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2010 décembre | romainblachier.fr – Part 2

Contrairement à ce qui avait été annoncé par les médias, elle n’a pas été libérée. Asia Bibi, dont je vous avais parlé ici, mére de famillle pakistanaise battue et condamnée à mort pour ses opinions religieuses est toujours en cellule

. Un imam a mis sa tête à prix et des partis islamistes demandent son exécution. La presse française vient enfin de se réveiller via un article dans le Parisien et un autre dans Libération.

Rappellons que tout cela a commencé avec une simple dispute et un refus de la part de villageoises de boire l’eau apportée d’Asia parce qu’elle provenait d’une chrétienne…Si vous ne l’avez pas encore fait, vous pouvez signer la pétition en faveur d’Asia en cliquant ici. Il vous reste quelques jours avant l’envoi.

Je connais et j’ai un grand respect pour Ali Soumaré depuis pas mal d’années. Nous nous croisions réguliérement dans les rendez-vous et échéances nationales du Parti Socialiste ainsi que dans les moments de rassemblement de SDJ, le regroupement des jeunes strauss-kahniens. Avec Badr Slassi, Patrick Haddad et quelques autres, il faisait partie des piliers de notre mouvement de jeunesse dans le Val D’Oise.

Déjà on sentait une grande maturité et un talent chez Ali, que les années n’ont nullement démenti. Issu des quartiers populaires, éducateur, c’est un homme venu du terrain qui s’est intéressé à la politique.

Désigné tête de liste du Val d’Oise pour les régionale suite au vote des militants du département, Ali a subi, on s’est souvient, une campagne de dénigrement violente avant de triompher magistralement en remportant une large majorité auprès des électeurs. Ali est aujourd’hui conseiller régional PS d’Ile-de-France.

Il raconte aujourd’hui son parcours, loin d’être terminé à 29 ans, et ses convictions dans « Casier Politique », un ouvrage que j’ai dévoré dimanche dernier. Du coup ceci mérite bien une petite interview.

Romain Blachier : Pourquoi ce livre ? Comment est-il né ?

Ali Soumaré: Je voulais « me raconter » après les attaques de l’UMP que j’ai connu lors des élections régionales de 2010 pas par narcissisme mais pour comprendre et expliquer ce qui au fond n’était pas forcément un dérapage. J’ai été qualifié de « déliquant multirécidiviste chevronné ». Donc ce qui m’a convaincu d’écrire ce livre ? Ceux qui connaissent un parcours ordinaire parfois chaotique mais qui s’en sortent dans les banlieues françaises, ceux qui ne ressemblent pas au « corps traditionnel français », ceux qui y ressemblent mais s’interrogent sur la France du 21ème siècle et son évolution, ses banlieues, ses valeurs, ceux qui ne croient plus en la politique et en ces représentants, tous ceux qu’on n’entend pas ou qu’on ne veut pas entendre. J’ai ensuite rencontré Jean-Marc Pitte un journaliste très professionnel, et le plus important à l’écoute, nous avons décidé d’écrire ce livre que je voulais fonder sur mon récit de vie et à partir de lui pouvoir donner des clés de compréhension et d’actions politiques.

RB: Comme moi, tu te définis social-démocrate, proche de Strauss-Kahn et Rocard. Qu’est-ce qui t’attire dans cette nuance de la gauche ?

AS: D’abord le respect de l’homme ordinaire. Il n’y a pas plus grande marque de respect que d’expliquer les choses compliquées ou complexes à des personnes qui n’en sont pas les spécialistes sans démagogie et avec respect. Ensuite le bon sens, on part bien du réel et à partir de lui on essaye de le transformer mais sur des bases réalistes. On n’en est pas moins ambitieux que d’autres mais on s’inscrit dans ce monde-ci et son économie marchande notamment, on n’appelle pas au « grand soir » et on a pas besoin de sauter sans cesse sur notre tabouret pour être vraiment de gauche. Notre réussite n’est d’ailleurs pas toujours à notre crédit or depuis plus de 20 ans la plupart des dirigeants de droite ou gauche ce sont, en catimini, ralliés à notre logiciel et notre politique de régulation, de redistribution sociale et d’innovation sans le revendiquer. Enfin car nous avons encore beaucoup à apporter en matière de renouveau politique, notre histoire, nos hommes et femmes, notre volonté font de nous les meilleurs pour apporter des réponses à la crise actuelle car si on nous copie c’est imparfaitement alors que notre démarche est globale et cohérente pour modifier en profondeur un capitalisme débridé et proposer une vie et des relations plus équilibrées, plus justes.

