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Angela Merkel n’est pas forcément ma tasse de thé. La rigueur budgétaire qui nuit au carnet de commande,  le manque de social et de solidarité à la Grèce ne m’ont pas emballé. Un manque dans ce dernier cas contraint certes par sa coalition avec la CSU, bien moins pro européenne et avec des libéraux ayant viré encore une fois nationaliste et qui a fini par s’arranger un peu. D’autant qu’il y avait derrière la décision aussi une volonté spéculative, les capitaux ayant tendance à se réfugier en cas de crise dans des pays sûr comme l’Allemagne. Même si les premiers responsables étaient les banques et les conservateurs grecs, qui avaient menti au reste de l’Europe. 

Mais je lui reconnait bien des qualités à Madame Merkel. Elle possède une droiture rare dans ses convictions, sans doute héritées de sa famille de pasteurs protestants ainsi qu’un courage politique. Son départ annoncé de la présidence de son parti puis de la tête du pays se situe dans la droite ligne de cela. 

Merkel est loin d’être en échec

Qu’on en juge : alors que la plupart des dirigeants ne partent que contraints et forcés, Merkel annonce un départ alors que

  • Son parti, la CDU, même en baisse,  arrive en tête de chaque élection ou presque au bout de 13 ans de pouvoir.
  • Les échecs successifs de son parti aux suffrages locaux dont on a parlé sont en effet relatifs: La CDU-CSU a remporté la Bavière et la Hesse. Dans ce dernier Land le parti de la chanceliére est à plus de huit points devant son premier concurrent. On a connu des revers plus retentissants
  • Sa popularité reste plus élevée que celle de tous ses concurrents allemands.  Même si Emmanuel Macron est désormais plus populaire qu’elle dans son propre pays.
  • Alors que depuis 1945, chrétiens-démocrates et sociaux-démocrates alternent à la direction du gouvernement, la CDU semble ne pas durablement avoir d’adversaire en capacité de le renverser 
  • L’industrie reste puissante en Allemagne, le travail de transition énergétique est entamé (malgré encore des incohérences graves sur le charbon). Et la voix de l’Allemagne se fait entendre avec ses spécificités par exemple sur la politique chinoise.

Un modèle Merkel qui a ses revers

Tout n’est pas rose au pays d’Angela Merkel. Comme à chaque fois que des grandes coalitions (CDU et SPD, une forme d’En Marche allemande du coup !) le pays fonctionne bien mais il suscite des envies d’alternatives malsaines. C’était hier la Fraction Armée Rouge. C’est aujourd’hui, et c’est bien moins marginal, l’AFD nationaliste. Et puis si le taux de chômage est bas (sous les 6%, de quoi rêver !), le risque de devenir pauvre en Allemagne n’a jamais été si élevé.

On se dit d’ailleurs à la lecture qu’une des possibilités de succession de Madame Merkel, Annegret Kramp-Karrenbauer, est sans doute un casting idéal : cette dirigeante de la CDU est suffisamment conservatrice sur les questions de société pour ramener la branche la moins xénophobe de l’AFD vers les chrétiens-démocrates.  Et, située très à gauche de son parti sur les questions économiques (au point de proposer une plus haute taxation des hauts revenus que le SPD ou les Verts) elle peut peut-être relever le défi jamais géré ces dernières années d’un vrai soutien aux classes populaires. Permettant alors de continuer le long chemin au pouvoir entamé par Angela Merkel.

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