Comment la France et Taïwan peuvent faire servir l'investissement dans l'IA à la sécurité énergétique — CommonWealth Magazine
Je publie dans CommonWealth Magazine (天下雜誌), rubrique Insight, une tribune sur une question simple : comment faire en sorte que l’essor de l’intelligence artificielle à Taïwan renforce son système électrique au lieu de le fragiliser.
Le point de départ : la conférence franco-taïwanaise du 10 septembre
Le texte prolonge la 28e Conférence de coopération économique Taïwan–France, tenue à Paris le 10 septembre 2026 au Cercle de l’Union interalliée. Organisée par la Chinese International Economic Cooperation Association (CIECA) et MEDEF International, elle réunissait électriciens et spécialistes des équipements de réseau, dont Taipower. J’ai participé à cet événement : j’y suis intervenu sur la sécurité énergétique et la géopolitique, en examinant comment la réduction des importations de combustibles peut donner à Taïwan davantage de liberté dans ses choix industriels.
L’essentiel de la tribune
- L’électricité arrive après le terrain et le financement. Une entreprise peut trouver un site et des capitaux pour un data center et attendre des années son raccordement. Les réseaux se construisent lentement, les projets des clients changent vite. En France, RTE a annoncé en juillet vouloir, d’ici fin 2026, donner la priorité à la maturité des projets plutôt qu’à l’ordre d’arrivée des demandes : Taipower et RTE ont intérêt à comparer leurs critères.
- Réserver du réseau, c’est répartir une ressource rare. Là où la capacité locale est limitée, la réservation d’un data center peut priver une usine qui veut électrifier sa production. Je propose que la contribution du porteur de projet aux renforcements nécessaires fasse partie de la discussion sur le soutien public, avec des jalons clairs et des conséquences en cas de retard.
- La sécurité énergétique d’une économie de l’IA. Le gaz apporte de la flexibilité, mais il arrive par la mer. Un investissement IA qui augmente fortement la demande de gaz accroît le volume de combustible que Taïwan doit continuer à débarquer. La décarbonation prend ainsi une portée stratégique : moins dépendre des importations, c’est garder des marges de manœuvre en cas de crise.
- Des contrats longs. Comme je l’avais défendu dans CommonWealth, des contrats d’achat d’électricité de dix à quinze ans entre producteurs et grands consommateurs donnent de la visibilité aux deux parties. Le raccordement des nouveaux gros consommateurs devrait s’accompagner d’une contribution en production, stockage ou flexibilité.
- Le climat et les territoires. Taipei figure parmi les villes les plus exposées dans une évaluation climatique portant sur 72 grandes villes : chaque site de calcul doit pouvoir maintenir alimentation et refroidissement lors d’événements extrêmes. Les collectivités locales doivent être associées tôt, tant que l’emplacement et les conditions d’un projet restent ouverts.
Ce que je propose
Que des partenaires français et taïwanais choisissent une zone industrielle pour un projet commun : tester comment stockage et consommation flexible aident à traverser une interruption, mesurer la puissance préservée pour les activités essentielles et son coût, puis publier les résultats. La coopération peut aller dans les deux sens, les fabricants taïwanais de transformateurs pouvant trouver des débouchés dans les investissements du réseau français.
En contrepartie du terrain, des aides ou d’un raccordement réservé, Taïwan peut exiger une contribution aux postes et lignes rendus nécessaires, un calendrier de demande engageant et du stockage ou de la flexibilité sur site. Des conditions qui servent l’ensemble de l’économie, pas seulement le campus.