« Taiwan's AI strategy has a public data problem » — La stratégie IA de Taïwan a un problème de données publiques (Taipei Times, Taïwan)
Je signe dans le Taipei Times une enquête intitulée « Taiwan’s AI strategy has a public data problem » — « La stratégie IA de Taïwan a un problème de données publiques ».
Le constat
Taïwan prépare son réseau électrique pour l’intelligence artificielle : quatre nouvelles centrales à cycle combiné à Hsinta et Taichung, environ 5,2 GW, doivent entrer en service ou en essai d’ici la fin de l’année, dans un plan qui ajoute au total près de 26 GW de capacité gazière d’ici 2035, en grande majorité au gaz naturel liquéfié importé.
Côté demande, les chiffres ne se recoupent pas. En juin, l’administration de l’Énergie évoquait environ 1,2 GW de demande identifiée des centres de données IA à l’horizon 2035, plus une marge de 2 à 3 GW. Taipower indique de son côté avoir reçu 75 demandes de raccordement « au niveau du transport », représentant 4 523 MW — dont 47 acceptées pour 3 331 MW, mais avec environ 40 % des dossiers expirés faute de dépôt formel dans les délais. Le média d’investigation The Reporter a publié en avril des données Taipower antérieures, avec des totaux différents et un taux d’expiration supérieur à 70 %. Une chercheuse de la National Chengchi University n’est pas parvenue à faire correspondre ces séries avec le seul chiffre réellement rattaché à une infrastructure en service : 303,5 MW effectivement raccordés.
Ce qui manque
Aucune de ces séries n’est nécessairement fausse : elles ont des dates de référence différentes et traitent peut-être différemment les dossiers expirés. Mais rien de publié n’explique comment elles s’articulent. Taipower a produit une estimation détaillée de la demande IA en 2024 ; le Taipei Times n’a trouvé aucune mise à jour publiée depuis selon le même format. Les statistiques nationales, elles, fondent la croissance de la demande sur 2,5 % par an jusqu’en 2035 sans isoler la part de l’IA.
Cette opacité a un coût concret. Le nucléaire de Ma-anshan est arrêté depuis mai 2025 ; si la demande des centres de données et des semi-conducteurs dépasse la prévision nationale, Taïwan devra brûler plus de gaz, accélérer une autre source de production, ou réduire la demande ailleurs. Or Taïwan n’a aucun gazoduc international — tout son GNL arrive par mer. Les centres de données se concentrent au nord, la production reste largement au sud, et les décisions d’implantation restent en grande partie internes à Taipower.
Ce que je propose
Taipower détient déjà l’essentiel des données nécessaires. Une file d’attente de raccordement anonymisée, par municipalité et par poste source, distinguant capacité demandée, acceptée, expirée, contractée et effectivement raccordée, permettrait de séparer les demandes préliminaires des engagements fermes sans nommer les clients. L’administration de l’Énergie pourrait publier une fourchette actualisée de la demande IA, ses hypothèses, et les conséquences sur la consommation de gaz et la construction du réseau.
Taïwan peut choisir qu’une dépendance accrue au gaz importé soit le prix acceptable de ses ambitions dans l’IA et les semi-conducteurs. Publier les données sous-jacentes ne tranchera pas ce choix à la place des élus — mais permettrait aux parlementaires, aux municipalités et aux communautés d’accueil de tester les mêmes hypothèses que les ministères qui les avancent.