Pékin regardait l'accord sur le diesel (Taïwan) — Taipei Times
Je signe dans le Taipei Times une tribune intitulée « Beijing was watching diesel deal » — « Pékin regardait l’accord sur le diesel ». Elle est parue dans les pages Opinion le 21 octobre 2026.
Une famille du premier quintile
Je pars d’un ménage du cinquième le plus pauvre de Taïwan. Ces ménages ont vécu l’an dernier avec 397 000 dollars taïwanais en moyenne, environ 33 000 par mois ; le cinquième le plus riche avait 6,17 fois plus, l’écart le plus large depuis près de quatorze ans. Cette famille cuit son riz dans un autocuiseur Tatung et sa soupe sur une bouteille de gaz de 20 kg. La ville de Hsinchu compte à elle seule plus de 22 000 foyers qui dépendent encore des bouteilles, dont CPC a gelé le prix en juin et en août.
Une sanction qui a tenu 21 jours
Le 9 octobre, Washington a levé ses sanctions sur le diesel russe, trois semaines après que Donald Trump a signé une loi pour les durcir, avec un diesel à plus de 6 dollars le gallon à quelques semaines des élections de mi-mandat. Les partenaires de Taïwan comptent sur les sanctions pour dissuader un blocus chinois. Cette menace ne dissuade que si Pékin croit qu’elles tiendront quand elles coûtent aux électeurs occidentaux. Le diesel russe était le test facile, et les sanctions ont duré 21 jours. Des sanctions contre la Chine toucheraient les consommateurs américains dès le premier jour, et Pékin peut caler une crise sur les mois qui précèdent une élection américaine.
Ce que l’Europe a appris
Taipei diversifie déjà ses fournisseurs de gaz : la part américaine de ses importations de GNL doit passer d’environ 10 % à 25 % d’ici 2029. Je propose de diversifier de la même façon ses partenariats, sans se retourner contre Washington. L’Europe a réduit sa dépendance au gaz russe, de 45 % de ses importations en 2021 à environ un huitième l’an dernier, et impose un remplissage des stockages à 90 % avant chaque hiver. Taipei devrait passer par l’European Economic and Trade Office et le Bureau français de Taipei pour se rapprocher des gestionnaires de réseaux et des stockeurs de gaz européens. En août, j’expliquais pour le CEIAS que les puces européennes dépendent du réseau électrique taïwanais.
Les chiffres de la vulnérabilité
- Taïwan a importé environ 95 % de son énergie l’an dernier (Atlantic Council).
- Les réserves de brut atteignaient 140 à 150 jours en mai selon le ministère des Affaires économiques, pour 90 exigés par la loi. Le gaz de cuisine a son propre plancher, 25 jours de ventes.
- Le GNL produit environ la moitié de l’électricité, mais la loi n’impose que 11 jours de stock, 14 à partir de l’an prochain. Le Qatar fournit environ 30 % du gaz de Taïwan, et les stocks tournaient autour de 12 jours quand la guerre avec l’Iran a perturbé les cargaisons qataries.
Un blocus atteint donc cette famille par la prise électrique avant la bouteille. En mai 2021, Taipower a déjà délesté quartier par quartier.
Ce que je propose
Traiter les 14 jours de GNL comme un plancher, financer une réserve stratégique de gaz sur le budget de l’État pour la sortir des comptes de CPC, et accélérer le plan de résilience du réseau lancé par Taipower en 2022. Une réserve de GNL au Japon ou en Corée du Sud ne garantit pas que les cargaisons arrivent en cas de conflit ; seuls des réservoirs sur le sol taïwanais le peuvent. Des réserves qui tiennent au-delà des premières semaines obligent Pékin à prolonger le blocus, aux frais de ses exportateurs. D’autres gouvernements font des promesses de sanctions au nom de Taïwan ; Taipei peut décider seul de la quantité de gaz que Taïwan stocke, et le Yuan législatif peut le financer dans le prochain budget.