Pourquoi Valls et l’UMP ont une vision archaique du travail

Becheur-millet Manuel Valls a rouvert la boite de pandore des 35 heures hier en s'y attaquant. Rappellons que Valls ne représente strictement pas grand-chose au PS et qu'on ne parlerait pas de lui si il était élu d'un autre endroit que de l'Ile-de-France où se trouvent la quasi-totalité des studios télé du pays mais qu'il a besoin de faire parler de lui afin de se vendre chérement à un candidat plus susceptible de gagner les primaires. Quitte à évoquer un sujet qu'il ne connait pas bien en demandant un détricotage des 35 heures qui existe déjà, notamment via la subvention via l'argent public d'heures supplémentaires depuis 2007 avec la loi TEPA…

Du coup, suite à cette déclaration, une grosse frange de la droite a applaudi et remet une couche contre une mesure que les leaders UMP promettent d'abroger à longueur de meeting pour chauffer le militant…mais sans jamais oser passer à l'acte, preuve que la réduction du temps de travail, c'est tout de même une bonne chose. Le Président de la République a beau avoir été élu surtout par des gens qui ne travaillent plus (les retraités) il ferait vilain de supprimer une quinzaine de jours de repos à des cadres très stressés, faire rebosser des mères de famille l'après-midi ou faire manier plus longtemps dans la journée le marteau-piqueur.

Très favorable aux 35 heures, malgré quelques désaccords de méthode à l'époque, je trouve surtout que la question de la quantité de travail est, d'un point de vue économique, une notion dépassée, dogmatique et ridicule.


Ce qui compte c'est la productivité, ce que tu produit par ton travail, ce que ça rapporte, à toi ou ton employeur, quel que soit le temps passé. Entre un commercial qui bosse 50 heures et rapporte 10 000 euros par mois et un autre à 37,5 à 58 000 le choix est vite fait pour le patron. Ce n'est pas un hasard si les cadres commerciaux sont d'abord jugés au chiffre. De la même façon un agriculteur cherchera par tous les moyens à finir son travail dans les champs de la maniére la plus efficace et rapide, pas celle qui lui prend le plus de temps de travail.

D'ailleurs à ce petit jeu la droite, très archaïque dans sa vision du travail, oublie volontairement un chiffre: les travailleurs français sont les plus productifs du monde. Eh oui. Un salarié français, certes mieux payé, produit bien plus de richesses par exemple qu'un chinois, un indien ou un vietnamien. Et les 35 heures, qui permettent un peu plus de repos et de formation, un peu plus de s'occuper de ses enfants n'y sont pas pour rien.

D'ailleurs la réalité de l''économie, même dans sa version la plus capitaliste, montre d'elle-même des exemples concrets qui démontent le mythe du bosser beaucoup: les traders londoniens.

Quoi de moins gauchiste, de plus capitaliste, de plus grande caricature de l'électeur de droite que le trader londonien ? Le joueur de bourse professionnel, c'est un peu pour les conservateurs ce qu'est l'éducateur spécialisé pour la gauche , un électorat captif pour lequel son camp fait des monts et merveilles! Eh ben mesdames et messieurs, le trader de la City est avec sa pinte de blonde au pub à 17H ! Mais oui! Cela ne l'empêche pas de faire le job, d'amener de l'argent à son employeur (sinon il gicle) et d'être considéré comme un grand-super-gagnant-du-monde-à-sourire-étincellant…en bossant moins de 40 heures par semaine.

Pendant ce temps vous me direz, il ne faut pas que la caissière de la société qui possède le discount sur laquelle vient de spéculer le trader arrive en retard d'une minute au boulot…Il est vrai d'ailleurs que les emplois les plus subalternes et les moins bien payés sont souvents ceux qui ont les contraintes horaires les plus rigides au passage. Tiens un sujet de futur billet.

Penser le travail uniquement sous la contrainte de la quantité horaire a aussi d'autres aspects négatifs: dans combien de bureaux des salariés perdent leur temps et celui de leur entreprise, font semblant de l'occuper tout en faisant attention de ne pas partir trop tôt pour ne pas être mal vus, quitte à jouer au démineur sur leur ordinateur ? Bien trop j'en suis sûr.En Allemagne, un cadre qui part trop tard est considéré comme un inefficace incapable de travailler correctement.

