Kinmen et la loi qui dit non
Je publie une tribune dans le grand quotidien anglophone de Taïwan, le Taipei Times — « Kinmen and the law that says no » (« Kinmen et la loi qui dit non »).
L’utilisation de la Chine
Pékin intègre méthodiquement les infrastructures de Kinmen dans sa stratégie de « réunification pacifique ». Depuis 2018, 90 % de l’eau de l’archipel provient déjà du Fujian. La Chine propose désormais l’électricité, le gaz et des ponts — tout en ayant désigné le Fujian « zone de démonstration du développement intégré à travers le Détroit ». Le Conseil des Affaires continentales de Taïwan qualifie cette démarche de travail de « front uni » : normaliser la dépendance jusqu’à ce que la séparation devienne économiquement insupportable. Le précédent philippin — où State Grid Corp of China détient 40 % de l’opérateur national depuis 2008 — illustre ce que signifie céder le contrôle d’une infrastructure critique à un État qui revendique votre territoire.
L’intérêt de Kinmen
Kinmen n’est pas Taïwan. L’archipel a échappé à la colonisation japonaise, vécu sous administration militaire jusqu’en 1992, et subi les bombardements de 1958. Deux générations ont connu la garnison comme seul employeur, école et gouvernement. Aujourd’hui, l’électricité y est chère et l’approvisionnement limité : une connexion au Fujian, à 5 km, permettrait d’économiser NT$3 milliards par an. Localement, ce n’est pas une abstraction géopolitique — c’est une facture.
La raison du refus taïwanais
Le cadre juridique taïwanais interdit explicitement ce type de partage d’infrastructure avec la Chine ; modifier la loi nécessiterait un vote au Yuan législatif. Mais le refus va au-delà du droit : un réseau électrique interconnecté est une infrastructure critique contrôlable à distance, impossible à stocker ni à diversifier comme une cargaison. Refuser coûte environ NT$3 milliards par an — un prix que Taïwan devrait assumer visiblement, en accélérant les renouvelables sur l’île. Kinmen a subi des décennies de bombardements pour que les autres n’aient pas à le faire ; la moindre des choses est que la nation finance sa transition énergétique.