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David Adler est un chercheur britannique proche de la gauche radicale britannique. Il a écrit un article qui a fait beaucoup de bruit: en se passant sur plusieurs études internationales ( World Values Survey de 2010 à 2014 et European Values Survey de 2008) il a cherché à démontrer que les “centristes” en Europe et aux USA étaient sans doute la force la moins attachée à la démocratie si on la comparait à la gauche et à la droite radicale. La méthologie utilisée par ces deux études se base sur le fait de questionner l’échantillon, en gros:

“vous considérez-vous comme modéré ou bien d’extrême-gauche ou d’extrême-droite? “

Puis une fois l’échantillon constitué on pose des questions comme celle ci-dessous et on affiche les réponses: Certes, des événements comme le comportement de l’Union Européenne par rapport au gouvernement grec pourraient faire penser à un attachement moindre à la démocratie de certaines forces centristes depuis quelques années.

Mais ce serait oublier tout de même l’historique, le réel et la culture que les pratiques radicales donnent la plupart du temps des régimes bien plus restrictifs des libertés que les autres, même sans remonter aux régimes hitlériens, staliniens ou aux nationaux-communistes Khmers Rouges, la Hongrie d’Orban, la Russie de Poutine ou le Vietnam actuels sont loin d’être des régimes de pleine liberté…

C’est quoi un “centriste” dans l’article de David Adler ?

Par centristes selon l’acceptation donnée par David Adler il faut entendre non seulement les forces se définissant clairement au centre ou dans la modération ( Ventre et Radikal Venstre danois, Parti du Centre Estonien, Modem français etc…) mais aussi organisations réformistes comme LREM en France, les Libéraux-Démocrates UK ou le Parti Démocrate en Italie. Jusque-là l’ensemble pourrait être cohérent.

Mais en fait il est très loin de se limiter à cela. On y ajoute des personnes se se revendiquant de l’un ou de l’autre bord politique de la gauche et de la droite comme les Républicains ou le PS en France. Ainsi que des ailes importantes du Parti Républicain comme du Parti Démocrate aux USA. Ou encore TOUT le spectre politique du Canada.

Bref pour prendre un exemple français, on trouverait une sorte de bloc de Laurent Wauquiez à Taubira ? Cela confirmerait les théories des anti systèmes !

On y trouve pas seulement eux mais des personnes votant encore plus loin sur les bords ! D’ailleurs un des problèmes de l’étude est qu’elle est basée sur le déclaratif des personnes. Et que ce déclaratif peut être en fort décalage avec le classement habituel donné en sciences politiques.

Par exemple l’activiste canadienne anti-immigration et militante conservatrice, interdite d’entrée en UK Lauren Southern, est classée habituellement à l’extrême-droite. Elle a participé d’ailleurs à des actions avec les nationalistes européens radicaux de Génération Identitaire. Sauf qu’elle se défini comme une libérale conservatrice après avoir appartenu au parti libertarien du Canada. De même que son collègue En France Henry de Lesquen, politicien revendiquant la suppression du salaire minimum et une politique raciste se classe lui-même comme membre de la droite modérée.

Les extrêmes ne se voient pas eux-mêmes comme radicaux

Un grand nombre, si ce n’est pas la majorité des électeurs du FN français ne se voient pas comme étant d’extrême-droite et se classent au centre. Une étude du European Social Survey (ESS), plus récente, démontre qu’en Europe, presque la moitié (43%) des électeurs d’un parti nationaliste (Rassemblement National en France, UKIP en UK, Alternative Für Deutschland Allemande, Partidul România Mare roumain etc…) se définissent comme centristes. D’ailleurs certains des partis nationalistes les plus prospères du continent, l’Union Démocratie du Centre et le FPO autrichiens se définissent comme centristes sur l’échiquier politique. La chose n’est pas nouvelle : les poujadistes élus en 1956 ne voulaient pas siéger à l’extrême-droite de l’assemblée nationale française.

La catégorie centriste et modérée : un aréopage allant de Henry de Lesquen à l’extrême-gauche espagnole

Du coup la catégorie “centre” évoquée dans l’article devient plus que vague : on y trouvera des électeurs de Le Pen mais aussi sans doute certains communistes, des gens de la France Insoumise etc… En effet du côté de la gauche radicale d’ailleurs, sous l’impulsion de PODEMOS en Espagne, c’est là aussi à un refus d’être assimilé à un extrême que se livrent la plupart des organisations de ce spectre de la France Insoumise à Razem en Pologne en passant par des revues comme Le Vent se Lève pour occuper une position centrale. Refus de se définir clairement sur l’axe gauche droite pour ne pas se retrouver relégué sur le bord extrême par les sociaux-démocrates, remise au placard de beaucoup de choses qui rappelaient la radicalité symbolique (drapeaux rouges…) là aussi on droit trouver bien des Mélenchonistes français ou des gauchistes danois dans ce bloc de gens se disant modérés.

Et la confusion va dans les deux sens

Sans compter que la dialectique va aussi dans l’autre sens : un français sur 5 se déclarant d’extrême-gauche déclare soutenir la politique du Président Macron ! Et selon l’enquête de European Social Survey seulement 30% des européens interrogés se déclarant d’extrême-droite…a voté pour un parti d’extrême-droite ! Le reste a voté pour des organisations classiques… On voit donc la confusion des catégories.

Donc beaucoup de centristes et modérés déclarés ne le sont pas du tout. Mais alors qu’en est-il réellement de l’opinion des vrais modérés sur la démocratie ?

L’ESS a proposé une autre méthode, plus fiable que le fait de se prétendre modéré ou extrémiste : le vote pour tel ou tel parti. Ainsi un électeur néo-nazi de Zagreb votant pour le Parti Croate du Droit tout en se déclarant modéré n’est plus classé centriste mais comme d’extrême-droite. Et la les résultats sont bien différents :

Quand il s’agit de passer au vote réel et non à la simple déclaration de position, on retrouve donc ce qui est pressenti normalement, à savoir un plus grand attachement à la démocratie de la part des modérés. Avec tout de même, il faut le souligner, des marges pas si énormes de différence. Reste après une étude à faire : qu’est ce que la démocratie ? La liberté d’entreprendre ou pas? La démocratie à condition d’être de la même couleur de peau? Vaste question qui nuancerait certainement le résultat là aussi. Sans compter qu’au sein d’un même bloc de vote il y a des vraies différences : qu’ont en commun chez la France Insoumise un socialiste un peu énervé et un militant du Parti Communiste des Ouvriers de France, organisation qui considère comme son modèle l’ex Albanie communiste et appelle régulièrement à voter FI ? Ou au sein des électorats modérés est ce qu’on ne trouve pas du coup quelques extrémistes ?

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