Il y a plus grave aussi, ce dont se plaignait l'autre jour un jeune chef d'entreprise dynamique que je connais bien: les tâches qui trainent pour donner l'impression aux autres d'y avoir consacré du temps parce que l'exécution rapide peut donner parfois l'impression d'avoir bâclé les choses. Il y a un côté un peu besogneux un peu fatiguant dans la culture du travail en France. Heureusement la chose a tendance a disparaitre…en partie grâce aux 35 heures qui incitent à concentrer davantage son travail.

Bref, quand Valls (qui a toujours travaillé dans la politique et pas ailleurs ce qui explique cela) et une partie de la droite font des théories sur la disparition des 35 heures en évoquant la modernité, j'ai bien peur qu'ils n'aient au contraire un gros train de retard.

36 commentaires ont été rédigés, ajoutez le vôtre.

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  1. Sur le mythe du miracle productif français, essentiellement deux points méritent d’être développé pour nuancer ton propos:
    1) Le marché du travail français tel qu’il est organisé actuellement exclut les personnes les moins productives: jeunes peu qualifiés (très fort taux de chômage), et senior (taux d’activité incroyablement bas en Europe) via les mécanismes de retraite anticipée. Et Renault nous a récemment démontré que cela n’était pas près de changer.
    2) Nous avons, de mon expérience (passé par la France, les US, l’Angleterre et l’Autriche), des cadres qui travaillent beaucoup plus qu’ailleurs. Seulement, le décompte des heures s’effectuant au forfait on ne peut pas remarquer que tel ou tel autre cadre bosse en réalité 70h par semaine, cas pouvant paraître caricatural mais assez fréquent dans certains groupes industriels ayant des astreintes le matin (réunion de groupe) et le soir (réunion de debrieffing à 19h30 avec le big boss). Du coup, leur production, certes élevées, est en réalité assise sur une quantité d’heures travaillées bien supérieures à ce qui est déclaré.
    My two cents

  2. romain blachier

    Merci pour ces deux réflexions intéressantes, voila deux cents de bonne facture et des commentaires comme on aimerait en voir davantage.
    Ceci dit: 1-Oui notre marché du travail exclu beaucoup mais des marchés presque ou aussi exclusifs sont infiniment moins productifs de toute façon. Par ailleurs les seniors ne sont parfois pas moins productifs que les plus jeunes. Mais ça dépend des secteurs.
    2-Le probléme des cadres est partout le même et les méthodes de travail sont très standardisées au niveau international, le différentiel n’est donc pas la. Et puis la situation des cadres est TRES hétérogéne,la plus hétérogéne sans doute qu’on puisse voir dans le monde du travail, on ne peut donc pas généraliser le modéle que tu dis,même si il existe.

  3. Pour 1. Je ne cherche pas à stigmatiser les seniors. Si cette force de production, extrêmement qualifiée est bien utilisée/motivée, elle convient très bien et est en effet plus productive que les jeunes. Pour une raison très simple: passé 50 ans, il est assez rare de voir des employés devoir gérer très fréquemment des enfants en bas âges, avec tout ce que cela implique: indisponibilités horaires fréquentes pour l’école, fatigue liée au stress et aux maladies, etc… Pour autant, si un travail n’est que moyennement qualifié, très rapidement, une personne dans la zone 30-45ans ira plus vite (en moyenne) que celles dans la zone « <25" ou ">25″. Pour moi l’exemple typique est celui des artisans, ou pis, des pompiers.
    Passé un certain âge, on gagnerait à faire évoluer les anciens à des postes mi-production/mi-formation où ils permettent de gagner un temps précieux dans l’apprentissage des nouvelles forces productives. Et cette martingale est encore plus efficace là où l’on ne s’y attendrait pas, à savoir l’emploi qualifié administratif. Que de temps économisé quand les procédures sont bien formalisées et bien synthétisées par des hommes qui les vivent plutôt que des inexpérimentés bien souvent sous-formés qui les subissent (et donc ne servent pas convenablement l’intérêt général).