RB: Nous sommes tous deux des élus et des militants laics qui sommes croyants. Comment tu articules ta foi et ton engagement politique pour ta part?

AS: On le sait la laïcité comme la démocratie sont des combats de tous les jours mais qui ne sont des victoires que temporaires … jusqu’au prochain combat. On vient d’en avoir l’illustration depuis quelques jours avec la vision de Marine le Pen de l’Islam, ce n’est que le prolongement d’une haine de l’autre que l’on retrouve dans toute l’Europe (Suisse, Pays-Bas, Belgique, etc.) et que ce gouvernement attise malicieusement depuis des années. Je crois profondément, à l’instar de ce gand combat pour la laïcité qui a duré plus d’un siècle avant de mener à la loi de 1905, que c’est l’implication de militants croyants, tout en étant laïcs, qui va conduire à ce renouveau laïc, que ce soit de la part de militants appartant comme toi à l’Eglise Réformée ou comme moi à l’Islam. Je suis persuadé que de tout les pays du monde la France sera celui qui réussira le premier car notre socle, la laïcité, et notre devise – liberté, égalité, fraternité – ont les racines les plus profondes et les plus modernes et authentiques du monde occidental. La France est la mère de l’universalisme, nous devons nous retrouver et paradoxalement l’islam nous offre ce défi. Il sera certes long, difficile et semé d’embûches mais nous le relèveront car la France malgré ses extrêmes reste la France. En assumant dans ce cadre ma foi, ma religion et mon engagement, le plus normalement possible, je pense à mon échelle contribuer à oeuvrer à un islam de france que chacun appelle de ses voeux, à dédiaboliser une religion qui sous certain aspect peut inquiéter, mais dont les similitudes, les racines, la philosophie sont les mêmes que le judaïsme et le christianisme. Elles se résument d’ailleurs simplement à essayer d’être un meilleur homme notamment en respectant et aimant son prochain. Ensuite après l’appel de cet islam, il faut oeuvrer concrétement le mettre en oeuvre pas les uns contre les autres mais ensemble collectivement partiquants, athées, musulmans ou non avec une règle respecter les principes de la laïcité : la liberté de conscience de chacun et le respect de l’autre dans sa quiétude.

RB Un bébé, une élection réussie, un livre…et la suite ?

AS Etre un bon élu régional ? Il faut apprendre vite mais bien. C’est la première assemblée d’élus auquelle je participe. J’en suis fier et honoré. J’ai à coeur d’oeuvrer à changer les choses en profondeur mais pour le faire il s’agit aussi de bien comprendre entre autres le lien actuel entre politique et technique, ou l’administration, par exemple. Le politique a abondonné ses prérogatives trop souvent et il devient impuissant d’autant plus que l’administration s’affaiblit alors que lui manque d’imagination. Or pour changer les choses il faut les deux et chacun fort mais à sa place. A la région par exemple le travail des commissions, celui avec l’administration, le fait de toujours penser au sens politique de notre démarche sur la citoyenneté, la politique de la ville, la coopération internationale est impératif pour être à la hauteur de la confiance placée en nous – les gens ont voté pour des options politiques – mais aussi pour après car de nombreuses échéances se préparent… il faudra être prêt pas seulement pour nous mais aussi pour nos enfants.

RB Et pour finir donne-nous deux raisons d’acheter ton livre ?

