L'énergie ne devrait pas changer de camp à chaque alternance — 聯合報 (United Daily News)
Je signe dans le 聯合報 (United Daily News) — l’un des grands quotidiens de Taïwan, en page A14 — une tribune sur la politique énergétique de l’île. Mon point de départ est une question simple : pourquoi Taïwan paie-t-il la même facture énergétique deux fois ?
Qu’est-ce que le 聯合報 (United Daily News) ?
Le 聯合報 (Lianhe Bao, United Daily News) est l’un des journaux historiques de Taïwan. Fondé en 1951, c’est l’un des trois grands quotidiens de l’île, lu par les décideurs économiques et politiques. Y publier une tribune, c’est s’adresser directement au débat public taïwanais, dans la langue de ce débat.
Une facture payée deux fois
Le consommateur taïwanais paie son énergie une première fois à travers un prix de l’électricité maintenu artificiellement bas. Puis il la paie une seconde fois, en impôts, pour combler les pertes de l’opérateur public que ce prix subventionné creuse mécaniquement. Le résultat est un déficit cumulé d’environ 420 milliards de NT$ — une dette différée, et non une subvention soutenable.
À cette fragilité financière s’ajoute une fragilité physique : les stocks de gaz naturel de Taïwan ne couvrent qu’une dizaine de jours de consommation. Pour une île qui importe la quasi-totalité de son énergie et vit sous la menace d’un blocus, c’est une marge de sécurité dangereusement mince.
Le vrai problème n’est pas technique, il est de gouvernance
Mon argument central est là : Taïwan ne manque pas de solutions énergétiques — il manque de constance. Le vrai problème n’est pas la technique, c’est que les engagements énergétiques de l’île changent à chaque alternance politique. Une majorité lance une trajectoire ; la suivante la défait. Aucune politique énergétique, qui se joue sur des décennies, ne survit à ce cycle d’à-coups.
L’Europe a déjà payé ce prix, dans des sens opposés. La France a bâti son indépendance électrique sur un parc nucléaire planifié sur le long terme, puis a failli compromettre cet atout par des hésitations successives. L’Allemagne, en sortant du nucléaire sans disposer d’un substitut pilotable suffisant, s’est retrouvée dépendante du gaz et exposée au choc de 2022. Deux leçons amères, en sens inverse, mais une même morale : une politique énergétique ne vaut que si elle tient sur plusieurs mandats.
Une trajectoire séquencée
Je propose donc moins un choix de technologie qu’un ordre de marche :
- Le solaire décentralisé et le stockage d’abord — ce qui se déploie vite, près de la consommation, et soulage le réseau dans l’immédiat.
- La géothermie ensuite — Taïwan est assise sur la ceinture de feu du Pacifique et dispose là d’une ressource pilotable largement sous-exploitée.
- Puis le redémarrage du nucléaire et les petits réacteurs modulaires (SMR) — pour la base décarbonée de long terme.
Mais aucune de ces étapes ne tiendra sans l’essentiel : des politiques énergétiques qui survivent aux alternances, sanctuarisées au-delà du calendrier électoral.
C’est un débat taïwanais. C’est aussi une question universelle.
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Photo : éoliennes au large de Taïwan.