Ma tribune sur La Grande Conversation : Ormuz révèle nos tensions énergétiques, en Asie comme en Europe
Je viens de publier une tribune sur La Grande Conversation, le média numérique de Terra Nova, sur ce que le détroit d’Ormuz révèle de nos dépendances énergétiques — en Asie comme en Europe.
Terra Nova et La Grande Conversation
Terra Nova est un think tank progressiste français, fondé en 2008, qui produit des notes et des rapports de politiques publiques sur la transition écologique, l’économie, la démocratie et les affaires internationales. C’est l’une des principales fondations de réflexion de la gauche réformiste en France.
La Grande Conversation est le média en ligne de Terra Nova. On y retrouve, sous un format plus court et plus vivant que les rapports, des analyses d’experts, de chercheurs et de praticiens sur les grands débats du moment : climat, géopolitique, démocratie, économie. C’est un espace utile pour faire dialoguer le monde de la recherche, celui de la décision publique et le débat citoyen.
Le sujet : Ormuz, révélateur des tensions énergétiques
Les frappes du 28 février 2026 sur l’Iran et la fermeture du détroit d’Ormuz ont ouvert la plus grave crise pétrolière contemporaine : Brent au-delà de 120 dollars, scénarios à 200, 20 % de l’approvisionnement mondial perturbé. Dans cette tribune, je défends une idée simple : cette crise n’est pas un épisode isolé, c’est un révélateur.
Révélateur, d’abord, de la fragilité asiatique. 84 % du brut qui transite par Ormuz va vers l’Asie. Le Japon dépend à 93 % du pétrole du Moyen-Orient et a vu ses réserves stratégiques fondre à 45 jours. La Corée du Sud plafonne en urgence les prix à la pompe. L’Inde importe 89 % de son pétrole. Taïwan, île isolée, importe 97 % de son énergie primaire, avec une poignée de jours de GNL en réserve. Malgré des investissements massifs dans les renouvelables, la région reste structurellement exposée pendant toute la durée de la transition.
Révélateur, ensuite, d’un paradoxe français et européen. La France exporte massivement l’électricité décarbonée qu’elle produit, tout en continuant d’importer du pétrole et du gaz pour ses usages finaux — mobilité, chauffage, industrie. La transition énergétique n’est pas seulement une politique climatique : c’est aujourd’hui une politique de sécurité nationale. Tant que l’électrification des usages ne suit pas, un choc sur Ormuz se paie en inflation importée, en compétitivité perdue et en marges de manœuvre diplomatiques réduites.