AS Si vous ne connaissez pas les banlieues et les gens qui y vivent acheter mon livre pour vous donnez l’occasion de mieux les comprendre ainsi que de comprendre la mécanique d’enfermement et de stigmatisation de certains territoires et ces habitants. Si vous les connaissez pour confronter votre point de vue avec le mien. C’est la première raison. La seconde c’est que si Romain me fait le plaisir de m’interviewer et vous de lire son blog et cette interview… alors on a des choses en commun : la curiosité.

Casier politique, Max Milo Éditions, 256 pages, 16 euros.

Sylvain Auvray s’en va. Celui qui fut le chef puis le directeur de cabinet de Gérard Collomb va désormais travailler à la région Aquitaine, ce qui est une bonne nouvelle pour lui puisqu’il cherchait depuis quelques années à se rapprocher de ce lieu où il a des attaches familiales fortes et où il souhaitait faire évoluer sa carrière.

Si la chose est une bonne nouvelle pour lui, elle l’est sans doute aussi pour d’autres. Certes l’homme était des plus sympathiques et cultivés et il était souvent plaisant de boire un verre avec lui. Ceci dit la chose ne l’empêchait pas de mettre des bâtons considérables dans les roues d’un tas de gens. Il était aussi celui qui avait une forte tendance à couper les fortes têtes et à pousser des personnalités un peu fades pour ne pas faire de vagues. Il était également trop souvent un écran entre Gérard Collomb et les militants de base pour tirer trop souvent une légitimé et des prises de décision personnelles et discutables en les attribuant au Maire. Enfin un fonctionnement un peu notabilisé, sans états d’âmes et agiste n’arrangeait pas les choses. Bref, un départ qui est une bonne nouvelle pour tout le monde, y compris pour Sylvain, y compris pour la gauche lyonnaise.

La semaine dernière, cela a été fort médiatisé, il y a eu une rencontre entre des acteurs du monde de l’internet et le Président de la République. Il s’agissait, pour un pouvoir qui a bien du mal avec le web, au point d’être critiqué sur ce point par Arnaud Dassier, gourou UMP du numérique, de nouer un peu le dialogue. Il était temps. Nous sommes tout de même en 2010.

Je vous recommande trois récits qui résument la rencontre l’un par Versac, l’autre par Presse Citron le troisème par Eolas.

Ma copine Sylvie , que j’adore par ailleurs, critique elle la rencontre non pas parce que celle-ci arrive avec retard et après nombre de décisions discutables dans le domaine du web, mais parce que les participants seraient des hommes. C’est penser comme trop souvent en termes de genre exclusivement ce qui est pourtant une réalité: comme le disait une journaliste sur Twitter, il n’existe pas d’équivalents féminins aux personnes invitées, ni à un blog majeur dans les nouvelles technologies comme celui de Eric Dupin, ni dans le juridique comme Eolas, ni à un acteur dans le domaine de l’accés internet comme Xavier Niel le fondateur de Free, de la musique en ligne comme le boss de Deezer Daniel Marhély ou dans le domaine de la rentabilisation web comme Jean-Baptiste Descroix-Vernier.Certes dans le domaine des blogs de mode, le secteur est trusté par le genre féminin, au point que l’on parle de blogs de filles comme un genre en soit, très juteux d’ailleurs puisqu’il est l’objet des attentions des agences marketing. Mais les sujets abordés portaient sur l’Etat et la régulation d’internet. Fallait-il alors inviter une femme prétexte ?

Mais sortons de ce débat précis. De façon générale, faut-il systématiquement mettre sur le même plan des acteurs, même moins pertinents que d’autres, au seul motif de leur naissance ? Ne pas tenir compte tout simplement du travail et du talent, qualités qui ne manquent pas tant dans le genre féminin que masculin ? Je ne le crois pas et agir c’est presque insultant pour les femmes.  Tout comme en politique. Quand je vois dans des réceptions des élues se préoccuper d’être placées devant d’autres au motif qu’elles sont des filles ou survenir au moment des élections des demandes de places éligibles au simple prétexte du genre et non des compétences et du travail (qu’on se rassure il y a au moins autant d’incompétents chez les hommes) , je me dit que la juste lutte pour les droits des femmes a été galvaudé par certaines au profit de simples ambitions d’égo ridicules. C’est l’un des effets pervers de la parité. Heureusement que nombre d’élues femmes n’ont pas besoin de quotas pour faire apprécier leur travail.

