Data centers dans la métropole de Lyon : les enjeux derrière le nuage — Lyon Mag
Je publie dans Lyon Mag une contribution sur les projets de data centers du Grand Lyon : leur intérêt pour le territoire, leur empreinte électrique et les conditions à poser.
Le point de départ : deux projets dans la métropole
À Dardilly, Phoenix Group et DC Max prévoient un centre de 18 MW ; à Vénissieux, UltraEdge vise 8,4 MW, sur un site dont une extension fonctionne déjà. L’intérêt local ne se décrète pas : il dépend de l’implantation, de la consommation réelle, des emplois créés, des services rendus aux acteurs du territoire et de l’usage possible de la chaleur.
L’essentiel de la contribution
- Des mégawatts annoncés aux usages réels. 18 MW, c’est l’équivalent de 9 000 radiateurs de 2 000 watts allumés en même temps. Encore faut-il savoir ce que l’on mesure — les serveurs seuls ou tout le bâtiment, refroidissement compris. Selon des sources du secteur, les centres raccordés récemment n’utiliseraient en moyenne que 20 % de la puissance demandée, et RTE observe qu’un même projet peut multiplier les demandes d’études de raccordement sans jamais se concrétiser, ce qui complique la planification du réseau.
- Des retombées à examiner. Le maire de Dardilly annonce dix emplois sur site ; UltraEdge évoque une centaine d’emplois directs ou sous-traités en France et un centre de supervision basé à Lyon. La question est ce que ces équipements apportent réellement en échange des ressources mobilisées.
- Un réseau à préparer. RTE maintient son plan de transformation du réseau lyonnais jusqu’en 2035, chaque raccordement suivant son propre calendrier. Comme le rappelle Éric Sellin (INSA Lyon), même 10 MW peuvent exiger un renforcement selon l’organisation du réseau local.
- Organiser les implantations. La Métropole prépare un schéma consacré aux data centers. Tous les sites ne se valent pas au regard du réseau, du foncier, de la chaleur récupérable et de la proximité des utilisateurs : la cartographie des capacités publiée par Enedis pourrait être croisée avec les besoins des clients et les débouchés pour la chaleur.
- La chaleur, moins récupérable qu’on ne le croit. La loi impose de valoriser la chaleur des centres d’au moins 1 MW, mais elle sort souvent à basse température : il faut une pompe à chaleur, qui consomme elle-même de l’électricité, et un débouché préparé en amont avec l’exploitant du réseau de chaleur.
Ce que je propose
Passer des annonces à des engagements vérifiables : une fiche publique par projet (puissance des serveurs, puissance de raccordement, calendrier, consommation réelle) ; des conventions locales précisant emplois attendus, achats locaux et services aux PME, suivies d’un bilan annuel ; sur terrain public, un bail à construire qui laisse la propriété à la collectivité et anticipe un éventuel abandon. Des sites volontaires pourraient aussi explorer avec leur gestionnaire de réseau la flexibilité de leur consommation, sur le modèle du programme DCFLEX auquel participe RTE.
Le Grand Lyon a de bonnes raisons d’accueillir ces investissements, mais pas à n’importe quelles conditions : c’est à ce prix que les mégawatts derrière le nuage deviennent un projet de territoire.