  4. Pour 2. C’est en comparant les univers des salles de marchés « françaises » (où l’on bosse parfois de 7h30 à 21h pour d’obscures raisons…) et les salles « anglaises » où l’organisation du temps de travail ne dépayserait pas un fonctionnaire « administratif » (avec le typique 9h-17h30) 🙂
    La différence est que dans le premier cas il y aura une forme d’obligation de présence larvée que tu décris d’ailleurs fort bien dans ton texte. A cet égard, que n’ai-je vu des gens lisant des revues/faisant des jeux débiles à 18h en attendant (quoi ? ça on ne le saura jamais). Dans l’autre tu seras un « loser » si tu n’es pas capable de « deliver » quand tu es censé le faire. Et la pinte à 5:30pm c’est sacré !

  5. romain blachier

    Complétement d’accord.

  6. Sur les traders, on est entierement d’accord:justement c’est bien pour ça que j’aipris cet exemple qui représente à lui seul tout mon propos. Attention pour le reste de ton 2 tout de même que la situation des cadres de façon générale est fort diverse, j’insiste dessus !
    Pour la pinte, à 17h30, c’est même l’entame de la deuxiéme tournée dans certains bars de la City !

  7. Romain,
    J’ai lu attentivement ton billet et je puis dire que je suis entièrement d’accord avec ce qui est écrit.
    En effet, j’ai lu dans une revue économique que le travailleur français était en fait un des plus productif du monde, y compris devant les Allemands que certains, à droite, prennent souvent en exemple.
    D’ailleurs, tu sais comme moi que la faiblesse de l’économie française par rapport à l’allemande est d’abord structurelle. Cela veut dire que l’Allemagne dispose d’un parc industriel de moyennes entreprises ( allant de 50 à 250) plus important que la France. Ce qui permet à notre voisin d’être plus compétitif et performant à l’export.
    En fait, ce débat des 35 h est un faux problème et la droite française aujourd’hui qui, pour moi est l’une des plus réactionnaire et rétrograde depuis la Vème République et ce qui m’énerve dans son comportement depuis plus de 3 ans, c’est de constamment culpabiliser notre peuple de tous les maux en faisant passer les salariés français pour des feignants. C’est un comportement très « poujadiste » qui a pour mentalité «  travailles, tais-toi et quand tu ne travailles pas, consommes dans les grandes surfaces le dimanche et après tu dors ». Pour les sarkozystes et l’UMP, le peuple ne doit pas réfléchir, agir, dans les associations pour créer une société d’aide et de solidarité.
    Sous De Gaulle et Georges Pompidou, notre pays , son industrie, son économie, étaient très fortes parce qu’il y avait une politique de redistribution en faisant participer les salariés à la gestion de leur entreprise au travers de la participation sous diverses formes.
    Concernant ton camarde Vals, je crois te l’avoir déjà dit plusieurs fois, le PS en a recruté beaucoup en son sein, ce qui fait de ce parti, non pas un mouvement socio-politique représentatif du monde social et sociétal d’où un penchant pour celui-ci vers le centre gauche voire vers un libéralisme économique exacerbé c’est-à-dire la pratique de l’exploitation pure et simple de l’homme par l’homme au nom de l’économie de marché.
    Lorsque j’entends Vals qui parait-il est membre du PS, dire que l’emploi est une chance c’est quand même s’asseoir sur les fondamentaux et idéaux de la Révolution Française qui dispose dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen que tout citoyen a droit à un logement et un travail.
    Si au PS, vous voulez gagner la Présidentielle de 2012, ce n’est pas avec des Emmanuel Vals que vous l’aurez. Avec des gens comme celui-ci, il est clair que la classe populaire se détournera encore plus de la politique et de la chose publique ce qui est dangereux.
    Gaullistement
    Claude JEANDEL

  8. Bertrand Dunogier

    Très bonne lecture, rafraîchissant de bon matin. Merci !

  9. Olivier Tronel-Boccara

    Excellent billet !