Bref il faut que les filles continuent le boulot et que de véritables politiques en matiére sociale et familiale les libérent des différents carcans plutôt que de sombrer dans la facilité de mendier des places au simple prétexte de la naissance.

Dans un billet optimistement intitulé « C’est mal barré pour 2012 », Stef me demande ainsi qu’à d’autres, qui sera prêt à appeler et soutenir le vote utile à gauche dés le premier tour. Certains sont perplexes quand à la question, d’autres répondent non, des derniers disent oui, bref on a de tout.

Je pense que ma réponse ne fera tomber personne du 32e étage du Radisson de surprise: Pour moi la question ne se pose pas, mon vote pour le principal parti de gauche, le PS, n’est pas seulement utile mais  de conviction. Il n’y a pas clivage en la matière. La question du vote de raison ou du vote de passion est la même me concernant.

Ou alors il faudrait un sacrément mauvais candidat et programme socialiste et un sacrément bon candidat Europe Ecologie-Les Verts. Et à ce moment là d’ailleurs, le deuxième pourrait devenir à son tour de vote utile. Mais nous en sommes loin.

Dans les abattoirs, les bœufs sont assommés avant qu’on procède à leur abattage.

C’est pour l’instant au seul coup de massue qu’ont procédé les dirigeants des états européens cette semaine.

Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, qui avait pourtant d’excellentes propositions, a perdu sur toute la ligne.

Il plaidait pour une création d’obligations européennes afin que nous gérions au moins en partie les dettes en commun et que nous puissions obtenir de meilleurs taux par ce biais. Rejetté. L’Allemagne était frileuse, comme toujours depuis Madame Merkel et le retour d’une vision centrée sur elle même du pays de Goethe et Luther. Le Président Sarkozy, qui si il n’est pas un européen de conviction, a été plus offensif sur ces questions, s’est rallié à cette position frileuse comme il le fait déjà depuis un certain temps. La chose aurait pu ouvrir aussi la voie à une plus grande intégration européenne, à plus de politique et moins de technocratie dans l’Union. Mais non. Premier coup de massue.

Autre bon combat de Juncker: Aller vers des moyens financiers européens plus ambitieux. Avec un pour cent du PIB des pays de l’Union, l’Europe ne peut pas faire grand-chose et apparait comme une grosse machine inutile et bien incapable de réguler. Du coup certains disent qu’il faut tuer la bête. D’autres, comme les conservateurs britanniques ou tchéques et quelques autres,souhaitent que ce modeste budget soit encore plus restreint. Le premier ministre de droite de l’UK, David Cameron a ainsi poussé pour que l’Europe ne dispose plus que de 0,85% du PIB. C’est une volonté politique de sa part et c’est aussi un moyen chez lui de calmer ses députés les plus à droite, échaudés par son alliance avec les libéraux-démocrates. Sans aller jusque là, c’est à un nouvel échec qu’à conduit cette proposition de Juncker puisque au contraire c’est un gel jusqu’en 2020 du budget européen qui a été décidé par les chefs d’Etat. Pourtant la nécessité de répondre aux excès de spéculation comme l’avait souligné DSK dans sa charge contre les égoïsmes nationaux et la simple ambition de relancer l’ambition européenne aurait du conduire à l’inverse et à une augmentation des moyens de l’Europe. Deuxième coup de massue.

Et le couteau europhobe s’approche…

Selon le site Arrêt sur Images, la comparaison faite par Marine Le Pen sur la comparaison entre immigration et occupation nazie serait une incompréhension.  Ca se tient. Mais pas sûr que la chose soit réellement involontaire après coup puisque la candidate a la présidence du FN n’a pas démenti sur le fond. En tout cas je suis d’accord, la référence à la seconde guerre mondiale visait tout d’abord son rival Bruno Gollnisch. Et ses voix au sein du FN. « L’incompréhension » en question aussi peut-être.

