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GAZ RUSSE :ON A LE CHOIX D’ARRETER DE SUBVENTIONNER LES VIOLEURS

20 milliards alors qu’on peut faire autrement. Depuis que le président russe Vladimir Poutine a commencé son invasion d’une démocratie occidentale, l’Europe a payé à la Russie environ 20 milliards d’euros pour ses importations d’énergie. Cela a payé notamment le salaire des salauds qui violent des femmes ukrainiennes devant leurs enfants avant de leur casser les dents.Ces crimes de guerre apparents constituent une menace existentielle pour les valeurs de l’Europe.

Et pourtant, dans leur sillage, les récentes sanctions proposées par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen ne concernent que l’interdiction du charbon – alors que les exportations russes de gaz et de pétrole depuis le début de la guerre valent désormais 25 fois plus.Les opposants à un embargo énergétique nous demandent de « laisser de côté la morale » et que l’impact économique et social potentiel d’une telle mesure. Une sorte de version énergétique du « There is no alternative » de la réactionnaire et europhobe Margareth Thatcher.

Pourtant, contrairement à ce qu’ils prétendent, un embargo n’est pas seulement conforme à nos valeurs tout en nous étant nuisible sur le plan économique, il sert aussi nos intérêts. Les anti-embargo sont menés par le chancelier allemand Olaf Scholz, qui affirme qu’une interdiction immédiate serait à la fois inefficace et trop coûteuse. Mais les recherches sont claires et contredisent les affirmations du chancelier : Une interdiction serait très efficace pour endommager l’économie de guerre russe, et le préjudice pour l’Europe serait gérable.Que ce soit pour l’Allemagne mais encore plus pour la France qui dispose d’industries de l’électricité de pointe. Et les pays Baltes, autrement plus dépendants que la France, ont décidé de se passer du gaz qui finance les assassinats.

La lâcheté aussi c’est quand la France s’abrite derrière le véto allemand et autrichien alors que celui-ci n’empêche nullement ce pays parmi les moins dépendants au gaz russe de l’UE, de couper le robinet du marché hexagonal. D’ailleurs le premier fournisseur de gaz en France est la Norvège. Du coup seuls l’impact serait réel mais plus limité forcément qu’un embargo européen.En fait, une interdiction des exportations de gaz pourrait être fatale à Poutine. Jusqu’à présent, nos paiements ont aidé la Russie à stabiliser le rouble. Après s’être effondré de 70 %, il a retrouvé sa valeur d’avant-guerre. Mais une interdiction empêcherait la Banque centrale de Russie d’obtenir les devises fortes dont elle a besoin pour éviter une crise financière.

Un avantage supplémentaire serait de combler les lacunes actuelles de l’interdiction trop partielles de SWIFT, qui prévoit de larges exemptions pour permettre les exportations d’énergie.Un embargo empêcherait également Poutine de payer sa guerre et ses massacres. L’Europe représente 49 % de ses exportations de pétrole et 74 % de ses exportations de gaz. Selon un modèle élaboré par l’Institute of International Finance, les pertes en cas d’embargo total équivaudraient à 40 % du PIB de la Russie avant la guerre. L’État serait également touché, puisque 40 % de son budget est directement financé par les exportations d’énergie.

Et le coût pour l’Europe serait supportable.L’examen par un groupe de recherche allemand sur l’impact d’un embargo sur l’Allemagne prévoit des pertes de PIB comprises entre 0,2 et 2,2 %. L’étude la plus fiable, réalisée par un autre groupe d’économistes allemands de haut niveau dirigé par le reconnu Rudi Bachmann, situe l’impact entre 0,5 et 3,5 %. C’est un prix que l’Europe peut payer. La zone euro devait connaître une croissance de 3,7 % en 2022.Le ministre allemand de l’économie, Robert Habeck ment lorsqu’il parle encore d’un embargo qui entraînerait une pauvreté massive en Allemagne, alors que les calculs les plus simples suffisent à démontrer que c’est faux. Le gaz – dont 40 % est russe – représente 1,2 % du PIB allemand.La moitié de la pénurie peut être remplacée par du GNL et d’autres importations, le déficit restant représentant un peu plus de 0,2 % du PIB.

L’effet multiplicateur des intrants gaziers nécessaires pour que cette perte minuscule crée une pauvreté de masse est un mensonge de lâche.En outre, l’Europe dispose d’outils spécifiques pour amortir l’impact d’un embargo sur le chômage et les revenus. Un mécanisme de soutien financé par le déficit qui empêcherait tout effet de second ordre après une perte de 3 % du PIB (dans un cas pessimiste) augmenterait les ratios dette/PIB de seulement trois points de pourcentage.Plus important encore, nous devons également tenir compte des coûts de l’alternative.

Les forces russes aux frontières de l’Europe créent de l’incertitude et réduisent les investissements. Plus la guerre s’éternise, plus le risque de contagion augmente, sans parler des coûts de la guerre en Ukraine même. Et rester accroché au gaz russe nous laisse à la merci de Poutine. Il peut toujours choisir de couper lui-même les approvisionnements au moment où nous ne sommes pas préparés et où les dégâts seraient les plus importants.La vérité est qu’un segment important de l’industrie allemande a prospéré grâce à l’énergie fossile subventionnée à très bas prix en provenance de Russie. Comme l’a déclaré Michael Heinz, PDG du géant de la chimie BASF, le 31 mars, « l’énergie russe bon marché a été la base de la compétitivité de notre industrie ».Les utilisateurs industriels ne doivent payer que 10 % du prix du gaz domestique, et l’Allemagne s’est spécialisée dans la production à forte intensité énergétique.

Des lobbyistes de l’industrie tentent de convaincre les gouvernements qu’une catastrophe est à portée de main ; ils font leur travail, et le font bien. Mais cela ne signifie pas que nous devons la croise.Au contraire, l’Europe peut apprendre à vivre sans les combustibles fossiles russes.Les territoires d’Europe ont des atouts : l’Espagne dispose de terminaux GNL ; un gazoduc d’urgence doit être construit pour acheminer le gaz vers l’Allemagne et le reste de l’Europe centrale. La Finlande et l’Estonie fabriquent des terminaux flottants. Les Pays-Bas possèdent l’un des plus grands gisements de gaz naturel au monde. Aujourd’hui fermé, il peut facilement être rouvert.

Et nous devons bien sûr, arrêter cette drogue que constituent les énergies fossiles.On doit défendre nos valeurs, en servant nos propres intérêts par la même occasion. Et nous devons le faire ensemble

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