  10. Oui développe !
    Très bon billet !

  11. Henry le Barde

    Bon billet, très bon billet. J’ai bien entendu quelques réserves, sinon ce ne serait pas drôle.
    Il ne faut pas trop idéaliser les 35 heures. Pour les cadres, ça a donné des RTT en plus – que certains ne peuvent pas tous prendre et que les autres passent le Blackberry à la main – mais globalement le même boulot à faire en moins de jours. D’où le stress évoqué, et la hausse de productivité.
    Pour les non cadres, pas forcément de RTT en plus mais une demi-heure de moins avec modération salariale à la clé (quel cadeau au patronat, tout de même 😉
    Ne parlons pas des administrations genre AP-HP.
    Et bizarrement, à ma connaissance, les TPE en sont exclues, allez savoir pourquoi.
    Cependant, il est bien évident qu’il est très risqué socialement de revenir dessus. Le gouvernement a préféré créer un millefeuille supplémentaire : au lieu de détricoter le système, il lui a ajouté une cote de maille.
    Concernant la productivité, oui, elle est importante, mais pas plus que le temps de travail. Si je cours 10% plus vite mais 20% moins longtemps, j’aurai parcouru une distance inférieure, non ? Et puis, heureusement que nous produisons encore plus que les Chinois ou les Indiens : nous nous payons, et c’est heureux, des prestations (santé, retraites, etc.) quelques plus coûteuses.
    La question réelle abordée dans le billet, c’est bien entendu le rapport au temps. Et pourquoi le temps est-il si important : c’est la seule façon de mesurer le travail d’un salarié quand la plupart des managers sont trop mauvais pour évaluer sur objectifs qualitatifs (je ne parle pas des commerciaux, mais des autres types de cadre).

  12. Briavel Gouëdic

    Il faut tout de même remercier Valls d’avoir mis une pilée à papy Dassault aux législatives de 2002, un an après être devenu maire d’Evry … En bon apparatchik, il est aussi adepte du nomadisme électoral …
    J’espère qu’en 2012, un bon ami se présente face à lui, à moins que le PS l’envoie en camp de rééducation d’ici là … 😉
    Le problème français n’est pas le temps de travail mais le taux d’emploi …

  13. Je me répète : très bon billet. Je vais d’ailleurs argumenter avec mon cas personnel (que je ne peux pas développer dans mon blog) : mon boulot est d’avoir des compétences (je suis expert en mon domaine) ce qui me permet de faire gagner beaucoup à mon employeur, par exemple, en évitant des développements informatiques très lourds ou en prenant en main quelques négociations ou en assistant des collègues dans des réunions difficiles. Du coup, mon temps de travail n’a strictement aucune importance réelle sur ma production réelle.
    Malheureusement, mon employeur me trouve toujours des sombres tâches pour m’occuper, particulièrement inutile.
    Il y a aussi un passage du billet que je voulais souligner « Penser le travail uniquement sous la contrainte de la quantité horaire a aussi d’autres aspects négatifs: dans combien de bureaux des salariés perdent leur temps et celui de leur entreprise, font semblant de l’occuper tout en faisant attention de ne pas partir trop tôt pour ne pas être mal vus, quitte à jouer au démineur sur leur ordinateur ?  »
    J’ai beaucoup travaillé sur le sujet, en 2010, dans l’espoir d’en faire un billet : vu que moi-même, je passe pas mal de temps à bloguer, j’ai voulu calculer combien de temps passent les collègues dans une production réelle… (et encore, je ne parle pas des réunions inutiles qu’on nous inflige mais nécessaire dans le cadre de relations avec des clients ou des fournisseurs). Je suis arrivé à une moyenne inférieure à 6h30 (comptez le temps que vous passez au téléphone, par exemple, alors qu’un échange de mail de trois mots (de type « peux-tu me confirmer la date de la réunion) éviterait une discussion stérile (de type « alors, les fêtes se sont bien passées, tu es parti un peu ? »).
    Si on rajoute le temps perdu par la méconnaissance des outils ou les travaux inutiles (à quoi sert de faire un compte rendu de quatre pages alors que le relevé de décisions suffit ?), on arrive facilement à moins de 4 ou 5 heures par jour.
    C’est probablement le cas dans tous les sièges centraux des entreprises du tertiaire…