2010 décembre | romainblachier.fr – Part 2

Contrairement à ce qui avait été annoncé par les médias, elle n’a pas été libérée. Asia Bibi, dont je vous avais parlé ici, mére de famillle pakistanaise battue et condamnée à mort pour ses opinions religieuses est toujours en cellule

. Un imam a mis sa tête à prix et des partis islamistes demandent son exécution. La presse française vient enfin de se réveiller via un article dans le Parisien et un autre dans Libération.

Rappellons que tout cela a commencé avec une simple dispute et un refus de la part de villageoises de boire l’eau apportée d’Asia parce qu’elle provenait d’une chrétienne…Si vous ne l’avez pas encore fait, vous pouvez signer la pétition en faveur d’Asia en cliquant ici. Il vous reste quelques jours avant l’envoi.

Je connais et j’ai un grand respect pour Ali Soumaré depuis pas mal d’années. Nous nous croisions réguliérement dans les rendez-vous et échéances nationales du Parti Socialiste ainsi que dans les moments de rassemblement de SDJ, le regroupement des jeunes strauss-kahniens. Avec Badr Slassi, Patrick Haddad et quelques autres, il faisait partie des piliers de notre mouvement de jeunesse dans le Val D’Oise.

Déjà on sentait une grande maturité et un talent chez Ali, que les années n’ont nullement démenti. Issu des quartiers populaires, éducateur, c’est un homme venu du terrain qui s’est intéressé à la politique.

Désigné tête de liste du Val d’Oise pour les régionale suite au vote des militants du département, Ali a subi, on s’est souvient, une campagne de dénigrement violente avant de triompher magistralement en remportant une large majorité auprès des électeurs. Ali est aujourd’hui conseiller régional PS d’Ile-de-France.

Il raconte aujourd’hui son parcours, loin d’être terminé à 29 ans, et ses convictions dans « Casier Politique », un ouvrage que j’ai dévoré dimanche dernier. Du coup ceci mérite bien une petite interview.

Romain Blachier : Pourquoi ce livre ? Comment est-il né ?

Ali Soumaré: Je voulais « me raconter » après les attaques de l’UMP que j’ai connu lors des élections régionales de 2010 pas par narcissisme mais pour comprendre et expliquer ce qui au fond n’était pas forcément un dérapage. J’ai été qualifié de « déliquant multirécidiviste chevronné ». Donc ce qui m’a convaincu d’écrire ce livre ? Ceux qui connaissent un parcours ordinaire parfois chaotique mais qui s’en sortent dans les banlieues françaises, ceux qui ne ressemblent pas au « corps traditionnel français », ceux qui y ressemblent mais s’interrogent sur la France du 21ème siècle et son évolution, ses banlieues, ses valeurs, ceux qui ne croient plus en la politique et en ces représentants, tous ceux qu’on n’entend pas ou qu’on ne veut pas entendre. J’ai ensuite rencontré Jean-Marc Pitte un journaliste très professionnel, et le plus important à l’écoute, nous avons décidé d’écrire ce livre que je voulais fonder sur mon récit de vie et à partir de lui pouvoir donner des clés de compréhension et d’actions politiques.

RB: Comme moi, tu te définis social-démocrate, proche de Strauss-Kahn et Rocard. Qu’est-ce qui t’attire dans cette nuance de la gauche ?

AS: D’abord le respect de l’homme ordinaire. Il n’y a pas plus grande marque de respect que d’expliquer les choses compliquées ou complexes à des personnes qui n’en sont pas les spécialistes sans démagogie et avec respect. Ensuite le bon sens, on part bien du réel et à partir de lui on essaye de le transformer mais sur des bases réalistes. On n’en est pas moins ambitieux que d’autres mais on s’inscrit dans ce monde-ci et son économie marchande notamment, on n’appelle pas au « grand soir » et on a pas besoin de sauter sans cesse sur notre tabouret pour être vraiment de gauche. Notre réussite n’est d’ailleurs pas toujours à notre crédit or depuis plus de 20 ans la plupart des dirigeants de droite ou gauche ce sont, en catimini, ralliés à notre logiciel et notre politique de régulation, de redistribution sociale et d’innovation sans le revendiquer. Enfin car nous avons encore beaucoup à apporter en matière de renouveau politique, notre histoire, nos hommes et femmes, notre volonté font de nous les meilleurs pour apporter des réponses à la crise actuelle car si on nous copie c’est imparfaitement alors que notre démarche est globale et cohérente pour modifier en profondeur un capitalisme débridé et proposer une vie et des relations plus équilibrées, plus justes.

