Redémarrage nucléaire à Taïwan : ce que le débat intérieur ne décide pas
Publié dans Taipei Times

Redémarrage nucléaire à Taïwan : ce que le débat intérieur ne décide pas


Je publie une enquête dans le grand quotidien anglophone de Taïwan, le Taipei Times« Taiwan’s nuclear restart: what the domestic debate does not decide » (« Redémarrage nucléaire à Taïwan : ce que le débat intérieur ne décide pas »).

Le point de départ : du combustible jamais brûlé, stocké aux États-Unis

Taipower paie chaque année 100 à 200 millions de dollars taïwanais pour entreposer aux États-Unis des assemblages achetés pour la centrale de Lungmen, qui n’a jamais ouvert. Les rapatrier ne réglerait rien : aucun réacteur sous licence ne peut les charger, et les assemblages sont fabriqués pour un cœur précis. Rien ne se transfère d’une centrale à l’autre.

La thèse : deux questions distinctes

Taïwan tranche chez elle tout ce qu’elle peut trancher. Le plan de redémarrage de Ma-anshan est déposé, la commission de sûreté nucléaire instruit, une évaluation environnementale suit, et l’opposition a déposé six propositions de référendum pour les scrutins locaux du 28 novembre. C’est la question du vouloir.

La question du pouvoir se joue ailleurs. Taïwan n’extrait pas d’uranium et achète chaque étape du cycle à l’étranger. L’accord 123 qui l’encadre a été négocié par l’American Institute in Taiwan ; les garanties passent par un accord trilatéral de 1964 qui a survécu à l’exclusion de l’île de l’AIEA en 1971. Taipei n’a signé aucun de ces textes sous son propre nom, n’a pas d’agence d’approvisionnement comme l’Euratom, ni de siège à l’agence qui l’inspecte.

Le marché, lui, se défait : nationalisation de l’uranium nigérien, Rosatom qui contrôle environ 40 % des services d’enrichissement mondiaux, la Chine qui devient acheteur marginal et producteur de dernier recours. Et une part du cycle qui appartient vraiment à Taïwan reste bloquée par un permis municipal — un certificat de conformité que New Taipei City n’a pas délivré retarde un maillon du calendrier national.

Que les réacteurs redémarrent, Taïwan le décidera. Qu’on puisse les alimenter, les entretenir et un jour les vider, d’autres le décideront : à Niamey, à Moscou, à Washington et dans un bureau d’urbanisme de New Taipei City. Rien de tout cela ne figure sur le bulletin de novembre.

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