  14. Alexandra

    C’est marrant c’est bien toi qui me disait l’autre soir : « Mais Valls il propose quoi en fait ??? » et ben voilà un début réponse.
    Moi je veux surtout retenir que dans son propos, il parle en premier lieu d’augmenter vraiment les salaires ; ce que le parti socialiste a écrit dans toutes ses conventions mais sans jamais nous expliquer comment, ni par quel miracle…
    Quand tu vois depuis combien de temps les salaires n’ont pas bougé (cause aussi de la morosité française et de la morosité au travail), tu ne peux faire comme cette question n’était pas au cœur des préoccupations des gens.
    C’est aussi en trouvant des solutions à ce problème (et surtout pas les défiscalisations de la droite qui coutent un bras et mettent la sécurité sociale en péril) que l’on changera « un peu » la vie des gens.
    Et puis je retiens surtout que plus globalement il est un des rares aujourd’hui à parler de débloquer l’économie, de chercher de vrai de leviers de croissance et d’améliorer les conditions de travail dans les entreprises.
    Quant à ton billet, je ne suis pas sure que l’on puisse éternellement se cacher derrière le mythe de la fameuse productivité française : A quel prix pour les travailleurs français ? Qui en plus de leur fameuse productivité, sont aussi les champions du monde de la consommation d’anti dépresseurs, comme cela a déjà été rappelé dans les précédents commentaires. La vision de la mondialisation qui consistait à dire à nous le savoir, l’intelligence et la productivité, à eux les machines à coudre est en train d’être dépassé…
    Manuel Valls a le mérite de faire des propositions nouvelles sur ces questions, de nous faire débattre sur le fond, sur notre rapport à l’entreprise, au monde économique. Un peu d’inventivité et de créativité, ça nous change des conventions roses bonbons et passéistes ….
    Oui on peut être modernes, réalistes et pragmatiques tout en affirmant nos valeurs
    ps : elles vont être sympas ces primaires ^^

  15. La question du temps joue mais est un facteur de moins en moins déterminant en 2001. L’intérêt c’est la production du salarié, comment elle est évaluée, comment elle est determinée, comment elle est repartie après dans sa distribution. Force est de constater que plus un travail est élevé dans l’imaginaire et l’échelle sociale, mieux il est rémunéré certes mais plus la maitrise du temps s’élève également.

  16. Je suis bien d’accord. Mais en France, je pense qu’on a un peu de mal avec ça. D’où le phénomène « je sors à 19h30 mais je dors/joue au solitaire/blogue depuis 18h » 😉
    Ce n’est pas qu’une question politico-macroéconomique, c’est aussi une question micro-économique voire managériale. Nos écoles dites de commerce ont du pain sur la planche 😉

  17. Alexandra, Valls ne fait pas une proposition de fond: il balance un truc sans le connaitre. Ce qu’il préconise en effet, ça existe déjà depuis des années, notamment avec les changements opérés à plusieurs reprises depuis 2002. La loi TEPA que je mentionne en début de billet par exemple permet aux entreprises qui le souhaitent de salarier un nombre d’heures supplémentaires conséquent à chaque salarié. Valls ne propose pas, il veut en fait rester à la même situation qu’actuellement quelque part. Conservateur le Valls. voire même en retard.
    En effet sur cette vision des 35 heures,le Maire d’Evry presque une révolution industrielle de retards: La quantité de travail compte de moins en moins. Là où il fallait 20 heures pour rassembler les éléments d’un rapport, il n’en faut que 2 avec les révolutions technologiques.
    Penser le travail en quantité, penser qu’augmenter cette quantité est la solution pour le pouvoir d’achat, cela marche pour certaines tâches (accueil…) mais cela concerne de moins en moins de gens, à commencer par les cadres (qui sont au forfait donc pas plafonnés réellement dans leurs horaires) et les entrepreneurs mais aussi nombre d’employés et d’ouvriers.
    Par exemple ton patron a besoin de 20 pièces sur une machine, tu ne peux décider librement d’en produire 24 pour gagner plus. Tu es dépendant et c’est normal, des besoins de ton employeur. Croire que le bosser plus en quantité change tout est méconnaitre l’entreprise.
    Au contraire il faut penser production et répartition de la richesse produite. Un patron de PME avec qui je déjeunait à midi pense mettre en place une participation aux bénéfices de sa boite. Il a tout compris: ce n’est pas les heures en plus en moins qui comptent, c’est la richesse produite et la manière de la répartir.
    Enfin la productivité s’élève globalement dans le monde. Tant mieux.C’est d’ailleurs pour cela que la quantité de travail, plus importante au sud qu’au nord à cause de la surrépresentation de la production industrielle dans l’appareil économique augmente. Montent avec cela les revendications, en Chine par exemple, pour penser le travail autrement. Tant mieux si nous commençons de plus en plus à penser qualité et non quantité brute.

