nous avons eu des  échanges intéressants.

J'ai animé pour ma part une table de réflexion sur l'organisation du temps de travail.

Avec les nouvelles technologies, avec les nouveaux rythmes, les temps de travail évoluent considérablement pour certaines tâches, très loin du traditionnel 8h-18h ou 9h-19h. Il serait, dans un secteur sensible (comme l'énergie, secteur où je travaille mais il y en a d'autres) impensable de ne pas réagir lorsqu'une information majeure tombe à 22 ou 23h.

De même chez certains tempéraments et cadres de travail, la rédaction de longues notes est parfois plus aisée du domicile que du bureau, l'important pour nombre d'entreprises, par delà les horaires de travail, étant surtout que le salarié remplisse au mieux les missions pour lesquelles on le rémunére.

Enfin la France a un rapport un peu étrange avec les horaires de départ, lorsqu'ils ne sont pas entièrement fixes  comme chez les cadres. Je me souviens d'une entreprise automobile où chacun surveillait scrupuleusement l'heure de départ de ses collègues afin de jouer à celui qui partirait le plus tard...Peu importe que ce temps de surveillance, très souvent passé sur le démineur ou quelque autre jeu n'ai aucun bénéfice pour la production de l'entreprise et que ce temps soit perdu pour les autres activités du salarié. En Allemagne ou en Angleterre, on a dépassé ce concours puéril du quantitatif pour le quantitatif.  Il en résulte sur ce point, plus de possibles dans l'existence du salarié, qu'il peut ensuite apporter à l'entreprise et moins de stress et de fatigue sur ce point.

Nous avons eu une discussion passionnante sur le sujet. Tout le monde bien sûr ne peut pas avoir une large part d'autonomie, parfois par tempérament, souvent par nécessité de service. Il y a d'ailleurs un clivage peu pensé entre les salariés postés et ceux qui disposent d'un peu ou de beaucoup d'autonomie. Entre un cadre à la mission et un caissier de Mac Donald, il y a une différence de statut et de salaire mais aussi de gestion de son temps. Il est vrai d'ailleurs que les emplois les plus subalternes et les moins bien payés sont souvents ceux qui ont les contraintes horaires les plus rigides au passageAinsi on ne prête pas attention au fait que la qualité d'un emploi se mesure au salaire, aux conditions de travail mais aussi au rapport temporel. Elle demande aussi des personnes autonomes et une forte confiance.

Bien sûr celui-ci ne peut jamais, dans le cadre d'une entreprise, être entièrement souple puisqu'une société compenant des salariés est nécessairement un élément qui fait collectif. Il y a des obligations temporelles à remplir, des réunions. Tout ne peut se faire à l'objectif. Mais si nous partions davantage sur la production que sur le volume horaire, entreprises et salariés pourraient y gagner. Si et seulement si le fonctionnement a l'objectif n'est pas un prétexte pour faire travailler en permanence ses salariés.

5 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Bonjour Romain,
    Le problème principal, c’est qu’à haut niveau et dans les secteurs sensibles, les cadres ont une certaine liberté d’organisation mais une telle quantité de travail que sa résolution est insoluble dans un temps de travail humain…
    C’est particulièrement vrai en France.
    Un autre aspect est que personne ne peut travailler durablement correctement dans une équipe s’il n’en rencontre pas les membres à intervalles réguliers.
    Il y a donc des impondérables.

  2. romain blachier

    Oui c’est ce que je dis dans le billet: ce n’est pas transposable partout, dans tous les postes et cela exige des compromis puisque une entreprise est un collectif.

  3. Gwynfrid

    Bonjour Romain,
    Si vous voulez bien m’excuser de me baser sur un exemple personnel: mon expérience d’expatrié au Canada, travaillant pour une grosse boîte américaine,mesemble pertinente dans cette discussion.
    On constate en Amérique une différence majeure dans la culture de travail: comme en France, j’ai des objectifs plus que des horaires, comme en France, je fais nettement plus que 35h. Mais deux choses sont très différentes :
    – Personne ne fait la course stupide pour savoir qui part le plus tard; on se pointe et on part à peu près à n’importe quelle heure en fonction des réunions et des contraintes externes. Par exemple, en France, si j’avais des démarches administratives à faire, ou bien un RV un peu urgent chez le dentiste, je prenais en général une demi-journée de RTT. Au Canada, je fais ça à n’importe quel moment de la journée de travail. Il suffit de prévenir et personne ne fait de commentaires. De même, si un enfant est malade, s’il a neigé beaucoup pendant la nuit ou si j’ai un souci de voiture, aucun problème: un email pour dire que je travaille de la maison aujourd’hui, je prends les réunions au téléphone et la question est réglée.
    – Par contre, je travaille n’importe quand. Le soir après le dîner, le week-end, en voyage… en vacances, je surveille un minimum ma boîte mail et réagis aux événements importants. Tout ceci est bien sûr facilité par les communications mobiles, réseaux privés virtuels, et autres outils technologiques.
    En France, l’affaiblissement de la barrière entre la vie professionnelle et la vie privée est perçue comme une menace sur cette dernière. Moi, je la vis très positivement. Je suis considérablement moins stressé à Toronto que je pouvais l’être à Paris. Bien sûr, mon smartphone est un fil à la patte: mais j’ai appris à le gérer (surtout pas de bip ni de vibreur quand un email arrive, c’est moi qui décide quand je veux jeter un coup d’oeil, plus ou moins fréquemment en fonction des circonstances) afin de rester maître de l’outil.
    @ l’hérétique : « Le problème principal, c’est qu’à haut niveau et dans les secteurs sensibles, les cadres ont une certaine liberté d’organisation mais une telle quantité de travail que sa résolution est insoluble dans un temps de travail humain… »
    Non, cela n’est pas un problème en soi. C’est juste la nature du travail, ce n’est pas spécialement français, et cela intervient à un niveau pas si haut que ça – c’est mon cas et je ne suis juste un « middle manager ». Tout simplement, il est impossible d’accomplir toutes les tâches qui se présentent, correctement et dans le temps imparti. À moi donc de déterminer ce qui est le plus important, ce qui doit être bien fait, ce qui peut être bâclé, ce qui peut être ignoré complètement, ce qui peut être délégué, et ce qui doit être rejeté en négociant avec le demandeur. Tout cela fait partie de mon boulot; les objectifs ne sont jamais atteints à 100%, et bien sûr il y a du stress. C’est la nature du métier. L’autonomie, le management par objectif, et les outils d’aujourd’hui le rendent, dans l’ensemble, plutôt moins difficile à gérer.

  4. romain blachier

    merci pour votre témoignage

  5. Bonjour,
    @Gwinfrid comme vous dites c’est un facteur culturel ! Au japond, il est assez mal vu de rester plus tard au travail. On vous invite même à rentrer chez vous. Pourquoi ? On estime que la charge de travail est faisable en une journée, si ce n’est pas le cas c’est que l’employé n’est pas compétant.
    J’ai également un ami qui a commencé dans une grande boîte de communication en tant que junior. La journée se termine à 18h mais il était de coutume de rester jusque 19h et plus et simplement parceque « c’est comme ça ». Le jour où cet ami est partis à 18h pile tous ses collaborateurs l’ont suivi. Le lendemain la réponse du manager était « vous savez ou vous travaillez ici ? ». Tout ça pour dire que l’organisation du travail dépend parfois du simple fait qu’il est plus sérieux pour un cadre de partir plus tard sans que le motif de ce retard ne soit nécessaire…
    Bien à vous

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