RB: Nous sommes tous deux des élus et des militants laics qui sommes croyants. Comment tu articules ta foi et ton engagement politique pour ta part?

AS: On le sait la laïcité comme la démocratie sont des combats de tous les jours mais qui ne sont des victoires que temporaires … jusqu’au prochain combat. On vient d’en avoir l’illustration depuis quelques jours avec la vision de Marine le Pen de l’Islam, ce n’est que le prolongement d’une haine de l’autre que l’on retrouve dans toute l’Europe (Suisse, Pays-Bas, Belgique, etc.) et que ce gouvernement attise malicieusement depuis des années. Je crois profondément, à l’instar de ce gand combat pour la laïcité qui a duré plus d’un siècle avant de mener à la loi de 1905, que c’est l’implication de militants croyants, tout en étant laïcs, qui va conduire à ce renouveau laïc, que ce soit de la part de militants appartant comme toi à l’Eglise Réformée ou comme moi à l’Islam. Je suis persuadé que de tout les pays du monde la France sera celui qui réussira le premier car notre socle, la laïcité, et notre devise – liberté, égalité, fraternité – ont les racines les plus profondes et les plus modernes et authentiques du monde occidental. La France est la mère de l’universalisme, nous devons nous retrouver et paradoxalement l’islam nous offre ce défi. Il sera certes long, difficile et semé d’embûches mais nous le relèveront car la France malgré ses extrêmes reste la France. En assumant dans ce cadre ma foi, ma religion et mon engagement, le plus normalement possible, je pense à mon échelle contribuer à oeuvrer à un islam de france que chacun appelle de ses voeux, à dédiaboliser une religion qui sous certain aspect peut inquiéter, mais dont les similitudes, les racines, la philosophie sont les mêmes que le judaïsme et le christianisme. Elles se résument d’ailleurs simplement à essayer d’être un meilleur homme notamment en respectant et aimant son prochain. Ensuite après l’appel de cet islam, il faut oeuvrer concrétement le mettre en oeuvre pas les uns contre les autres mais ensemble collectivement partiquants, athées, musulmans ou non avec une règle respecter les principes de la laïcité : la liberté de conscience de chacun et le respect de l’autre dans sa quiétude.

RB Un bébé, une élection réussie, un livre…et la suite ?

AS Etre un bon élu régional ? Il faut apprendre vite mais bien. C’est la première assemblée d’élus auquelle je participe. J’en suis fier et honoré. J’ai à coeur d’oeuvrer à changer les choses en profondeur mais pour le faire il s’agit aussi de bien comprendre entre autres le lien actuel entre politique et technique, ou l’administration, par exemple. Le politique a abondonné ses prérogatives trop souvent et il devient impuissant d’autant plus que l’administration s’affaiblit alors que lui manque d’imagination. Or pour changer les choses il faut les deux et chacun fort mais à sa place. A la région par exemple le travail des commissions, celui avec l’administration, le fait de toujours penser au sens politique de notre démarche sur la citoyenneté, la politique de la ville, la coopération internationale est impératif pour être à la hauteur de la confiance placée en nous – les gens ont voté pour des options politiques – mais aussi pour après car de nombreuses échéances se préparent… il faudra être prêt pas seulement pour nous mais aussi pour nos enfants.

RB Et pour finir donne-nous deux raisons d’acheter ton livre ?