  18. Là, comme je l’ai dit dans mon billet, je souscris à 100% contre ce mal français.

  19. Je suis entièrement d’accord avec Alexandra, j’aurais aimé écrire son commentaire !
    En réponse à ta réponse à son commentaire je dirais que je ne vois pas en quoi il y a incompatibilité entre le fait de remettre en cause les 35 heures et le fait de penser « qualité » du travail ou avec meilleure répartition des richesses !!!
    D’ailleurs Valls parle de « travailler plus et mieux » et il a évoqué un tas d’autres choses que les 35 heures lors de son entretien sur Europe!
    Si tu as lu ce que j’ai écris (merci pour le lien) il ne t’étonnera pas que j’émette quelques réserves sur ton billet.
    Tu critiques la dictature de la contrainte horaire et je suis assez d’accord mais alors payons tout le monde au forfait, sur la base du travail fournis et non plus sur le nombre d’heures passées !
    Mais outre que certains auraient du mal à s’en sortir parce que « moins doués » que les autres (j’en connais) ça serait remplacer une dictature des horaires par une dictature des objectifs…va demander à moult commerciaux ce qu’ils en pensent des objectifs inatteignables qui leurs sont fixés et de la pression que cela leur impose !
    Les 35 heures de ce point de vue n’ont rien changé pour les cadres et n’ont fait que mettre une pression supplémentaire sur les employés et ouvriers !…il n’y a pas de miracle, si la productivité est élevée c’est en partie grâce aux 35 heures qui ont obligé les entreprises à se réorganiser et à « concentrer » comme tu dis le travail. Sauf que cette concentration, dans beaucoup de boulots elle a été synonyme d’augmentation des « cadences » et donc d’une dégradation des conditions de travail des salariés. La productivité élevée elle a un prix !
    Les 35 heures n’ont réellement profité qu’à quelques uns, quelques salariés de grosses boites et ceux de la fonction publique, à coté, il y a tout ceux qui certes travaillent moins longtemps mais plus dur et qui de surcroit n’ont pas été augmentés, il y a ceux qui n’en bénéficient pas (commerçants, agriculteurs, prof libérales etc) et qui malgré tout en payent le cout pour l’Etat !
    Plus généralement, et même si elles ont des aspects positifs, plus personne aujourd’hui ne peut décemment présenter les 35 heures comme une brillante idée (j’énonce quelques inconvénients dans mon billet) qui vaudrait que l’on ne puisse envisager de les remettre en cause ou tout du moins d’en discuter sérieusement. Valls a tout à fait le droit d’exprimer son avis sur le sujet sans être traité de vil réactionnaire.
    Le problème des socialistes c’est qu’ils ne savent pas s’interroger sereinement sur certains sujets tabous déclarés intouchables par une partie de la gauche figé dans un corpus idéologique poussiéreux et dépassé.
    Pour la conclusion voir celle d’Alexandra.

  20. J’avoue avoir du mal à te suivre: un coup sur un autre blog (Jegpol) tu reproches à la gauche d’être trop droitière, un coup tu vas sur la même position que Dassault sur la suppression des 35 heures…
    Sur le fond: si je suis ton raisonnement, tu veux qu’on rajoute des heures de travail pour que les gens fassent la même chose mais en plus de temps ? Quelle perte de temps pour les entreprises et les salariés !
    C’est le retour de la gauche archaïque et bureaucratique!

  21. mokthar

    Alexandra, Nicolas007: Quelle vision caricaturale et dépassée de l’entreprise vous avez ! C’est fou! Nous ne sommes plus au 19e siècle dans une usine à charbon ! Le mal français c’est de considérer que le travail long est le travail bon.

