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Le Parti du Peuple Cambodgien (PPC ex-communiste devenu un catch-all party ) , mouvement du 1er ministre sortant Monsieur Hun Sen, vient de remporter l’ensemble des sièges de l’assemblée nationale du pays dimanche dernier. C’est la première fois depuis le début des années 90 et l’ouverture du pays à la démocratie ( à l’époque le dirigeant du Cambodge était le même qu’aujourd’hui !) qu’un seul parti va être représenté à l’assemblée nationale. La concurrence était faible puisque beaucoup d’opposants sont en prison à l’instar de Kem Sokha ou en exil comme Sam Rainsy. Sans compter que le Parti du Peuple Cambodgien est implanté jusque dans le moindre hameau du pays.

Hun Sen, l’homme fort du Cambodge

Hun Sen est l’homme fort du pays depuis 31 ans. Il a appartenu à tous les gouvernements, quels que soient les régimes, depuis 1979. Ex-Khmer Rouge (mais il faut noter qu’une vaste partie du pays fut enrôlée de force) il lutta au front contre les vietnamiens avant de s’enfuir chez eux par peur d’une épuration interne. Puis de revenir dans les bagages de Hanoi lorsque le Vietnam mis fin à l’horreur du régime natio-marxisant de Pol Pot. Il devint ministre puis chef du gouvernement communiste pro-vietnamien. Et continua à diriger le pays une fois le multipartisme établi, la monarchie revenue et le marxisme de son parti abandonné au début des années 90. Si Hun Sen est un animal politique reconnu et n’a, tout comme le reste de la classe politique du pays, pas agi dans des cadres démocratiques à l’époque du Cambodge communiste ou Khmer Rouge, le tournant autoritaire qu’il a pris cette dernière année est nouveau depuis l’ère du multipartisme. Le dirigeant du pays avait déjà su composer avec des monarchistes qui l’avaient battu et puis aux élections de 2013 où le parti du sauvetage national (CRNP), principale formation d’opposition, avait réussi à talonner le parti au pouvoir.

Le Cambodge a les yeux dirigés sur Pékin et Hanoi bien davantage que vers Paris et Washington.

Cette répression de l’opposition a valu au scrutin de perdre le soutien et les observateurs des USA et de l’Union Européenne de se retirer et de juger tant les résultats du scrutin que sa participation (82% en forte hausse ) non crédibles. Mais est ce que ces déclarations occidentales auront une influence ? Pas sûr. Tout simplement parce qu’aujourd’hui les plus proches alliés de Phnom Penh ne sont plus les USA et les français. D’ailleurs il n’y a même pas de ligne d’avion directe entre la France et le Cambodge, ce qui est pour le moins surprenant quand on connait les liens historiques, culturels et les diasporas respectives entre les deux pays. Et si travailleurs humanitaires et volontouristes occidentaux sont nombreux à se rendre chaque année dans ce pays, si des français s’installent pour y travailler dans la communication, ouvrir des bars ou y installer leur atelier d’artistes, si juristes et médecins ont des liens importants avec leurs collègues de Paris et de Lyon, les liens politiques et économiques se construisent aujourd’hui plutôt avec la Chine et le Vietnam. Deux puissances s’étant déjà affrontées par le biais du Cambodge que Hu Sen arrive aujourd’hui à se concilier.

Cambodge, un développement à la chinoise ?

Concessions importantes dans l’agriculture ou les telecom, ateliers de confection, tourisme : chinois et vietnamiens investissent fortement dans le pays, parfois en lien avec des proches de Hu Sen. Et les journaux pro-gouvernementaux donnent force détails bienveillants sur les congrès communistes chinois ou vietnamiens, pays à parti unique qu’aucune condamnation internationale des Droits de l’Homme n’a jamais fait dévier de leur route.

Du coup la tentation peut être grande pour Phnom Penh d’imiter ses deux voisins maintenant qu’il a une chambre monocolore (plus encore qu’au Vietnam !) et de repasser au parti unique. Quitte à laisser, comme cela se fait à Hanoi, quelques forces “indépendantes” sous contrôle exister. Après tout on ne peut résumer l’assise de Hu Sen à la répression et à la corruption, forte et réelle. Nombreux sont les Cambodgiens à vouloir la stabilité avant tout. Et puis les chiffres de croissance du pays feraient rêver n’importe quel pays européen : 7% en 2016. Hu Sen a aujourd’hui toute les cartes pour se tourner vers le modèle Chinois de développement et de gouvernance. Et à l’inverse son évolution idéologique ne sera-t-elle pas, à terme rapide, celle du Vietnam et de Pékin ?

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