AS Si vous ne connaissez pas les banlieues et les gens qui y vivent acheter mon livre pour vous donnez l’occasion de mieux les comprendre ainsi que de comprendre la mécanique d’enfermement et de stigmatisation de certains territoires et ces habitants. Si vous les connaissez pour confronter votre point de vue avec le mien. C’est la première raison. La seconde c’est que si Romain me fait le plaisir de m’interviewer et vous de lire son blog et cette interview… alors on a des choses en commun : la curiosité.

Casier politique, Max Milo Éditions, 256 pages, 16 euros.

Sylvain Auvray s’en va. Celui qui fut le chef puis le directeur de cabinet de Gérard Collomb va désormais travailler à la région Aquitaine, ce qui est une bonne nouvelle pour lui puisqu’il cherchait depuis quelques années à se rapprocher de ce lieu où il a des attaches familiales fortes et où il souhaitait faire évoluer sa carrière.

Si la chose est une bonne nouvelle pour lui, elle l’est sans doute aussi pour d’autres. Certes l’homme était des plus sympathiques et cultivés et il était souvent plaisant de boire un verre avec lui. Ceci dit la chose ne l’empêchait pas de mettre des bâtons considérables dans les roues d’un tas de gens. Il était aussi celui qui avait une forte tendance à couper les fortes têtes et à pousser des personnalités un peu fades pour ne pas faire de vagues. Il était également trop souvent un écran entre Gérard Collomb et les militants de base pour tirer trop souvent une légitimé et des prises de décision personnelles et discutables en les attribuant au Maire. Enfin un fonctionnement un peu notabilisé, sans états d’âmes et agiste n’arrangeait pas les choses. Bref, un départ qui est une bonne nouvelle pour tout le monde, y compris pour Sylvain, y compris pour la gauche lyonnaise.

La semaine dernière, cela a été fort médiatisé, il y a eu une rencontre entre des acteurs du monde de l’internet et le Président de la République. Il s’agissait, pour un pouvoir qui a bien du mal avec le web, au point d’être critiqué sur ce point par Arnaud Dassier, gourou UMP du numérique, de nouer un peu le dialogue. Il était temps. Nous sommes tout de même en 2010.

Je vous recommande trois récits qui résument la rencontre l’un par Versac, l’autre par Presse Citron le troisème par Eolas.

Ma copine Sylvie , que j’adore par ailleurs, critique elle la rencontre non pas parce que celle-ci arrive avec retard et après nombre de décisions discutables dans le domaine du web, mais parce que les participants seraient des hommes. C’est penser comme trop souvent en termes de genre exclusivement ce qui est pourtant une réalité: comme le disait une journaliste sur Twitter, il n’existe pas d’équivalents féminins aux personnes invitées, ni à un blog majeur dans les nouvelles technologies comme celui de Eric Dupin, ni dans le juridique comme Eolas, ni à un acteur dans le domaine de l’accés internet comme Xavier Niel le fondateur de Free, de la musique en ligne comme le boss de Deezer Daniel Marhély ou dans le domaine de la rentabilisation web comme Jean-Baptiste Descroix-Vernier.Certes dans le domaine des blogs de mode, le secteur est trusté par le genre féminin, au point que l’on parle de blogs de filles comme un genre en soit, très juteux d’ailleurs puisqu’il est l’objet des attentions des agences marketing. Mais les sujets abordés portaient sur l’Etat et la régulation d’internet. Fallait-il alors inviter une femme prétexte ?

Mais sortons de ce débat précis. De façon générale, faut-il systématiquement mettre sur le même plan des acteurs, même moins pertinents que d’autres, au seul motif de leur naissance ? Ne pas tenir compte tout simplement du travail et du talent, qualités qui ne manquent pas tant dans le genre féminin que masculin ? Je ne le crois pas et agir c’est presque insultant pour les femmes.  Tout comme en politique. Quand je vois dans des réceptions des élues se préoccuper d’être placées devant d’autres au motif qu’elles sont des filles ou survenir au moment des élections des demandes de places éligibles au simple prétexte du genre et non des compétences et du travail (qu’on se rassure il y a au moins autant d’incompétents chez les hommes) , je me dit que la juste lutte pour les droits des femmes a été galvaudé par certaines au profit de simples ambitions d’égo ridicules. C’est l’un des effets pervers de la parité. Heureusement que nombre d’élues femmes n’ont pas besoin de quotas pour faire apprécier leur travail.

