« Pourquoi les partis marocains ne parlent-ils pas d'énergie ? » — Hespress
J’ai publié une tribune dans Hespress, rubrique Opinions : « Pourquoi les partis marocains ne parlent-ils pas d’énergie ? ».
Le point de départ est un chantier. Le 19 juillet, une ligne électrique de cinquante kilomètres a été mise sous tension à Lamharza Essahel, dans la province d’El Jadida : 486 millions de dirhams, un poste neuf, un ouvrage mené par l’ONEE pour alimenter la station de dessalement de Casablanca, dont la mise en service est annoncée au 1er février 2027 et l’exploitation confiée à un consortium pour trente ans. Le prochain gouvernement en héritera sans l’avoir décidé.
Le Maroc n’improvise pas : sa stratégie énergétique date de 2009 et a traversé trois majorités sans être remise en cause. La capacité renouvelable installée a doublé en dix ans (2 417 MW en 2016, 4 851 fin 2025 selon l’IRENA), et le Climate Change Performance Index a classé le pays sixième mondial en novembre dernier. Le 28 avril 2025, pendant le black-out ibérique, l’ONEE a rouvert les câbles du détroit pour envoyer quelques centaines de mégawatts vers l’Andalousie.
Et pourtant l’énergie est absente de la campagne qui s’ouvre le 10 septembre. J’avance trois explications : un consensus produit d’en haut, transmis aux partis plutôt que négocié entre eux ; une asymétrie qui n’est pas politique mais cognitive, entre des institutions dotées de spécialistes de haut niveau et des formations sans pôle capable de contester une méthode tarifaire ou de relire un contrat d’achat d’électricité ; et l’absence de ce qu’un élu peut inaugurer — la loi 82-21 sur l’autoproduction, votée en 2023, n’a reçu son décret d’application qu’en mars 2026.
L’enjeu est pourtant très concret : la refonte de la grille tarifaire prévue au 1er mars 2027 doit rapprocher les prix des coûts réels, le programme de dessalement absorbera à terme environ 15 % de la consommation électrique du pays, et le prix du kilowattheure pèse sur les arbitrages industriels. Je propose trois points d’appui pour le Parlement : débattre de la méthode tarifaire avant qu’elle s’applique, imposer un délai maximum de publication des décrets d’application, et examiner les accords d’interconnexion avant signature.