  22. Alexandra

    Comme ce que j’aime dans le propos de Manuel Valls est de refuser tout dogmatisme, je ne fais religion ni des 35h, ni des 39h… et je dois vous avouer que mon opinion n’est pas complètement figée…
    Surtout, que j’ai toujours été une des premières à les défendre face à la mauvaise foi de la droite qui nous expliqué pendant des années que la durée légale du travail était la cause de tous les malheurs du monde (ou moins de notre pays).
    Je partage aussi complètement ton point de vue Romain quand tu parles que le travailler plus n’est pas nécessairement le travailler mieux et que celui qui s’obstine à quitter son travail le plus tard n’est pas celui qui fait le meilleur boulot…
    Mais il y a également tous ceux à qui on a demandé de faire le même boulot en bossant 4h de moins par semaine, pour qui cela a généré stress, des pressions supplémentaires et plus généralement du mal être dans le travail.
    Le problème est que l’emploi, le rapport à son travail et surtout la rémunération n’est pas la même pour tous : qu’il s’agisse des cadres, des ouvriers, des fonctionnaires, des artisans…
    Face à des situations aussi hétérogènes, on ne peux pas raisonner en tout noir tout blanc ; et c’est pour ça que je réjouirais que la gauche casse le tabou des 35 heures et soit capable de se remettre en cause et de faire des propositions innovantes sur ce sujet.
    C’est surtout parce qu’elle porte des valeurs de justice sociale, de défense des plus faibles, de protection sociale, la gauche est plus même que la droite à apporter de nouvelles perspectives sur ce sujet.
    Pour finir, je rejoins Nicolas007bis (décidément ^^) en pensant qu’il n’y a pas d’incompatibilité entre une réflexion sur la durée du travail, le fait de penser la qualité du travail et une meilleure répartition des richesses.

  23. Romain,
    Je n’ai jamais reproché à la Gauche d’être trop droitière, je lui reproche de ne pas représenter une alternative crédible avec un projet original !
    Je n’ai pas dis non plus que je souhaitais « que les gens fassent la même chose mais en plus de temps »…si tu me relis un peu plus attentivement (je sais c’est long, désolé) tu verras que je ne fais que dire que les 35 heures ont eu d’une part un certain nombre de contreparties négatives pour certains (plus de pression, pas de hausses de salaires) et d’autre part que tout le monde, et loin de là, n’est pas égal devant les 35 heures, certains ont payé sans en bénéficier, d’autres ont eu leurs conditions de travail dégradés et d’autres effectivement en profitent bien !
    Refuser de s’interroger sereinement à leur propos ce n’est pas respecter des valeurs mais s’arque-bouter sur des symboles !

  24. @alexandra: a la bonne heure on avance. Que la durée dans le travail soit hétérogène quand à son utilité oui. Je le dit depuis le départ. Pour moi le salariat basé sur des heures est de moins en moins crédible, à part sur certaines professions (caissiéres, acceuil…).
    Les 35 heures ne sont pas un tabou sauf pour Valls titillé par le besoin d’exister pour se vendre plus tard. Les entrepreneurs, les salariés de TPE, les cadres, certains employés (commerciaux par etc…) ne les ont pas. Et il est possible d’y déroger pour les autres catégories. Bref le tabou en question l’est autant que de boire du porto blanc dans une mairie ou avouer son homosexualité à une soirée spécial Dalida.
    Considérer par contre en soit les 35 heures de façon globale comme une mauvaise chose, c’est avoir une vision purement quantitative du travail. On ne repartira pas mieux les richesses en faisant faire en 45 heures à un salarié ce qu’il peut faire en 35 heures. On ne fera pas améliorer la condition des travailleurs en leur faisant produire plus si le carnet de commandes est vide.
    Il ne t’as d’ailleurs, j’imagine, pas échappé que dans ma position sur ce billet, je souhaite qu’on réfléchisse au travail autrement, plus rationnellement, plus efficacement mais aussi moins lassant. Voila ce qui peut être un projet émancipateur pour la gauche.

  25. Mokthar,
    Je ne veux pas parler au nom d’Alexandra, mais pour ma part, je crois connaitre assez bien le monde de l’entreprise et je t’assure que j’ai compris depuis longtemps que nous ne sommes plus « au 19e siècle dans une usine à charbon  » !!!!
    je n’ai jamais confondu « travail long et travail bon » d’ailleurs même Valls parle de « travailler plus et mieux » ce qui, contrairement, à ce que tu sous-entend, n’est pas du tout incompatible !

  26. Mais j’ai bien lu ton propos, par contre à part diluer du travail dans plus de temps je ne vois pas de proposition…

  27. mokthar

    Valls va devoir aussi nous expliquer comment on va perdre notre première place en productivité horaire au monde, comment on va financer ces heures, comment chaque salarié pourra choisir dans une boite librement si on bosse 35h ou 38h…

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