Bref il faut que les filles continuent le boulot et que de véritables politiques en matiére sociale et familiale les libérent des différents carcans plutôt que de sombrer dans la facilité de mendier des places au simple prétexte de la naissance.

Dans un billet optimistement intitulé « C’est mal barré pour 2012 », Stef me demande ainsi qu’à d’autres, qui sera prêt à appeler et soutenir le vote utile à gauche dés le premier tour. Certains sont perplexes quand à la question, d’autres répondent non, des derniers disent oui, bref on a de tout.

Je pense que ma réponse ne fera tomber personne du 32e étage du Radisson de surprise: Pour moi la question ne se pose pas, mon vote pour le principal parti de gauche, le PS, n’est pas seulement utile mais  de conviction. Il n’y a pas clivage en la matière. La question du vote de raison ou du vote de passion est la même me concernant.

Ou alors il faudrait un sacrément mauvais candidat et programme socialiste et un sacrément bon candidat Europe Ecologie-Les Verts. Et à ce moment là d’ailleurs, le deuxième pourrait devenir à son tour de vote utile. Mais nous en sommes loin.

Dans les abattoirs, les bœufs sont assommés avant qu’on procède à leur abattage.

C’est pour l’instant au seul coup de massue qu’ont procédé les dirigeants des états européens cette semaine.

Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, qui avait pourtant d’excellentes propositions, a perdu sur toute la ligne.

Il plaidait pour une création d’obligations européennes afin que nous gérions au moins en partie les dettes en commun et que nous puissions obtenir de meilleurs taux par ce biais. Rejetté. L’Allemagne était frileuse, comme toujours depuis Madame Merkel et le retour d’une vision centrée sur elle même du pays de Goethe et Luther. Le Président Sarkozy, qui si il n’est pas un européen de conviction, a été plus offensif sur ces questions, s’est rallié à cette position frileuse comme il le fait déjà depuis un certain temps. La chose aurait pu ouvrir aussi la voie à une plus grande intégration européenne, à plus de politique et moins de technocratie dans l’Union. Mais non. Premier coup de massue.

Autre bon combat de Juncker: Aller vers des moyens financiers européens plus ambitieux. Avec un pour cent du PIB des pays de l’Union, l’Europe ne peut pas faire grand-chose et apparait comme une grosse machine inutile et bien incapable de réguler. Du coup certains disent qu’il faut tuer la bête. D’autres, comme les conservateurs britanniques ou tchéques et quelques autres,souhaitent que ce modeste budget soit encore plus restreint. Le premier ministre de droite de l’UK, David Cameron a ainsi poussé pour que l’Europe ne dispose plus que de 0,85% du PIB. C’est une volonté politique de sa part et c’est aussi un moyen chez lui de calmer ses députés les plus à droite, échaudés par son alliance avec les libéraux-démocrates. Sans aller jusque là, c’est à un nouvel échec qu’à conduit cette proposition de Juncker puisque au contraire c’est un gel jusqu’en 2020 du budget européen qui a été décidé par les chefs d’Etat. Pourtant la nécessité de répondre aux excès de spéculation comme l’avait souligné DSK dans sa charge contre les égoïsmes nationaux et la simple ambition de relancer l’ambition européenne aurait du conduire à l’inverse et à une augmentation des moyens de l’Europe. Deuxième coup de massue.

Et le couteau europhobe s’approche…

Selon le site Arrêt sur Images, la comparaison faite par Marine Le Pen sur la comparaison entre immigration et occupation nazie serait une incompréhension.  Ca se tient. Mais pas sûr que la chose soit réellement involontaire après coup puisque la candidate a la présidence du FN n’a pas démenti sur le fond. En tout cas je suis d’accord, la référence à la seconde guerre mondiale visait tout d’abord son rival Bruno Gollnisch. Et ses voix au sein du FN. « L’incompréhension » en question aussi peut-être.