Le pétrole au-dessus de 100 dollars : pourquoi ça ne se limite pas au prix à la pompe


Le baril de brut a franchi la barre symbolique des 100 dollars cette semaine, une première depuis 2022. Et il ne s’y est pas arrêté : le WTI a touché 113 dollars, le Brent dépasse 114 dollars. La cause est directement géopolitique : le conflit entre les États-Unis, Israël et l’Iran a provoqué la fermeture du détroit d’Ormuz, par lequel transite une part massive des exportations mondiales de pétrole et de gaz. Le Koweït a annoncé des coupes de production, l’Irak a vu la sienne s’effondrer de 70 % sur ses principaux champs pétroliers du sud. Au total, c’est environ 20 % de l’approvisionnement mondial qui est perturbé depuis plus d’une semaine.

Face à ces chiffres, le réflexe est de regarder le prix du litre à la station-service. Mais réduire la flambée pétrolière à un problème de plein d’essence, c’est passer à côté de l’essentiel.

Le pétrole irrigue toute la chaîne économique

Le pétrole est partout. C’est une matière première qui irrigue l’ensemble de la chaîne économique. Quand le baril flambe, ce sont les coûts de transport de marchandises qui explosent — le fret maritime, le transport routier, l’aérien. Chaque produit que vous achetez a voyagé, souvent plusieurs fois, avant d’arriver en rayon. La facture se répercute mécaniquement sur les prix finaux.

C’est aussi l’industrie pétrochimique qui voit ses intrants renchérir : plastiques, engrais, solvants, textiles synthétiques. L’agriculture, grande consommatrice de carburant et de fertilisants dérivés du pétrole, subit le choc de plein fouet. Quand le pétrole monte, le prix du blé, du maïs et du soja suit — avec un décalage de quelques semaines.

Aucun secteur n’y échappe

Les compagnies aériennes voient leur poste carburant, qui représente entre 25 et 35 % de leurs coûts d’exploitation, devenir ingérable. Le BTP, le transport public, la logistique du dernier kilomètre : aucun secteur n’y échappe.

Et au-delà des secteurs directement exposés, c’est l’inflation générale qui se nourrit de ce choc. Les banques centrales, qui commençaient à envisager des baisses de taux, se retrouvent prises en étau entre le risque de stagflation et la nécessité de soutenir une croissance fragilisée. Les marchés boursiers asiatiques ont déjà subi certaines de leurs pires séances depuis la pandémie, et les indices américains dévissent.

Un choc systémique

Le pétrole à plus de 110 dollars, ce n’est pas seulement un problème pour votre portefeuille à la pompe. C’est un choc systémique qui touche le prix de votre baguette, de votre colis Amazon et de votre billet d’avion. C’est toute la machine économique mondiale qui tourne plus cher — et tant que le détroit d’Ormuz restera fermé, rien n’indique que la pression retombera.

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