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Lyonnitude(s) : Raymond Barre, homme de contrastes

Raymond Barre n’est plus, il s’est éteint cette nuit.

L’ancien Premier Ministre, l’ex-député du Rhône, le précédent Maire de Lyon m’ont laissé jusqu’au bout des sentiments contrastés mais en tout état de cause du respect.

Raymond Barre, cela a commencé pour le lycéen féru d’économie que j’étais, par la découverte de ses tentatives de vulgarisation des théories keynésiennes, chose appréciable pour moi qui avait une admiration sans borne pour le dandy de Cambridge comme d’autres s’enthousiasment pour José Bové. Mais bon c’est vrai , signe des temps, signe aussi de modifications des conditions d’échanges internationaux, l’ancien premier ministre avait abandonné depuis longtemps ses orientations vers ce brave John Maynard (J’ai moi-même mis de l’eau dans mon vin au fur et à mesure que ma culture éco, certes modeste, grandissait) pour adopter un monétarisme assez orthodoxe.
En tout cas cette tentative de pédagogie de l’économie dans un pays où la chose est rare mérite le respect.

Mais l’homme fut plus bien que cela, dans tous ses contrastes.

Raymond Barre c’est d’abord un homme considéré comme un grand gestionnaire et qui laissait la France avec une inflation à deux chiffres que Jacques Delors, qui est souvent  décrit comme son pendant de gauche,et Pierre Bérégovoy surent juguler, tout en faisant parti de gouvernement que l’on taxait de mauvais gestionnaires, paradoxe du contraste entre réputation et résultats si fréquente en politique.Il est vrai que Barre n’avait plus Boulin, tué dans des circonstances non élucidées et que Monory manquait souvent de talent comme on le verra plus tard en 1986.

Raymond Barre ce fut ensuite une véritable  foi dans l’Europe, à l’époque où ceux qui s’intéressaient au futur politique de la CEE n’étaient pas nombreux.

Raymond Barre c’est aussi une volonté d’afficher une démocratie apaisée.Il insistait dessus à longueur d’émissions de télé.

Mais il avait eu Poniatowski dans son gouvernement et s’est prononcé à plusieurs reprises pour la peine de mort,notamment aprés 2002.A-t-il été ami avec les milieux de l’extrême-droite portugaise alors au pouvoir comme Giscard? Rien ne permet de l’affirmer.Etait-il en sympathie avec l’Opus Dei? La chose est plus sure et 1988 verra, à son initiative s’organiser une messe en hommage au fondateur de l’ordre.Enfin ses relations avec Papon sont connues:L’ancien collaborateur, dont on oublie qu’il était l’un des principaux dirigeants du RPR dans les années 70 sans que personne ne trouve rien à y redire fut un ministre des gouvernements barristes.Plus tard, l’ancien député du Rhône viendra même témoigner en faveur de l’ancien préfet de  police de Paris…

Mais il sera aussi celui qui condamnera l’alliance de Charles Millon avec le Front National a la région Rhône-Alpes,empêchant ainsi un certain nombre d’élus de se fourvoyer à leur tour.

Localement, où il a été un acteur politique important d’une ville que ni sa femme ni lui ne semblaient réellement apprécier au départ mais, comme le dira Gérard Collomb, qu’il a appris à apprécier, notamment à travers le quotidien des gens.

Il fut député de Lyon a partir de 1977 restant invaincu  jusqu’en 2002 où il laissa son siége à Christian Philip qui du le laisser à Dominique Perben aprés une intense campagne de pressions contre ce dernier.Il est vrai que cette circonscription était une planque idéale pour un élu de droite et l’ancien maire de Chalon-sur-Saone cherchait un endroit pas trop compliqué où se présenter en attendant.

Elu maire de Lyon en 1995, au cours d’une campagne, il reprochera entre les deux tours aux lyonnais son faible score le laissant trop proche à son gout de celui des chabertistes.Ce ressenti du contraste entre les qualités qu’il se sait et sa réussite dans certains scrutins, il l’avait déjà ressenti en 1988 lorsqu’il s’était présenté aux présidentielles.

Il gèrera,au cours de son mandat,  la ville en bonne intelligence avec les élus de gauche, les laissant développer les trois arrondissements dont ils avaient la charge et fera même entrer quelques uns d’entre eux à l’exécutif du Grand Lyon.

Au cours de la campagne municipale suivante, où il ne se représentait pas, il affirma  notamment  qu’une victoire de la gauche à Lyon ne lui poserait pas de problème.C’est d’ailleurs avec émotion que Gérard Collomb lui a rendu hommage ce matin.

Une veillée sera d’ailleurs organisée dans les salons de l’Hôtel de Ville ce lundi à 19h.