Viens squatter chez moi…Benoit Courtin

B.coutin  Dans la rubrique "viens squatter chez moi" , un billet de Benoit Courtin sur la présidence de l'union européenne. Benoit est ancien président des jeunes européens Lyon et membre du MODEM du 7e arrondissement. Il tient également un blog sur lequel il parle politique, europe et sports polluants. Allez viens squatter chez moi Benoit! 

On dit souvent de l'Union Européenne qu'elle est distante et que les citoyens n'ont pas leur mot à  dire. En règle générale, je suis un des premiers à réagir pour dénoncer cette contre vérité, élection du Parlement Européen à l'appui. Mais il faut dire que dernièrement nos chers Sarkozy, Merkel, Brown, Berlusconi et compagnie n’ont pas vraiment donné l'exemple en matière de transparence et de débat. Je veux parler bien entendu des nominations découlant de l’adoption du Traité de Lisbonne. Donc ce coup-ci, je dénonce bien volontiers cette opacité européenne qui dégoute les citoyens.

Au lieu de créer un débat européen dans les 27 pays sur la personnalité qui devrait être la mieux à même de présider le Conseil Européen, nos chefs d'États et de gouvernements ont chuchoté dans les couloirs. Auraient-ils eut peur de se faire détrôner ? 
En France, la situation est assez grotesque. En pleines négociations sur la désignation du nouveau Président de l'Europe, on a lancé un débat sur l'identité nationale !! Quelle idée saugrenue ! Sarkozy nous étonnera toujours… et pas en bien malheureusement !

Qui étaient les candidats envisagés ? Il y avait d'abord 3 candidats officiels : le Premier Ministre du Luxembourg Juncker, l'ex présidente de la Lettonie Vaira Vike-Freiberga et le Président de la République d'Estonie Toomas Hendrik Ilves. Il y avait aussi les candidats officieux : Tony Blair qu'on ne présente plus, Herman Van Rompuy, Premier Ministre Belge de consensus (inter)national et Jan Peter Balkenende, Premier Ministre néerlandais.

 
Quels étaient les atouts et les handicaps de chacun ?

Mme Vike-Freiberga avait d'abord l'avantage… d'être une femme ! Elle provient d'un petit Etat de l'UE, ce qui est recherché, elle a une vision d'une présidence faible du Conseil Européen, ce qui plaira à notre cher duo franco-allemand de droite. Handicap : Merkel ne veut pas de femme à ce poste. Jalouse !! Vike-Freiberga a soutenu la guerre en Irak et en plus, elle a aujourd'hui 72 ans. Autre problème, elle vient d'un Etat de l'élargissement de 2004 et il semble qu'un candidat provenant d'un des 6 Etats fondateurs était attendu. Enfin, elle n'a jamais assisté à un Conseil Européen. Donc c'était pas gagné !

M. Juncker avait quant à lui un beaucoup plus de chances. Il doit d’ailleurs son éviction à un certain Nicolas S qui a mis son véto. Tous étaient d’accord sauf le Calife français. Juncker vient d'un petit Etat, qui plus est fondateur de l'UE. Il a l'expérience du Conseil Européen, il est Président de l'Eurogroupe, relativement connu dans tous les Etats de l'UE. C’était le candidat idéal parmi les candidats. Problème, on le sait donc officiellement maintenant : Sarkozy ne peut pas le sentir. C'est vrai que l'homme est grand. Il serait jugé trop fédéraliste par ses amis du Conseil Européen et il a une vision d'un Président fort. L'Allemagne ne voulant pas trop d'ombre, c'était pas gagné non plus mais quand même, si Sarko n’avait dit mot, l’homme serait aujourd’hui dans un confortable fauteuil.

Passons maintenant au candidat Ilves. 55 ans, Président en exercice de l'Estonie. A la tête d'un petit Etat, il avait des chances. Mais il ne correspondait pas au cadre que les Grands se sont fixés. Sorti du bois très tard, il aurait fallu avoir davantage de temps pour jauger la crédibilité de cette candidature qui faisait de l'ombre à la voisine lettone Vike-Freiberga. Sur un malentendu il pouvait malgré tout passer.  

Venons-en à présent aux candidats non déclarés (Blair, Van Rompuy et Balkenende) puisque c’est de cette « équipe » que le Président du Conseil Européen sort.

Tony Blair a d’abord eu ses chances. Si le Traité de Lisbonne avait été validé plus tôt, il aurait sans aucun doute gagné. Mais beaucoup de gouvernements, notamment les gouvernements du Bénélux et de l'Autriche ne voulaient pas en entendre parler. Autres handicaps : il est anglais, il a soutenu la guerre en Irak et il a empêché la nomination de Verhofstadt en 2004 à la Commission. C'est donc à cause de lui qu'on se trimbale Barroso. Il vient d'un pays qui n'a pas l'euro, qui a fait son opting-out sur la charte des droits fondamentaux et qui n'est pas non plus dans les accords Schengen. Ca fait beaucoup pour un seul homme, mais en Europe, tout est possible. La preuve : la numero 2 de la Commission Européenne qui est chargée des affaires étrangères et de la politique de défense est une anglaise et provient du système Blair. Catherine Ashton a en effet été ministre de Blair puis présidente de la Chambre des Lords et enfin Commissaire Européenne en remplacement du très contesté Mandelson. Point de Président anglais du Conseil Européen, mais une Ministre européenne des Affaires Etrangères qui a tout à prouver à ce poste puisqu’elle n’a aucune expérience en diplomatie.

Van Rompuy maintenant. Notre cher Président ! Les avantages que comportait sa nomination sont les suivants : il est Belge. Non ce n’est pas une blague. En tant que Belge, il provient d'un Etat fondateur. A son crédit : il a réussi à mettre d'accord les partis belges ! Et ça c'est une prouesse ! Mais en partant de Bruxelles pour rester à Bruxelles (au Conseil Européen), il y avait un risque pour son pays de mégacrise politique. Son départ du gouvernement aurait en effet pu s’avérer glissant pour la Belgique. On sait maintenant qu’il n’en a rien été même si des tensions subsistent et que la crise politique peut revenir à tout moment. Autre avantage de l’homme, et c’est l’avantage qui a été le plus médiatisé, c'est un homme de consensus et un homme discret. Ca nous changera un président discret ! Mais est-ce ce dont l’Europe a réellement besoin ? Il est bon d’en douter !

Enfin, Balkenende. Le « Harry Potter » du Conseil Européen ! Aussi charismatique qu'une huître, cet homme résiste dans son pays. Contesté et mal aimé, saurait-il se faire apprécier de ses homologues européens ? Défendant une vision d'un président du Conseil Européen faible, il aurait, dit-on, obtenu les grâces de certains. Provenant d'un Etat fondateur de l'UE, contributeur net et faisant partie de toutes les politiques européennes, c'était peut-être le candidat non officiel qui avait les chances les plus sérieuses. L’histoire de l’Union Européenne n’aura en tous cas pas retenu son nom. 
 
Tout ceci pour dire que les dirigeants européens ont mené une véritable chasse à l'homme et que dans tout ça, nous, citoyens, on n'a rien eu à dire. C'est con ! Vivement l'élection au suffrage universel direct paneuropéen du Président du Conseil Européen !!!

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  1. tout à fait, Benoit et moi en sommes d’ailleurs de fiers adhérents, et comme tu l’as lu dans ce billet, le monsieur a même présidé la structure.

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